CHAPITRE CINQUIÈME
» La loi de 1851 sur l'apprentissage est généralement critiquée, dans la même enquête, comme incomplète. On lui reproche d'avoir négligé de garantir l'instruction intellectuelle et morale de l'apprenti. La loi est inexécutée; l'intervention des commissaires de police est tombée en désuétude ; la juridiction des prud'hommes est considérée comme trop restreinte dans son état actuel, et insuffisante dans son action, w
A la suite de son rapport, le général Morin pose diverses questions, sur le meilleur mode d'apprentissage, sur la révision de la loi de 1851, sur les moyens d'assurer son exécution , sur l'organisation intérieure des écoles avec adjonction du travail des ateliers, en les constituant en écoles d'arts et métiers.
La gravité de ces questions n'échappera point à quiconque prend souci du progrès professionnel de la jeunesse ouvrière. On s'étonnera donc qu'aucune solution ne soit proposée par le rapporteur de l'enquête. Les systèmes opposés restent là en présence, abandonnés tout à la fois de leurs défenseurs et de leurs adversaires : semblables à deux combattants qui , au lieu de vider leur différend par les armes, s'endormiraient en face l'un de l'autre. On laissa ainsi tomber une œuvre utile dans le silence et l'oubli. La question de l'enseignement professionnel sommeille depuis cette époque dans les archives ministérielles.
Ib6 LA VIE MORALE ET INTELLECTUELLE DES OUVRIERS.
Le problème insolu n'est pas moins digne aujourd'hui que par le passé de fixer l'attention des économistes et des législateurs. L'état des apprentis révèle, à tout observateur attentif, des abus persistants et des souffrances croissantes.
Les conditions actuelles de l'apprentissage ne sont plus en effet ce qu'elles étaient quand Rossi écrivait dans son cours le chapitre : Des apprentissages et des maîtrises; elles se sont profondément modifiées depuis. Le mal grandit et la loi de 1851 est devenue un palliatif impuissant.
Il ne se fait plus de contrats ou les contrats ne sont plus respectés; l'apprenti travaille, sans surveillance et sans direction du patron, aune besogne mécanique ou monotone ; il ne reçoit pas les premières notions de son art, n'éclaire pas son intelligence et reste en un mot assimilé à la machine. A côté de cela, l'instruction religieuse est fort négligée et parfois la moralité compromise. Cet état de choses est peint sous les couleurs les plus attristantes dans un document officiel, le rapport de M. l'inspecteur général de l'instruction publique Gréard, adressé à M. le préfet de la Seine.
Ce rapport établit que l'apprentissage diminue et tend à disparaître. Ainsi, àParis, on comptait en 1860, pour 342,530 ouvriers, 25,540 apprentis; aujourd'hui on ne compte que 4,523 enfants engagés chez des patrons avec contrat d'apprentissage et 15,129