CHAPITRE HUITIÈME
avenir, v Aussi ce sont les faibles salaires qHi accueillent ces organisations avec le plus d'empressement et de gratitude, tandis que les ouiTiers les plus rétribués se tiennent en défiance et en quelque sorte sur la défensive. Tant il est vrai que la participation aux bénéfices ne peut se départir de son véritable rôle, celui d'assistance ou de récompense, celui par où elle est assimilable à l'institution des primes d'encouragement.
C'est dans les ateliers d'imprimerie principalement que le système de la participation aux bénéfices a paru prendre le plus de faveur. MAI. Godchaux, imprimeurs à Paris, ont formé pour leurs ouvriers une caisse spéciale où ils versent chaque année 5 0/0 des bénéfices réalisés par leur maison. Une moitié de cette somme est immédiatement partagée entre les employés et les ouvriers, au prorata de leur salaire ; l'autre moitié est destinée à former un fonds de réserve affecté au service de pensions viagères dont le maximum peut atteindre mille francs, soit pour ancienneté de services, soit pour infirmités ou blessures.
Dans l'imprimerie Chaix, tout un système particulier de prévoyance a été organisé : une caisse de participation aux bénéfices y est alimentée au moyen d'un prélèvement de 15 pour 100 par an sur les bénéfices généraux de l'entreprise; un tiers est remis chaque année aux ouvriers participants ;
un tiers est porté au compte de chaque ouvrier pour lui constituer une retraite; le dernier tiers est versé dans un fonds de réserve au partage duquel prennent part les participants ayant soixante ans d'âge ou comptant vingt ans de services.
M. Lavollée, rendant compte de ces organisations diverses, critique en principe le système de la participation aux bénéfices, et ajoute cette observation judicieuse : « Ce qui nous frappe le plus, c'est que le système n'est applicable qu'à un nombre restreint d'ateliers ; il exige une abondance de ressources, des résultats et des conditions de durée qui ne se rencontrent que rarement et auxquels, en ce qui concerne la durée des engagements, nos lois civiles feraient obstacle autant et même plus que la loi naturelle. 5)
Si l'on veut bien se rendre compte, en effet, du régime général des ateliers grands et petits, si l'on prend en considération les licissitudes diverses et les conditions si variées du travail, il est permis de mettre en doute que la plupart des patrons puissent jamais organiser sur des bases de sécurité et de stabilité une participation sérieuse aux bénéfices, alors que la pratique en semble si difficile dans les plus grandes industries elles-mêmes. Il convient donc de prémunir l'opinion contre des entreprises exposées à tant de mécomptes; il convient surtout de prémunir les ouvriers eux-mêmes contre les espérances