‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 52 sur 196 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

engagés sans contrat. Les enfants, dans cette dernière condition, sont beaucoup plus exposés encore à l'ignorance, à Finconduite, à une perversion précoce. Qualifiant par une parole sévère l'état actuel de l'apprentissage, M. Gréard s'écrie : « Déplorable école de mœurs publiques , autant que de mœurs privées, il déprave l'homme dans l'enfant, l'ouvrier dans Tapprenti, le citoyen dans l'ouvrier et ne forme même pas l'ouvrier. « Ce jugement d'un fonctionnaire autorisé par sa situation et son expérience n'est nullement contredit par les enquêtes. « Le véritable apprentissage, disent les déposants de Paris', tend à disparaître; nous avons peine à trouver des ouvriers habiles ; la division du travail et l'emploi des machines ont eu pour effet de diminuer notablement la capacité professionnelle des ouvriers, v Ce n'est point seulement dans l'indus trie parisienne que ces plaintes sont formulées. Dans la plupart des villes industrielles, un état analogue est constaté : « A Lyon, le contrat de l'apprentissage a lieu entre les parents de l'enfant et le maître -ouvrier. Or, beaucoup d'ouvriers qui ne remplissent pas leurs devoirs de père à l'égard de leurs propres enfants ne les observent pas mieux à l'égard des apprentis, qui sont témoins des mauvaises conversations, des habitudes d'intempérance

1 Enquête de 1872-1875.

et de dissipation. Le maître-ouvrier ne consent même pas pendant l'hiver à accorder une heure le soir pour l'école d'adultes ou d'autres réunions morales. «

Les déposants n'ont malheureusement point assombri ce triste tableau. Les représentants mêmes des ouvriers peignent en traits saisissants la nécessité de réformer l'apprentissage : ce La question de former des apprentis, disait, le 9 mai 1874, le président du syndicat général de Paris, est une question de vie ou de mort pour l'industrie parisienne.

)) Le temps presse; si nous ne formons pas des ouvriers, nous perdrons notre rang dans le monde industriel. »

Dans une lettre adressée au jury international de Vienne, un grand fabricant de meubles du faubourg Saint-Antoine ^ exprimait les mêmes appréhensions et ajoutait ces révélations douloureuses : « A Paris, il ne se fait presque plus d'élèves dans les professions industrielles sérieuses ; nous tirons nos ouvriers de la province ou de l'étranger.

5) Les parents mettent de préférence les enfants dans les professions où les patrons, tirant un revenu immédiat des apprentis, peuvent les rémunérer; les enfants, moins surveillés, deviennent alors marchands de contremarques, ouvreurs de voitures; ils

^ M. Mazaroz.

Page 1