‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 90 sur 196 · CHAPITRE ÏX · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏX

Rapports [entre la quotité des salaires et la moralité des ouvriers. — La diminution de la durée du travail. — Ses effets sur l'utilité des salaires. — La journée de huit heures aux Etats-Unis. — Ses conséquences morales.

La question du salaire se lie par d'intimes relations à la condition morale des ouvriers. Si le salaire est seulement égal aux besoins et aux charges de celui qui le gagne , son devoir est tout indiqué : père de famille, il verse en entier dans le ménage, pour l'entretien et la nourriture de la femme et des enfants, le gain de sa semaine ; fils, il subvient aux besoins des parents avancés en âge. Si le salaire excède les charges auxquelles l'ouvrier doit pourvoir, soit pour lui-même, soit pour sa famille, l'excédant prend une double direction suivant le caractère, les habitudes ou les mœurs de l'ouvrier; il devient épargne ou se perd dans la dissipation.

L'équilibre dans les rapports du salaire avec les besoins et l'emploi du superflu ne saurait d'ailleurs être rigoureusement observé. Mille causes diverses

en allèrent la régularité. Malheureusement un certain nombre d'ouvriers gagnant des salaires suffisants laissent leur famille en proie aux privations, à la misère même, et se reposent sur la charité publique des devoirs qu'ils ont à accomplir.

La science économique tient, avec juste raison, grand compte, dans les rapports des salaires avec les besoins, des variations que subit leur taux suivant Fàge, les forces, l'habileté de l'ouvrier. On détermine pour cela les résultats du travail dans cinq périodes différentes de la vie :

1" Enfant, jusqu'à quinze ans l'ouvrier vit chez ses parents et pendant ce temps, si l'on n'abuse pas de ses forces et si l'on cultive son intelligence, le salaire est nul ou insuffisant;

2° De quinze à vingt-cinq ans, il se produit pour Touvrier, si l'infirmité des parents ou l'inconduite personnelle ne le détournent pas de l'épargne, une période de bénéfices où le salaire est supérieur aux besoins et permet les économies ;

3" L'ouvrier se marie ; pendant une longue période de temps, il suffit à peine à pourvoir à l'entretien du ménage et aux charges des enfants en bas âge ;

4° Puis les enfants travaillent, la position s'améliore, c'est la période de l'épargne et du relèvement de la condition;

5" Enfin les forces décroissent avec la vieillesse

Page 1