CHAPITRE PREMIER
En dépit de cette comparaison, destinée^ dans la pensée de son auteur, à adoucir les blessures de l'amour-propre national, il n'en reste pas moins acquis que dans la capitale même de la France, au centre du foyer lumineux dont le rayonnement s'é tend sur le monde entier, l'ignorance étale encore de larges taches , semblables à celles qui assombrissent l'éclat des astres les plus brillants.
A Lyon, la situation est analogue à celle de Paris. En 1857, on comptait 833 écoles primaires communales ou libres dans le département du Rhùne. Le nombre des instituteurs des deux sexes s'élevait, à la même époque, à 1,200; enfin le chiffre total des enfants fréquentant ces écoles était de 75,584, sur une population de 300,000 habitants, composéepour les deux tiers d'ouvriers.
La société d'instruction primaire du Rhône a donné, par de louables entreprises, une impulsion active à la création des écoles, à l'extension du personnel enseignant, à l'accroissement de la fréquentation scolaire. Les efforts n'en sont pas moins restés de beaucoup au-dessous des besoins , puisque l'on compte encore dans la population lyonnaise 28 pour 100 d'illettrés.
Une profonde perturbation a été, il est vrai, de 1871 à 187-4, jetée à Lyon, dans toutes les institutions d'enseignement, par les conflits et les difficultés sans nombre que l'esprit d'exclusivisme de la
municipalité a suscités contre les écoles libres laïques et les écoles congréganistes '.
A Bordeaux, d'après les derniers recensements, le cliiCTrc total des illettrés au-dessus de 6 ans s'élève à 27,379' ; il est vrai que les classes d'adultes établies aujourd'hui dans tous les quartiers de cette ville tendent non-seulement à diminuer rapidement ce nombre, mais encore à élever le niveau général de l'instruction ^
En résumé, dans l'ensemble de la population ouvrière des grandes villes de France, il se manifeste sans doute de sérieuses tendances à acquérir l'instruction; partout le niveau de l'enseignement s'étend et s'élève. Mais partout aussi de profondes lacunes arrêtent, comme autant de fondrières sur le chemin à parcourir, la marche active du progrès intellectuel.
Si des écoles nous portons nos regards sur les autres moyens d'enseignement populaire, nous constatons un mouvement plus significatif : la fréquentation et le développement des bibliothèques ouvertes aux ouvriers se sont considérablement accrus; le nombre des bibliothèques populaires a atteint au
^ Rapport de la chambre de commerce de Lyon.
2 Ce chiffre de 27,379 se divise ainsi : hommes, 11,191; femmes, 16,188. Lu égard à la population des deux sexes dans la même ville, la proportion se réduit à 10 pour 100 pour les hommes et monte à 16 pour 100 pour les femmes.
3 Rapport de la chambre de commerce de Bordeaux.