CHAPITRE QUATRIÈME
Tel est, envisagé sous un aspect saisissant, le bien que Ton peut attendre des lois protectrices de la vie morale et matérielle de la jeunesse ouvrière; tel est l'horizon nouveau qu'ouvrent à ses regards les espérances d'un meilleur avenir.
On ne saurait trop s'en applaudir, notre pays entre enfin résolument dans la voie féconde où l'ont devancé les nations les plus soucieuses à la fois de leur puissance matérielle et de leur grandeur morale : l'xA^ngleterre, l'Allemagne, les Etats- Unis.
Un député \ chef d'industrie, disait à la Chambre, en critiquant une loi dont il eût voulu s'aflranchir : « L'Allemagne est peut-être la nation qui a poussé
le plus loin la réglementation en cette matière
Elle s'est moins préoccupée de l'intérêt de ses ouvriers et de la prospérité de son industrie que de l'organisation d'une formidable puissance militaire. » Plût à Dieu que les mêmes préoccupations eussent depuis longtemps assiégé l'esprit des gouvernements en France! Souhaitons à notre pays, instruit par ses malheurs, de partager avec nos ennemis ce souci constant des lois qui assurent par le progrès des générations nouvelles la force des nations. Puissions-nous ne jamais oublier nousmêmes qu'en protégeant l'enfance nous abritons
* Annales parlementaires, 1876.
SOUS les plis de notre drapeau respérancede relever un jour la grandeur de la patrie I
Le législateur français n'a d'ailleurs nullement méconnu combien les chefs d'industrie et les patrons en général se montrent aujourd'hui plus soucieux que par le passé du sort de l'enfance ouvrière, de l'amélioration de sa condition, de ses progrès moraux et intellectuels. Toutes les prescriptions de la loi nouvelle portent l'empreinte de ces sentiments : elles doivent être envisagées par les industriels avec leur véritable caractère, celui de conseils et d'instructions formulés en vue de la protection des enfants, bien plutôt que sous un aspect de rigueur et de coercition. Les règlements particuliers d'un grand nombre d'ateliers, les vœux des sociétés industrielles, les avis des chambres syndicales, l'entente mutuelle des patrons et des ouvriers peuvent faire autant et plus de bien en faveur de l'enfance que la loi ellemême. Là seulement où l'initiative bienveillante et éclairée des industriels, là où le bon vouloir des patrons ferait défaut, la loi devra se montrer, nous ne disons pas sévère, mais ferme et inflexible dans son application.
Ainsi, bien comprise et bien connue, la loi du 19 mai 1874 deviendra un contrat de bonne entente et de mutuel accord entre le législateur et les patrons pour l'accomplissement d'une œuvre utile et morale à la fois. Mal comprise et méconnue, elle