CHAPITRE NEUVIÈME
et les ressources diminuent. Si l'ouvrier n'est point soutenu par ses enfants, il tombe dans la misère.
Le travail dans les usines et manufactures fait en général une condition favorable à l'ouvrier. Le plus souvent le mari, la femme, les enfants sont employés dans les mêmes ateliers et, bien que les salaires de ces derniers soient fort modiques, comme tous en reçoivent, l'ensemble du gain journalier met Taisance au sein de la famille.
L'important pour l'ouvrier n'est point d'obtenir les plus gros salaires, mais de pouvoir compter sur des salaires fixes et stables. Cette sécurité lui offre de grands avantages, non-seulement pour faire face aux besoins de la vie quotidienne, mais encore dans l'intérêt de l'épargne.
En tenant compte des jours de repos et de chômage, on ne peut guère apprécier à plus de 262 journées utiles le salaire des ouvriers, destiné à subvenir pendant 365 jours aux dépenses de la famille. Or, le gain de l'ouvrier adulte donne en moyenne un revenu annuel de 1,273 francs. Cette évaluation, établie sur les chiffres de l'enquête de 1867, porte la journée moyenne de travail à 4 fr. 73 cent. Divisé en 365 jours, le même chiffre abaisse la faculté de dépenser à 3 fr. 49 cent, par journée de consommation.
Le salaire de la femme est en moyenne de597fr. par an, à raison de 2 fr. 24 cent, par journée effec-
tive de travail. La dépense possible est donc, pour elle, de 1 fr. 67 cent, par jour.
Ajoutons que les ouvriers ont à côté d'eux des enfants à élever, des vieillards à soutenir, en un mot un nombre double d'êtres chétifs ou faibles à entretenir. On jugera par là combien leur position est parfois précaire, difficile, misérable même.
L'ouvrier dont le salaire atteint un chiffre supérieur à la moyenne des besoins et celui dont la femme et les enfants gagnent eux-mêmes des journées se trouvent placés dans une position beaucoup plus favorable.
Le taux des salaires s'échelonne dans certaines industries, d'un prix minime à des chiffres relativement élevés. Prenons pour exemple l'une des plus florissantes industries parisiennes, celle des papiers peints : dans cette industrie, les salaires varient depuis 2 fr. 25 cent., prix de la journée du petit apprenti, jusqu'à 15 fr. 30 cent., prix de la journée du graveur qui fait les rouleaux en bois. Entre ces prix, les salaires varient; il y a des journées de 7, 8, 10 et 12 francs. Les ouvriers du papier peint sont donc non-seulement en mesure de suffire aux besoins de leur famille, surtout ceux dont les enfants travaillent dans la même industrie, mais ils peuvent assurément se constituer, par l'excédant des salaires sur les besoins, une épargne quotidienne. — On peut citer des conditions analogues chez les