‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 74 sur 196 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Une observation dont on ne peut méconnaître la justesse a été ainsi relevée par un éminent publiciste : «La politique conduit inévitablement les ouvriers à mal. Ils en sont tourmentés , les partis se les disputent en vue des élections, c'est là une source permanente de désordre et de trouble moral. Si les ouvriers ne s'occupaient pas de politique, ils seraient tranquilles et heureux. Ils seraient peut-être à un niveau moins élevé dans Tordre social ou politique, mais cette cause de troubles et d'agitations disparaîtrait; cela les pousse aux grèves, à la lutte contre les patrons; ce danger disparaîtrait le jour où ils seraient détournés de la politique. Ils savent bien qu'ils ne peuvent arriver à des conditions inespérées, aux emplois publics; il faudra toujours dans le monde des classes laborieuses , et il y aura toujours à côté des hommes qui travaillent d'autres qui jouissent de la fortune acquise par le travail ou l'héritage. Il faut donc bien comprendre que l'oisiveté, le plaisir ne peuvent être le bonheur pour l'ouvrier non plus que pour aucun homme , et que des satisfactions meilleures sont réservées à ceux qui marchent dans la vie avec le sentiment du devoir et l'esprit de sacrifice, v

Ce langage de raison et de sagesse serait-il entendu quand tout conspire autour des ouvriers pour égarer leur esprit ou pervertir leur cœur? Tous les empoisonnent de mauvaises doctrines, les patrons par

ambition ou par peur, les associations syndicales par système, la presse démagogique par intérêt.

On doit du reste le constater, il s'est produit depuis quelque temps une grande détente dans l'esprit des ouvriers pour les ardeurs de la politique. Les mécomptes inséparables des promesses vaines et fausses, la désillusion des espérances fondées sur le triomphe des théories républicaines, en sont sans doute la cause. Le certain , c'est que les meneurs du parti radical se plaignent amèrement de ce refroidissement; ils accusent et incitent les indiÉférents \ Cette amélioration dans l'état des esprits inspirera aux conservateurs d'autant plus de satisfaction qu'elle est l'objet des plaintes de ceux qui tirent avantage de l'exaltation des opinions et des fureurs de la politique.

A Dieu ne plaise que nous voulions détourner les ouvriers de l'exercice de leurs droits civiques. C'est là un devoir qui s'impose à tous les citoyens. Nous avons d'ailleurs confiance dans le bon sens et la raison des ouvriers pris isolément, laissés à leurs libres préférences, affranchis de la pression des meneurs et des agitateurs qui les abusent.

Les ouvriers ont réclamé au congrès de Paris la représentation directe du prolétariat au parlement. S'ils y voient un moyen de lier davantage leurs aspirations à la politique radicale , ce sera une nou-

1 Journal le Rappel. Bulletin du travail, octobre 1876.

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