CHAPITRE HUITIÈME
salariat. Ils se placent sur ce terrain en antagonisme déclaré contre le capital, dans sa représentation directe, le patronat. Cette doctrine chimérique ne trouve, il est vrai, crédit qu'auprès d'esprits déjà prévenus. Peut-être est-elle moins dangereuse que le système, fort séduisant, de la substitution au salaire d'une rétribution proportionnelle aux produits. Ce système est accrédité par un certain nombre de publicistes, d'économistes et d'industriels philanthropes.
Le nouvel équivalent du travail, proposé par les économistes de cette école, est la participation aux bénéfices, c'est-à-dire la coopération de l'ouvrier et du patron en vue de la répartition des résultats de la production commune. C'est, on le voit, un système mixte entre le régime actuel du salaire et celui de l'association coopérative, formée entre ouvriers seulement à l'exclusion des patrons.
Or, l'un et l'autre de ces systèmes présentent l'indéniable danger de discréditer le salaire, en le faisant considérer comme blessant pour la dignité humaine. On porte ainsi l'ouvrier à tourner ses efforts, au préjudice de ses intérêts, vers des moyens d'utilisation de son travail moins avantageux et moins en rapport avec ses aptitudes, en les lui présentant comme mieux conformes au respect de la liberté individuelle. On favorise ainsi la tendance de plus en plus accentuée, de plus en plus persistante, des
ouvriers, à rechercher la conversion du salaire en un moyen plus rapide d'élever leur condition actuelle du salariat au patronat. De là un plus vif engouement pour les théories creuses de l'association coopérative.
Beaucoup de déposants, dans les dernières enquêtes, sont tombés dans une confusion très-fâcheuse entre le système des primes et celui de la participation aux bénéfices. Souvent même la confusion est intentionnelle de la part de patrons qui veulent flatter l'opinion de leurs ouvriers. Or, dans l'intérêt moral, le seul dont nous nous préoccupions ici, le système des primes paraît pratique et utile; il est à la fois la récompense de la capacité et de la bonne conduite; il attache l'ouvrier à son travail, à son atelier, à son patron. Dans les nombreuses industries où ce système est appliqué : l'industrie des mines, comme à Anzin et à la Grand'- Combe; celle de la cristallerie, comme à Baccarat; celle de la papeterie, comme à Vidalon-les-Annonay ou chez M. Laroche-Joubert ; l'imprimerie, chez M. Mame à Tours et M. Chaix à Paris; partout on en apprécie les bons effets. Nous ne pouvions passer sous silence une institution de la grande industrie qui fait à la fois tant d'honneur aux sentiments généreux de ses chefs et rend de signalés services aux intérêts moraux des populations ouvrières.
La participation aux bénéfices, que l'on présente