‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 72 sur 196 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

le mérite au travail , à l'épargne, à la richesse de la nation, à l'immense développement de notre production agricole et industrielle? Eux seuls ont permis, dans les plus néfastes années de notre histoire, de payer la rançon de la France, de relever la patrie se survivant à elle-même, d'offrir en un mot aux regards étonnés de l'univers le spectacle du crédit le plus florissant succédant aux plus cruels désastres.

Les ouvriers d'Angleterre ont hien su, dans leur sens pratique, discerner cette vérité; aussi n'ont-ils cessé de poursuivre, hors des voies de la politique, le grand but du relèvement de leur condition. C'est à l'ombre de la légalité que se sont formées ces puissantes associations qui enserrent dans le même réseau de défense tous les groupes ouvriers du Royaume-Uni. C'est hors de la violence et sous l'abri des lois que les trades-unions se sont constituées et développées, que les salaires se sont élevés, que l'épargne et le crédit ont offert aux ouvriers anglais de puissants moyens d'action, de production et de bien-être.

Ne craignons donc pas de démasquer aux yeux des ouvriers français le mal que leur fait la politique et de parler sur ce sujet, peu abordé jusqu'ici ou assez mal compris, le langage d*une entière franchise.

La politique, dans un pays de suffrage universel,

envahit l'atelier, passionne l'ouvrier, irrite ses dé-

sirs et le pousse un jour ou l'autre à revendiquer par la violence ses droits méconnus. De là les sanglantes journées de juin 1848 et la sauvage insurrection du 18 mars 1871. De là, dans des temps moins troublés, ces grèves où le sang des ouvriers a été répandu, comme au Creuzot, à la Ricamarie. De là enfin ces choix irréfléchis ou burlesques qui ont si souvent donné pour représentants aux populations ouvrières des hommes dont les opinions excentriques ou les doctrines dangereuses deviennent un sujet d'inquiétudes pour les gouvernements.

Il est résulté de ces excès et de ces fautes successives les plus funestes conséquences. Les idées des ouvriers, leurs revendications les plus légitimes se présentent alors dans leurs manifestations extérieures comme n'étant point en harmonie avec les principes de stabilité et de sécurité qui sont la base de toute société bien organisée. Ainsi naissent la suspicion ou l'ostracisme dont les représentants des masses ouvrières ont été si souvent l'objet dans le concert gouvernemental. Ainsi croissent les épouvantes qu'inspirent les revendications, même les plus sérieuses, des hommes vivant du travail à ceux qui possèdent la propriété et le capital. Pour en finir d'un mot, de là vient l'enrayement du progrès social.

Indiquer le mal, n'est-ce pas déjà se mettre à la recherche du remède ?

Dans l'enquête de 1872-1875, les mêmes dépo-

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