CHAPITRE SIXIÈME
tude des arts industriels est en honneur chez les nations amies du beau et du bien.
La France, disons-le avec un légitime orgueil, conserve dans cette lutte pacifique son rang et sa supériorité. Dans aucun autre Etat, le mouvement progressif de l'enseignement technique n'est plus accusé ni le niveau de l'habileté professionnelle plus élevé. Cela tient aux aptitudes et au goût de nos ouvriers qui , dans chaque branche d'industrie , acquièrent, par la variété et la perfection de leurs œuvres, le rang de véritables artistes. C'est là l'un des plus brillants côtés du génie national, l'un de ceux qu'on ne saurait trop ménager avec une patriotique sollicitude.
En se plaçant au point de vue purement industriel , à côté des écoles qui s'attachent plus spécialement à l'éducation de l'ouvrier, il convient de ne pas négliger les écoles d'arts et métiers qui servent à former les contre-maîtres.
Ce n'est ni le moment ni le lieu de défendre ici ces écoles contre les critiques dont elles ont été l'objet; bornons-nous à en constater l'utilité, nous pourrions dire la nécessité.
On ne pourrait, en effet, espérer d'amélioration progressive dans la condition des ouvriers, si l'enseignement technique ne leur donnait les aptitudes nécessaires pour s'élever au rang de contremaîtres d'abord , de patrons ensuite. L'instruction
spéciale du contre -maître contribue d'ailleurs à développer l'industrie, à vulgariser ses meilleurs procédés; en un mot, elle concourt, par l'action d'un travail intelligent et perfectionné, à relever l'état matériel et moral de la population ouvrière.
On ne doit pas envisager, dans l'enseignement professionnel, les seulsavantages purementmatérielstant pour l'ouvrier qu'au point de vue même des intérêts de l'industrie. Cet enseignement présente un aspect plus élevé; il n'en est point de plus moralisateur. En donnant à l'homme connaissance de sa force, en mettant dans sa main les moyens de soutenir la vie des êtres confiés à son affection, en le rendant en un mot indépendant par le travail, l'enseignement professionnel lui inspire les mâles vertus du père de famille , du citoyen.
L'éducation professionnelle des femmes produit, de son côté, une heureuse influence sur la vie morale de la famille ouvrière.
Le nombre des écoles professionnelles de jeunes filles est considérable en France. Il n'est point d'ailleurs de maison d'éducation, communauté religieuse ou école communale, qui n'ait son ouvroir, où l'on enseigne les travaux de la couture. On en estime le nombre approximatif à deux mille environ. Ces ouvroirs occupent plus de cent soixante mille jeunes filles. On se plaint même de ce que ces éta-