CHAPITRE SIXIÈME
d'apprentissage ont été annexés aux salles de classe où Ton donne Tinstruction élémentaire. Cet exemple a été imité dans plusieurs établissements d'enseignement primaire.
Un certain nombre de grands industriels ont, de leur côté, créé, soit à Paris, soit dans les départements, des écoles d'apprentissage destinées à former pour leurs industries des ouvriers spéciaux. Tous sentent la nécessité de préparer des recrues à un contingent dont la décroissance incessante menace de ruiner des industries qui sont la gloire de la France. Ainsi MAI. Wolf et Pleyel, facteurs de pianos justement renommés, pour résoudre la difficulté de recruter leurs ouvriers, ont institué dans leur manufacture un apprentissage spécial. Ils occupent actuellement à cet apprentissage une trentaine de jeunes gens de treize à seize ans , pour la plupart fils de leurs ouvriers. Ces jeunes gens reçoivent d'ouvriersmaîtres, habiles dans leur art, un enseignement technique sur les difî^érentes branches de la fabrication des instruments de musique. « On veille soigneusement à ce que ces apprentis changent de temps en temps de partie, afin de ne point rester stationnaires dans une spécialité, où ils parviendraient sans doute à gagner plus vite de gros salaires, mais où ils n'acquerraient pas les connaissances variées, indispensables pour faire un ouvrier complet \ »
1 Enquête 1872-1875.
Dans l'école d'apprentissage de MM. Wolf et rieyel, les enfants ne reçoivent pas seulement l'enseignement technique; on veille aussi à ce que l'instruction primaire ne soit point négligée. Pour cela, une classe spéciale leur est faite chaque jour. Le français, l'arithmétique, l'histoire, la géographie, les principaux éléments de la géométrie et du dessin linéaire sont enseignés à ces enfants. «Ce temps de travail intellectuel, font observer ces industriels, offre l'avantage de les reposer du travail manuel et d'entretenir chez eux l'habitude de la lecture et le goût de la culture intellectuelle. "
A la fin de chaque année, MM. Wolf et Pleyel , dont on ne saurait trop louer Fintelligente direction, récompensent par des prix et des livrets de caisse d'épargne les progrès de leurs jeunes apprentis dans l'instruction primaire et renseignement professionnel.
Nous pourrions multiplier ces exemples des efforts tentés par les grandes industries parisiennes pour la régénération de l'apprentissage professionnel. Toutes ont à conjurer le même péril.
La tendance des ouvriers à se spécialiser pour gagner plus vite un fort salaire est générale aujourd'hui. Les patrons les mieux intentionnés ohtiennent fort difficilement, soit des parents, soit des jeunes gens eux-mêmes, qu'ils sachent un peu sacrifier, pour devenir des ouvriers habiles, la