CHAPITRE SEPTIÈME
sants qui rendent le mieux justice au caractère de l'ouvrier des grandes inlles, à ses instincts généreux, à ses sentiments de bienfaisance, à son légitime désir d'élever sa condition par l'instruction , à son respect de ceux qui ont acquis par leurs œuvres une position honorable, ces mêmes déposants, après avoir rendu hommage à tant de nobles qualités, ajoutent cette observation empreinte d'amertume :
«Les ouvriers des villes sont mauvais en masse ; pris isolément , ils sont bons, à de rares exceptions près; ce sont les préjugés , les excitations politiques qui les poussent entre eux à l'irritation, à l'envie, parfois à la révolte * . »
Un grand nombre d'ouvriers, dans les centres industriels, lisent habituellement les journaux politiques. Leur choix ne se porte pas sur ceux qui cherchent à faire prévaloir les idées de modération, de bonne harmonie et d'apaisement ; les plus violents ont leur préférence.
Les tentatives faites pour répandre parmi les ouvriers les journaux conservateurs (et nous parlons des organes les pins attachés aux institutions constitutionnelles du pays), toutes ces tentatives ont été vaines et ont misérablement échoué. "La presse démagogique, c'est l'avis de tous les chefs d'industrie, fait dans l'esprit d'un très-grand nombre d'ou-
* Archives de l'Assemblée nationale, 1872-1875.
vriers un mal irréparable. « Non -seulement les ouvriers lisent hors de l'atelier , mais dans l'atelier même, les journaux qui flattent leurs préférences politiques. Ainsi, dans beaucoup d'ateliers où le travail n'est pas bruyant, comme dans la peinture sur porcelaine, les ouvriers payent un lecteur au moyen d'une retenue sur leur salaire, pour être quotidiennement tenus au courant de la politique démagogique.
Ce goût pour la pâture quotidienne des doctrines socialistes n'est point particulier aux ouvriers français, on le retrouve en Allemagne. A Stuttgard, les ouvriers tailleurs ont menacé de se mettre en grève parce que les patrons voulaient interdire dans les ateliers la lecture à haute voix des journaux socialistes. Les patrons ont cédé et l'usage de ces lectures persiste de plus belle '.
L'esprit des ouvriers, au lieu de puiser ainsi dans le travail de salutaires influences, s'imprègne pendant les heures passées à l'atelier de doctrines fausses et irritantes; les réunions du soir en enflamment ensuite l'exaltation. A Commentry, Rive-de-Gier, Saint-Etienne, les ouvriers des hauts-fourneaux se réunissent à la sortie de l'usine en chambrées de trois ou quatre et font la lecture en commun du Rapi^ly delà Tribune, des Droits de V Homme.
^ TissoT : Voyage au pays des milliards.