‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 75 sur 196 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

velle faute commise. S'ils entendent au contraire prendre dans leurs rangs les défenseurs de leurs intérêts matériels et économiques, ils ont raison de réclamer cette représentation. Trahis et bafoués par les opportunistes, dont ils faisaient jadis leurs idoles, les ouvriers ont le droit de se montrer défiants. Peut-être comprendront-ils enfin que les programmes politiques confondus avec les questions économiques ne sont que des marchepieds fabriqués par l'ambition. Les ouvriers seront-ils mieux servis par les leurs? \^ous le croirons sans peine le jour où ils consentiront à séparer la politique de leur cause. L'intrusion que nous combattons de la politique dans les intérêts ouvriers n'est pas l'opinion honnête et indépendante qui attache tout homme à une forme de gouvernement préférée. Toute conviction est respectable. Xous condamnons ici les agissements des partis à qui les questions sociales servent de drapeau pour enrégimenter les bataillons des travailleurs, égarer des majorités sous l'action occulte d'une minorité agissante et dominatrice, pousser les masses aveugles à la révolte et au crime. Cette politique est celle dont la légende est inscrite sur les monuments incendiés de Paris. C'est celle qui, dans les rapports des délégations ouvrières, revendique avec apparat « le triomphe de la justice, de la liberté, le mieux-être de l'humanité et la prospérité de la République, non-seulement en France^ mais dans

Vnnivers entier, v Revendication soi-disant humanitaire, mais dont le caractère international et cosmopolite tend surtout à effacer jusqu'au sentiment sacré de la patrie.

En réponse à ces appels d'une politique de passion et de système, nous disons, nous, aux ouvriers : On vous trompe, on vous égare, on fausse la saine notion de vos intérêts; affranchissez-vous du joug d'une minorité oppressive, qui vous humilie et vous asservit!

L'esprit des ouvriers sous de telles influences se laisse, on le conçoit facilement, entraîner au rêve des solutions sociales qui présentent le mirage d'une transformation prochaine et soudaine de leur condition.

Ce n'est pas qu'aujourd'hui le bon sens et les lumières de l'ouvrier ne fassent justice de certaines utopies socialistes qui l'ont pu jadis égarer; mais il subit lui-même , sans y croire , l'influence de théories perfidement imaginées pour flatter ses idées d'égalité, parfois même des sentiments d'envie et des appétits toujours prêts à s'éveiller au milieu des privations d'une vie difficile. A toute époque, dans toute société civilisée, lesocialisme, sous des formes diverses, a eu ses adeptes et fait des victimes. Il a habilement approprié ses systèmes aux aspirations, aux intérêts auxquels il s'est adressé. Cet insaisissable Protée est, sous ses formes multiples , l'éternelle revendication

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