CHAPITRE SIXIÈME
de brillants solistes, et chacun exécute isolément son morceau sans chef d'orchestre. Cela revient à dire qu'il faut un enseignement organisé pour y puiser les principes de Fart décoratif et s'y exercer par la pratique.
5) La manufacture de Sèvres devrait avoir d'abord chez elle une véritable école, où de tout jeunes gens recevraient continuellement un enseignement spécial , dans le but de conserver ou de développer ces qualités naturelles de goût, de grâce et de délicatesse qui sont l'apanage de notre génie national. »
Grâce à l'initiative et aux efforts de l'honorable directeur, l'école professionnelle de Sèvres est en voie d'organisation. Le vœu de l'opinion publique, soutenu par des amis éclairés de l'art, est aujourd'hui réalisé.
La manufacture des Gobelins possède la plus ancienne école spéciale de dessin et de tapisserie. Ce n'est point là une des moindres causes de sa supériorité, dès longtemps acquise et fermement soutenue. Le programme de cette école pourrait, à la vérité, être élargi ; elle devrait ouvrir ses portes à un plus grand nombre d'élèves dans l'art de la décoration. On ne peut oublier que Colbert, en acquérant les Gobelins, avait conçu la généreuse pensée d'y fonder une école des arts du dessin dans toutes ses transformations relatives à l'ameublement. L'établissement , dans son ensemble , prenait le titre
de Manufactures royales des tapisseries et meubles de la couronne. De jeunes artisans de tout genre : tisseurs, peintres, graveurs, orfèvres, ébénistes, fondeurs même et horlogers, recevaient là, sous la direction de Charles Lebrun, un enseignement dont le caractère élevé était bien de nature à prêter à toutes les créations de Fart décoratif la noblesse et la grandeur qui sont la marque distinctive de cette époque privilégiée.
Il y aurait quelque honneur, ce nous semble, à reprendre aux Gobelins, en faveur de l'enseignement professionnel , l'œuvre, si injustement délaissée , entreprise jadis par Colbert.
La tradition de l'enseignement professionnel des arts décoratifs est d'ailleurs fort ancienne. Si l'on remonte, en effet, le cours de l'histoire, on voit qu'au quinzième et au seizième siècle l'Italie disputait à la France les meilleurs maîtres dans le tissage de la laine et de la soie, et développait toutes les industries qui s'y rattachent. Les villes italiennes dont la renommée s'élevait le plus haut dans les arts faisaient venir à grands frais des maîtres tapissiers des Flandres, pour implanter sur leur sol une industrie qui jetait alors le plus grand éclat. L'enseignement professionnel était un indispensable élément de succès. Aussi , en M42, la municipalité de la ville de Sienne accordait-elle à Jacquet Benoît, d'Arras, pour une période de dix années, un traitement an-