‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 54 sur 196 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

faire seulement de l'apprenti un bon ouvrier, habile dans sa profession, le patron s'efforçait encore d'en faire un fils respectueux envers ses parents et un honnête citoyen.

Le patronage, avec son antique caractère, a aujourd'hui entièrement disparu. L'esprit d'indépendance et d'insubordination rend l'apprenti rebelle à toute autorité; il a hâte de s'émanciper et de se dégager au plus tôt d'une tutelle qui lui pèse. On le voit courir la camaraderie, découcher de la maison du maître, changer d'atelier, et promener d'un quartier à l'autre son humeur instable et vagabonde.

Sans doute il serait bon de revenir, si cela était possible, à la pratique du patronage ancien, c'est-àdire à cet état de choses si bien défini par M. Le Play ^ : et à ce mélange intime de devoirs et de droits que le patronage impose et accorde au patron comme à l'ouvrier « . « Partout, ajoute-t-il , où cette notion est méconnue , l'antagonisme désole la société ; partout au contraire où elle est en honneur, la paix sociale répand ses bienfaits sur les maîtres comme sur les ouvriers. ^ Mais remonte-t-on l'irrésistible courant des mœurs? Tenter, en présence de l'indifférence des familles et de l'indiscipline des

1 Dans son livre intitulé : La Turquie et l'état actuel de la France.

enfants, de rétablir dans ses conditions anciennes l'apprentissage, émanation directe et attribut essentiel du patronage, c'est se brisera un inévitable écueil. Une pareille tentative, on peut en être assuré, échouerait pitoyablement. Il convient donc de procéder par des moyens mieux en harmonie avec les habitudes et les mœurs actuelles de la population ouvrière.

Les plaintes des ouvriers sur l'état déplorable de l'apprentissage sont vives ; elles sont légitimes assurément. On manquerait cependant à l'impartialité en imputant uniquement cet état aux patrons. On ne peut rejeter sur ceux-ci toute la responsabilité des vices de l'apprentissage; les ouvriers en ont leur large part. En premier lieu, les chefs de famille ne se montrent pas assez soucieux de donner à leurs enfants une éducation qui leur inspire le respect de l'autorité soit paternelle, soit patronale; ils ne les pénètrent point suffisamment du sentiment du devoir, de l'esprit d'obéissance et de fidélité aux engagements. De plus, ils mettent le plus souvent leurs enfants en apprentissage sans contrat, dans les conditions les plus défectueuses, sans aucune garantie de bonne direction. En second lieu, dans beaucoup d'industries, les ouvriers embauchent eux-mêmes les apprentis.

Dans le tissage de la laine ou de la soie, dans le papier peint, dans la verrerie, l'aide ou gamin est

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