CHAPITRE VI
L'instruction professionnelle. — Les écoles d'apprentissage. — Les écoles d'arts et métiers. — L'enseignement des arts industriels. — Sèvres et les Gobelins. — L'éducation professionnelle des femmes.
Beaucoup de bons esprits voient aujourd'hui dans l'institution des écoles professionnelles le plus sûr moyen de relever l'apprentissage de ses désordres et de ses ruines. Nous ne sommes pas de ceux qui portent en moindre estime cette institution, nous en proclamons hautement les avantages. Nous ne pouvons cependant accorder une confiance trop absolue aux résultats que l'on en attend. Il faut bien en convenir, en effet, de longtemps encore la fréquentation des écoles professionnelles restera limitée à un nombre restreint d'enfants. D'un autre côté, l'école, même avec le caractère pratique et professionnel, ne peut façonner l'ouvrier autant que l'apprentissage aux épreuves et aux exigences de la vie réelle.
Ces motifs ne nous ont point permis d'attribuer aux écoles professionnelles le premier rang parmi les moyens de réforme de l'apprentissage. Ce n'est
certes pas dans rintention d'en amoindrir l'importance. Elargissant au contraire l'aspect sous lequel nous envisageons l'enseignement professionnel, nous ne limitons pas son utilité à la possession des connaissances techniques du métier. A^ous apprécions à sa juste valeur le rôle considérable que l'avenir lui réserve dans la vie morale et l'avancement intellectuel des nouvelles générations ouvrières.
L'opinion publique, en France et dans l'Europe entière, ne s'y trompe pas. Partout on réclame, comme un des plus surs moyens de direction et de progrès des jeunes ouvriers, l'organisation de l'enseignement professionnel. Les chambres de commerce dans les départements, à Paris les syndicats de patrons et d'ouvriers, les conseils électifs à tous les degrés sont unanimes dans l'expression de ce vœu.
Quelle forme cet enseignement doit-il prendre ? Son insuffisance et ses vices dans l'apprentissage ont mis en grande faveur la pensée de le donner aux enfants dans des écoles spéciales. Dès lors une vive impulsion a été imprimée à la fondation des institutions professionnelles. L'initiative privée a déployé dans ce mouvement une activité féconde. Toutefois son action livrée à elle-même paraît insuffisante pour l'immensité de la tâche. On a donc fait appel, dans le but d'arriver à la réalisation d'un vaste programme d'enseignement technique, au concours plus efficace