‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 7 sur 196 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

1" avril 1874 le chififre de 773 ; on n'y compte pas moins de 832,032 ouvrages.

La statistique relève en outre Texislence de 15,593 bibliothèques scolaires, offrant à l'instruction de la jeunesse un contingent de 1,471,000 volumes.

Les souscriptions et les cotisations personnelles, les abonnements, les subventions des conseils municipaux et des conseils généraux ont partout encouragé cette œuvre de propagande intellectuelle et morale. On ne saurait estimer à un trop haut prix les services qu'elle rend non-seulement aux progrès de l'enseignement, mais aux mœurs. L'ouvrier adulte est le plus souvent détourné des classes ou des cours par son travail, ses loisirs sont des plus bornés, à peine est-il libre le soir et le dimanche. Les bibliothèques populaires disputent ces quelques heures de liberté au cabaret, et souvent l'attrait de la lecture l'en éloigne entièrement. Partout on s'applaudit d'un résultat si profitable à la fois à l'avancement de l'instruction et à l'amélioration de la moralité publique.

On nierait donc une évidente vérité si l'on méconnaissait qu'à travers bien des exagérations intéressées et beaucoup de mécomptes , nous n'en marchons pas moins dans une voie de progrès.

L'instruction publique en France est entrée d'ailleurs dans une phase nouvelle de son existence. Elle

accomplit, dans le monde intellectuel, sous l'empire des événements ou des mœurs, et indépendamment de l'action des gouvernements et des hommes, une transformation semblable à celle que subissent dans le monde matériel tous les êtres organisés suivant leurs conditions d'âge et de développement, sous l'influence des lois de la nature. L'esprit public a quitté depuis longtemps en France les lisières du premier âge, il est dans la vigueur de la jeunesse, et arrive par l'instruction à cette période de la vie où la constitution s'achève, se complète et où tous les organes acquièrent la plénitude de leur force et de leur fonctionnement : c'est la période de la maturité.

Les espérances d'apaisement, d'ordre, de prospérité, qui naissent logiquement de ces pensées, nous font attendre avec une légitime impatience l'entier développement des lumières et les bienfaits définitifs de l'instruction publique. Des vœux unanimes se font d'ailleurs entendre dans toutes les parties de la France pour qu'il soit satisfait à cet égard à de pressantes nécessités; de toutes parts l'opinion, dont les échos retentissent au sein des assemblées électives, incite le gouvernement, les départements et les communes, à s'imposer enfin les sacrifices indispensables pour faire face à de manifestes besoins.

L'heure des vaines promesses, des déclarations stériles, est passée. Le pays, trop longtemps égaré par

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