CHAPITRE SEPTIÈME
et les vues devraient leur être le moins suspectes '. Bien plus, ils ne reconnaissent pour mandataires de leurs intérêts que ceux qui adhèrent par un engagement contractuel au programme radical.
L'esprit des ouvriers flotte ainsi incertain et sans cesse égaré ; il s'aventure , entraîné par un mirage trompeur, dans le domaine des chimères. De là l'organisation, dans les faubourgs des cités populeuses, d'une armée permanente de sectaires ignorants et exaltés, toujours prêts à soulever les pavés des rues pour atteindre la réalisation d'un rêve qui fuit sans cesse et que chaque émeute refoule dans un plus lointain horizon.
L'expérience est concluante : les révolutions successives qui ont ébranlé notre pays jusque dans ses plus profondes assises ont eu pour unique résultat de retarder, sinon de faire reculer en arrière, le progrès des populations laborieuses, soit en entraînant après elles des crises douloureuses, soit en inspirant, par des revendications exagérées ou intempestives, des craintes pour la paix publique.
Il en est de l'ordre social comme de l'ordre économique; ses vicissitudes, ses progrès, sa stabilité tiennent à des causes plus élevées que celles qui s'agitent autour d'une forme de gouvernement.
1 Refus du crédit de 200,000 francs voté par la Chambre des députés, en juin 1876, pour l'envoi de délégués à Philadelphie.
Elles obéissent, comme les phénomènes hégémoniques du globe, à des lois naturelles, générales et puissantes, dont les étroites entraves d'un Etat ou d'une forme politique ne sauraient maîtriser l'influence.
Les populations laborieuses, celles surtout des campagnes, cèdent aujourd'hui encore à cette erreur qui leur a fait pendant de longues années attribuer la prospérité matérielle du pays au régime impérial. Le parti républicain exploite, à son tour, cette arme dangereuse qui , à la première crise , peut tourner contre lui.
Or, on a vu successivement sous la monarchie de Juillet, sous la République en 1848, sous l'Empire de 1851 à 1870 ; on a revu depuis, sous la présidence de M. Thiers , sous le septennat du maréchal Mac-Mahon, comme nous le voyons encore, l'abondance delà production, par une étrange ironie de la fortune , se mettre au service de tous les gouvernements pour les légitimer, les affermir, les consolider. On ne s'est pas demandé si ce n'était point là un miracle accompli par les progrès de la civilisation moderne, l'agriculture perfectionnée, les moyens de communication multipliés, l'exportation largement développée, il paraît plus simple d'attribuer le miracle au gouvernement lui-même. Or, de bonne foi, faut-il une longue réflexion pour expliquer de tels phénomènes? Quand en rapportera-t-on