‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 89 sur 196 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

état général des ouvriers est dû en grande partie à l'action de la Société philomatique qui , depuis l'année 1839, a ouvert tous les soirs, du mois d'octobre au mois de mai, des cours pour les ouvriers adultes. Il est peu de familles ouvrières qui n'aient eu au moins un des leurs élevé, instruit et couronné par la Société philomatique. n

Le nombre des ouvriers fréquentant les cours de la société ne s'élève pas à moins de deux mille. On y distribue dans une intelligente combinaison l'enseignement moral, professionnel et économique.

La Société philomatique est l'œuvre collective de grands industriels, de magistrats, d'hommes de science qui se" font tour à tour surveillants , maîtres d'études, professeurs.

De cette confusion des rangs sur le terrain égalitaire de l'instruction, est sorti pour les ouvriers de Bordeaux un enseignement non moins utile que celui des connaissances professionnelles. Ils ont appris là à apprécier, à aimer peut-être ceux qu'ailleurs la masse populaire est trop portée à calomnier et à haïr sans les connaître.

Il est de mode aujourd'hui de préconiser les avantages des conférences faites aux ouvriers comme procédés d'enseignement populaire. La recommandation peut en paraître banale, elle n'en est pas moins juste. On voit avec raison, dans l'attrait de ces

réunions instructives, un efficace moyen de combattre l'entraînement des ouvriers vers les réunions politiques. La curiosité d'esprit, les loisirs du soir, qui poussent un auditoire nombreux vers les réunions publiques à la sortie des ateliers, peuvent être utilement employés au profit des conférences.

L'enseignement populaire de l'économie politique occupe là une place toute naturelle. Les principes de cette science et ses applications pratiques sont trèsaccessibles à l'esprit des ouvriers ; on en peut juger au bon accueil qu'ils font à son enseignement.

Combien de préjugés sur les questions qui touchent au capital, au travail, à l'épargne seront ainsi bannis d'esprits bien intentionnés, mais mal éclairés. Combien, à la faveur de ces lumières nouvelles, de défaillances et d'irritations peuvent s'effacer, de confiance et d'apaisement entrer dans les cœurs !

Dans une société bien organisée, à mesure que la richesse augmente, il convient déformer un faisceau d'institutions, d'efforts collectifs, d'aspirations légitimes qui grandissent les intelligences, affermissent les volontés et les placent à la hauteur de leur nouvelle fortune. C'est le propre des connaissances économiques d'étouffer, d'une part, l'envie et les convoitises dans l'esprit de ceux qui vivent du travail, en leur montrant qu'ils tiennent dansleur main le premier levier de la richesse ; d'apprendre, de

Page 1