‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 49 sur 196 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

main exceptionnelle dans sa partie, les patrons se basent sur le temps de son travail pour établir le prix de la façon, de telle sorte que, tout en produisant davantage, il ne voit pas augmenter son salaire.

Les inconvénients résultant pour l'ouvrier de la division du travail deviennent pour l'apprenti un péril réel. Le jeune ouvrier n'acquiert plus les connaissances de sa profession, il passe à l'état de machine dans la fabrication perpétuelle d'un objet dont il discerne à peine l'utilité; son goût ne se forme pas, son intelligence reste fermée. La noble ambition d'élever sa condition par le travail n'enflamme pas son cœur.

Nous verrons bientôt dans quelle mesure s'étend ce mal.

L'instruction professionnelle offre ce premier avantage de mettre l'ouvrier en état de se soustraire aux dangers de la spéci6cation du travail, en lui faisant acquérir toutes les connaissances qui concernent son métier ; il possède, grâce à elle, la faculté de s'appliquer à une branche nouvelle de travail , quand il ne peut plus compter sur celle qui l'a fait vivre jusque-là. Un grand industriel, M. Marne, citait à ce sujet, dans l'enquête de 1872- 1875, un exemple démonstratif. Dans ses ateliers, on emploie comme aides- machinistes au service des forces motrices des jeunes gens ou des enfants. Ce travail n'offre aux jeunes ouvriers aucun avenir;

cependant il est le plus recherché , car les aides gagnent 85 centimes. Les pointeurs gagnent même 1 fr. 25 dès le début. " Xous en gardons, dit-il, un certain nombre qui arrivent à gagner 2 fr. 50. Ils restent jusqu'à dix-huit ans, et c'est souvent parmi eux que nous recrutons les hommes de peine. Souvent aussi ils quittent l'atelier. Alors ils deviennent à dix-sept ou dix-huit ans des jeunes gens déclassés et sans métier. Cependant la suppression de ce travail serait un malheur; nous faisons tout au monde pour en tirer quelque chose; la plupart de nos conducteurs de machines, qui gagnent 9 et 10 francs par jour, sont partis de là et ont commencé par gagner 85 centimes. 5)

Ainsi, selon que l'ouvrier acquiert des connaissances supérieures ou qu'il reste à l'état de manœuvre dans l'ignorance de son métier, il élève sa condition ou il végète.

Au point de vue des intérêts et de l'avenir de l'industrie, l'instruction professionnelle offre encore les plus grands avantages. L'ouvrier, en s'instruisant dans son état, devient plus apte à juger les procédés en usage , à les améliorer , à les perfectionner. La plupart des inventions industrielles les plus répandues, le métier Jacquart par exemple, ont été conçues par des hommes du métier, ayant appliqué l'esprit d'observation et la réflexion à la connaissance des lois de la mécanique. Les progrès

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