‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 86 sur 196 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

chimériques que feraient naître dans leurs esprits des tentatives non encore éprouvées à Fexpérience. Espérances ou illusions^ une confiance imprudente serait de nature à jeter le trouble dans des existences laborieuses et à les détourner tout à la fois du travail et de l'épargne. « Cette déclaration est utile à répéter, parce que, autrement, les ouvriers seraient portés à croire que si tous les patrons ne procèdent pas de même, c'est qu'ils ne le veulent pas. L'animosité si regrettable qui existe et qui est excitée chaque jour contre les patrons ne pourrait que s'accroître, et l'on invoquerait contre tous les chefs d'industrie les combinaisons bienveillantes et ingénieuses qui ont pu être adoptées par quelquesuns d'entre eux. Il convient d'accepter, d'approuver toutes ces combinaisons, mais en rappelant que, quoi que l'on fasse, le salaire, dénoncé constamment comme un signe de servitude, est et demeurera toujours le meilleur mode de rémunération, le plus sûr, le plus libre. ^ »

Le salaire est en effet l'équivalent le plus digne du travail. C'est le résultat d'un contrat intervenu entre celui qui emploie et celui qui est employé. Ce contrat, avec son caractère synallagmatique, laisse à chacune des parties sa liberté; il dégage l'ouvrier, sa tâche accomplie , de toute obligation. Ainsi, le

^ M. LavoUée : Rapport à la société d'encouragement à l'industrie.

salaire n'implique aucune sujétion, aucun sacrifice de la volonté, et il serait difficile de trouver un mode de rémunération qui dégageât mieux les intérêts de la liberté du travail.

L'bomme est sans doute forcé, dans le fonctionnement actuel de la société comme dans tous les âges de l'humanité, de gagner sa vie à la sueur de son front; c'est là la loi providentielle de son origine. Mais aujourd'hui, du moins, ce que les salariés gagnent par le travail , ils le reçoivent sans aucune condition humiliante et ils sont assurés de le conserver.

Les inégalités artificielles, les privilèges abusifs, l'exploitation industrielle tendent de plus en plus à disparaître devant l'esprit de justice , dans les rapports entre ouvriers et patrons. L'amélioration de sa condition, que l'ouvrier est en droit d'attendre du progrès général dans Tordre économique et social, n'a pas besoin d'être demandée à des moyens chimériques, ni à des procédés empiriques ; elle s'accomplit sans efforts violents et dans une progression constante. Le développement des facultés physiques et intellectuelles, le perfectionnement moral et professionnel, l'instrument de l'épargne suffisent pour atteindre un résultat si désirable.

Tout homme formé à l'expérience de la vie, maître de sa volonté, indépendant et responsable, comprendra qu'il sert ses intérêts les plus chers en ne

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