‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 84 sur 196 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

à l'entreprise, qui est absolument indépendant visà-ris de la société pour le compte de laquelle il travaille? Si l'on écarte le droit aux bénéfices et le droit de contrôle, on se trouve en face d'une simple combinaison qu'il vaudrait mieux ne pas qualifier d'un nom nouveau et qui rentre tantôt dans un acte de pure générosité, tantôt dans un calcul bien entendu de la part du capital. Que les cbefs d'industrie abandonnent, dans les années heureuses, une partie de leurs bénéfices, soulagent des soufîrances, contribuent par de généreuses subventions à l'amélioration physique et morale de la condition de ceux qui les entourent, c'est ce que nous approuvons fort et ce que nous pratiquons sous diverses formes, tels que secours aux maladies, pensions de retraite, écoles, cours d'apprentissage , etc. Mais il n'est pas là question d'une obligation qui supprimerait la spontanéité et la liberté du donateur, ni d'un droit qui exclurait la gratitude envers ceux qui ont fait le sacrifice. »

La participation aux bénéfices, si elle devenait praticable, resterait d'ailleurs restreinte aux industries où l'habileté de la main de l'ouvrier et le bon emploi des matières jouent un rôle prépondérant sur l'esprit de direction. Ainsi un grand entrepreneur de peinture, M. Leclair, déclare que, pour lui, la participation est le moyen le moins coûteux et le plus sûr de contrôler ses ouvriers dispersés dans la

ville et à la campagne ; ce moyen les encourage à réconomie des matières qui leur sont confiées.

Comment appliquer le même système à des industries où le développement de l'outillage, le prix des matières premières, la capacité personnelle des chefs exercent la plus grande influence sur les bénéfices? Dans celles-là, comme dans les papeteries de M. Laroche-Joubert ou celles de M. Abadie au Theil, on reconnaît bien aux ouvriers le droit d'applaudir aux bons résultats que produit l'entreprise et d'en bénéficier; mais on ne les admet pas à critiquer les opérations, à les régler eux-mêmes, à intervenir dans la direction des affaires.

La participation aux bénéfices a été également tentée dans les manufactures de tapis de M. Sallandrouze à Aubusson, avec ce caractère de bienfaisance et d'encouragement qui la différencie profondément d'une association commerciale. « Le but, selon l'expression même du déposant', était avant tout de faire une œuvre morale. «

Même dans ces limites et avec ces réseri^es, on a pu observer, de la part des ouvriers, un sentiment de méfiance envers une œuvre émanée de l'initiative des patrons. « Ils n'ont pu, ajoute le même déposant, cacher leur étonnement de voir une chose si étrange, qu'un patron puisse se préoccuper d'eux et de leur

i Enquête 1872-1875

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