‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 8 sur 196 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

le bruit des réclames, attend impatiemment aujourd'hui des actes et des œuvres à la place des retentissantes paroles.

Nous ne nous tiendrons point ici à une allusion, bien qu'elle soit assez transparente. Nous dirons nettement ce que nous pensons dos avantages et des inconvénients de l'obligation scolaire. Le principe de l'obligation imposée au père de faire instruire ses enfcmts est inscrit dans l'article 203 de notre code civil, on doit tôt ou tard arriver à son application : il faut seulement hâkr le moment où cette application sera pratique et réalisable. Or, il est temps de le reconnaître, le système de l'obligation de l'instruction perd chaque jour de ses avantages en devenant un instrument de parti ; chaque jour s'éloigne ainsi l'époque d'une mise en pratique dont les indispensables auxiliaires sont l'opinion publique et les mœurs. Or, quelle confiance, quelle grave autorité peuvent s'attacher dans l'esprit des familles aune formule discréditée par les réunions publiques et avilie dans les agissements électoraux? Le caractère moral de l'obligation scolaire en a été singulièrement altéré. Aussi les hommes les mieux intentionnés, les plus désireux du progrès de l'enseignement, se détournent-ils de ces imprudentes déclarations théoriques, irréalisables comme l'absolu, irritantes comme la passion politique, tyranniques comme toute contrainte, pour s'attacher exclusive-

raent au développement progressif de tous les moyens d'enseignement et d'éducation et à toutes les facilités de l'instruction. Au système de l'obligation de l'instruction on oppose en dernière analyse le système plus fécond de la facilité de Tinstruction. Une raison particulière, dans ce pays saignant encore des douleurs de l'invasion et de la guerre civile, fait hésiter beaucoup de bons esprits sur l'applicalion de l'obligation scolaire ; c'est le spectacle de ce qui se passe actuellement dans ces provinces restées chères à tous les cœurs patriotes, dans cette Alsace-Lorraine dont la France porte encore le deuil. Entendez Técho des plaintes qui nous viennent de ce côté :

Là fonctionne l'obligation de l'instruction; une loi absolue en a fait un instrument de servitude; elle impose à tous les enfants la fréquentation des écoles de l'Etat. Les aspirations du patriotisme, le soufûe des croyances catholiques, la liberté de conscience, sont étouffés et opprimés. Les intelligences et les âmes sont également écrasées sous le pied lourd de la domination allemande. « Communes et familles , dit un écrivain alsacien', doivent se borner à subvenir aux frais d'instruction, sans intervention possible pour le plan d'études ni dans la surveillance

^ L'instruction publique en Alsace-Lorraine. (L'Économiste français du 9 septembre 1876 )

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