‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 48 sur 196 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

dispensable nécessité d*acquérir des connaissances plus complètes , plus pratiques , mieux appropriées à la profession qu'il veut embrasser.

Cette nécessité devient aujourd'hui plus pressante que jamais par suite des conditions nouvelles du travail industriel. Pour obtenir, en effet, une fabrication plus rapide, on est arrivé, dans chaque industrie, à diviser le travail de telle sorte que chaque ouvrier n'exécute qu'une très-petite partie, une seule pièce de l'objet manufacturé. Ce système a accompli des prodiges dans le développement de la production industrielle.

L'ouvrier que préoccupe exclusivement le besoin d'un salaire assez élevé, acquiert, en travaillant toujours à la même pièce, une extrême dextérité de main, une grande facilité d'exécution. De là le gain d'une rémunération fort avantageuse. Mais la contre-partie de ces avantages se rencontre immédiatement dans l'ignorance où reste l'ouvrier des autres branches de son état. Il devient ainsi inhabile, si ce n'est même impuissant, à exécuter aucune œuvre ensemble. Si bien que, pour certains produits, les diverses parties préparées par plusieurs ouvriers doivent passer en définitive entre les mains d'un assembleur pour prendre corps, former un tout, et recevoir le fini nécessaire à la beauté de l'ouvrage.

Ce nouveau système de travail est qualifié d'un

vocable nouveau, la spécification ; il présente pour les ouvriers, à côté d'un avantage matériel immédiat, un danger permanent. Quand un procédé de fabrication se modifie, qu'un progrès se réalise, l'ouvrier peut être dépossédé de son métier devenu inutile. 11 lui est difficile alors de transformer son travail. On sent là profondément le vide des connaissances qu'il a négligé d'acquérir.

Tel est le résultat fâcheux de la division du travail. Cette transformation de la fabrication dans les grands ateliers passe aujourd'hui pour une nécessité industrielle. On ne peut revenir en arrière, ce serait aussi injuste qu'impossible. L'abus n'en devient pas moins, pour beaucoup d'ouvriers , une cause fréquente de chômage. Les ouvriers spécialistes sont en efi*et beaucoup plus à la merci de l'arbitraire du patron ; ils ont une situation moins indépendante que les ouvriers connaissant à fond leur état. Le prix de main-d'œuvre se règle pour eux comme celui du travail mécanique et non comme le serait l'œuvre qui , dans son ensemble, acquiert une valeur quasi artistique.

Les opticiens, par exemple, ont fait cette juste observation ' : Lorsqu'un ouvrier faisant l'une des sept spécialités que renferme leur profession a acquis par un exercice de plusieurs années une habileté de

^ Rapport des délégués à l'Exposition de Vienne.

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