‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 69 sur 196 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Ces maisons d'éducation établissent des relations avec les industriels et les patrons, et assurent ainsi l'emploi ou le placement des jeunes filles qui ont terminé leur cours. Il est à souhaiter que de sem- •blables exemples trouvent des imitateurs. Il est à désirer surtout que l'Etat et les départements viennent plus largement en aide à ces utiles institutions. L'initiative individuelle en s'exerçant librement obtient des résultats féconds et efficaces; mais l'Etat ne peut pas plus se désintéresser de l'éducation professionnelle de l'enfance qu'il ne pourrait se soustraire au devoir de venir en aide à la vieillesse indigente. Les deux points extrêmes de la vie se confondent dans une égale impuissance, une égale faiblesse ; il convient de leur assurer une égale et généreuse assistance.

Quelle ne sera pas l'influence exercée sur la condition morale de la femme par l'efi'et de son instruction professionnelle ! Désarmais cette éducation peut affranchir l'ouvrière du joug que lui ont imposé les nécessités de la vie, jointes aux exigences de la fabrication industrielle, en l'assujettissant à s'éloigner de son domicile , à se séparer de ses enfants pour gagner un salaire dans les ateliers des manufactures. L'instruction professionnelle permet à l'ouvrière d'occuper son temps lucrativement à son foyer même. Elle peut reconstituer ainsi la vie intime de la famille et rétablir au

profit de la femme, de la mère , une des plus douloureuses inégalités de la fortune. Tout salaire gagné au domicile, si minime qu'il soit, prend une double importance en n'éloignant point la femme des occupations du ménage et en ne la détournant pas de l'esprit de prévoyance et d'économie. De tels avantages sont refusés aux ouvrières des manufactures , occupées loin du foyer, plus souvent tentées par la dépense, moins heureuses et moins aisées en un mot, quoique gagnant des rétributions plus élevées. Tout effort réalisé en faveur de l'instruction professionnelle des femmes contribue donc fort utilement à l'amélioration du sort des familles ouvrières.

L'instruction professionnelle, en ouvrant aux femmes une plus large carrière par la variété des occupations commerciales, industrielles, artistiques, ferait travailler un plus grand nombre d'entre elles et leur prêtera un utile secours.

Ainsi l'atelier domestique, cet honneur de la famille antique , détruit dans la société moderne par les conditions de la production industrielle , peut, dans les transformations successives du travail, se reconstituer im jour au plus grand avantage, non-seulement de la morale, mais encore de la situation matérielle de la famille ouvrière.

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