‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 67 sur 196 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

plus extrême misère? Former des ouvrières capables n'a jamais été une cause de dépréciation du travail. Ce sont l'ignorance, le déclassement et Timmoralité qui avilissent le prix de la main-d'œuvre. Rien ne peut mieux tourner à l'honneur de l'enseignement professionnel que les déclamations illogiques et passionnées dont la salle de la rue d'Arras a été le théâtre.

Nous aimons à rappeler ici, à l'honneur de la France, le nom des cités populeuses où l'on a montré une vivo sollicitude pour l'éducation professionnelle des jeunes ouvrières. Ainsi, à Bordeaux, il existe six ouvroirs spéciaux fréquentés par plus de mille jeunes filles, où elles apprennent la couture, le repassage, la confection. Les dépenses de ces établissements sont couvertes par des souscriptions particulières et des subventions départementales. Un atelier de couture est attaché, dans la même ville, à chacune des écoles communales de filles, au nombre de onze. Enfin, les Dames de la Foi ont ouvert récemment une école supérieure professionnelle oii les jeunes filles apprennent, nonseulement la couture, mais encore le dessin et les éléments des diverses professions auxquelles les portent leurs aptitudes.

Le nombre des orphelinats de jeunes filles, à Bordeaux , est de dix-neuf. Mille enfants environ y sont aujourd'hui placées. La ville accorde des

subventions à plusieurs de ces établissements, et le surplus des dépenses est couvert par des dons ou par le travail des pensionnaires. Certes, en parlant de ces orpbelinats où tant de bien se fait , non-seulement en faveur des déshérités de la fortune, mais, ce qui est plus touchant encore, en faveur des déshérités des affections saintes de la famille, quelles paroles amères ne nous viendraient pas aux lèvres contre les apocryphes défenseurs du prolétariat, qui n'ont pas craint de proposer la suppression de ces précieux asiles du malheur le plus digne de pitié, le malheur de Tenfance!

Les utiles institutions dont Bordeaux a doté sa population ouvrière se retrouvent aujourd'hui dans la plupart de nos grandes villes manufacturières. C'est là, on peut s'en applaudir, le côté de l'enseignement professionnel qui a reçu le plus large développement, au souffle généreux de la charité chrétienne et sous l'impulsion des sentiments d'humanité si profondément enracinés dans notre pays.

Les institutions d'internat industriel, peu nombreuses jusqu'ici et médiocrement appréciées en France, sont également favorables à l'éducation professionnelle des jeunes filles.

On peut citer comme un modèle en ce genre l'établissement de M. Groult, fabricant de pâtes alimentaires dans l'arrondissement de Sceaux; les jeunes ouvrières y sont traitées en pensionnaires,

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