CHAPITRE SIXIÈME
blissements, par leur nombre et l'importance des travaux qu'ils exécutent, font baisser le prix de la main d'oeuvre dans la lingerie, Ja broderie, la confection, en se livrant presque exclusivement à ces travaux et en acceptant, soit des particuliers, soit même des magasins de Paris, des commandes au rabais.
Nous aurons occasion plus tard de démontrer, au point de vue économique, l'inanité de ces plaintes dont on a entendu les échos dans les derniers congrès ouvriers. Les effets de la modeste concurrence des ateliers d'apprentissage et des ouvroirs, où le travail est confié à des mains inexpérimentées et inhabiles, sont loin de produire une perturbation dans les conditions générales de la production et des salaires. Ces conditions sont soumises à des fluctuations et à des influences qui émanent de causes plus étendues et plus élevées.
Telles sont : la substitution de l'emploi des machines à celui de la main dans la plupart des travaux de la filature, du tissage, de la confection, de la broderie et de la dentelle, autrefois réservés aux femmes ; l'accroissement considérable du nombre des ouvrières à l'aiguille, correspondant à la diminution corrélative des ouvrières de l'agriculture; enfin et par-dessus tout , la situation morale des ouvrières. On grossit, il est vrai, intentionnellement et d'une manière outrée l'importance du tra-
vail des ouvroirs pour exagérer la valeur du grief. Ce travail n'est point en réalité en rapport avecle nombre des ateliers d'instruction professionnelle. Ce sont là d'ailleurs des inconvénients auxquels les soi-disant défenseurs de la libre concurrence nous permettront de nous montrer peu sensibles en regard des immenses résultats obtenus par l'éducation tout à la fois pratique et morale donnée à toute une génération de jeunes filles, préparées ainsi à devenir un jour, par une vie laborieuse et digne, d'honorables mères de famille.
Le grief, dureste, est dirigé contre les couvents plutôt que contre les ouvroirs. Les magasins du Louvre font travailler, dit-on, cent cinquante couvents, et Ton s'en indigne : on se hâte de proposer comme remède d'établir des ouvroirs laïques dans toutes les communes \ sans autre souci d'accroître la concurrence faite au travail des femmes. Xous dirons plus loin sur cette question ce que valent ces reproches chimériques et ce que pèse le travail des ouvroirs dans le mouvement général de la production. Pour le moment, nous parlons de l'enseignement professionnel : il serait vraiment étrange que l'on condamnât à ce point de vue un mode d'éducation qui donne un gagne-pain à tant de jeunes filles et de mères de famille. Combien sans cela seraient plongées dans la
* Proposition de la citoj'enne André au congrès ouvrier.