CHAPITRE NEUVIÈME
lithographes, les boulonniers, les serruriers, les fumistes, etc.; les salaires de ces ouvriers sont généralement satisfaisants, et ils sont peu exposés aux non-valeurs résultant du chômage.
Le taux des salaires ne se règle d'ailleurs sur aucune loi fixe et positive ; il n'est déterminé ni par la valeur, ni par l'utilité de la production. Une infinité de causes, les unes d'ordre moral, les autres d'ordre économique influent sur ses variations. Si le taux des salaires est sujet à des fluctuations multiples, le mode de leur emploi, soumis aux diversités de caractère, d'habitudes et de mœurs des ouvriers, est plus variable encore.
Ce serait donc une erreur de croire que, d'une part, la somme du travail ou l'utilité de ses résultats soient égales à la quotité du salaire, que, de l'autre, cette quotité corresponde invariablement à celle de l'épargne.
Voici à cet égard une vérité fondée sur l'expérience : l'augmentation du salaire, si désirable en soi, ne produit d'efi'els utiles que dans la mesure où elle permet à l'ouvrier de se procurer une alimentation suffisante pour soutenir , développer ses forces, subvenir à l'entretien du ménage, faire face, en un mot, aux nécessités immédiates de la vie. L'excédant résultant de l'accroissement du salaire au-dessus des premiers besoins ne tourne pas le plus souvent au profit de l'épargne ; il entraîne
après lui l'excès de la dépense, la dissipation, la paresse. Les faits abondent pour démontrer que l'ouvrier le mieux payé n'est ni le plus rangé, ni le plus moral, ni le plus aisé '.
Autant il est funeste de voir l'insuffisance du salaire ne pas permettre à l'ouvrier de fournir le nécessaire à sa famille, autant il est douloureux, plus douloureux peut-être, de voir la famille manquer de tout, tandis que le chef, entraîné à la dissipation par une grosse paye, se livre à des jouissances égoïstes et brutales.
Une autre inégalité dans la répartition du salaire choquerait la raison, si l'on ne tenait compte du prix que l'industrie attache à l'habileté de main de l'ouvrier : les industries de luxe, où le travail est le moins fatiguant, offrent les. plus gros salaires. Dans le même atelier, l'ouvrier qui fait l'œuvre la plus pénible, la manipulation, est le moins payé; le décorateur, celui qui donne la dernière main à l'objet fabriqué, reçoit le plus fort salaire.
Les ouvriers intermédiaires, entre l'apprenti et le maître-ouvrier, gagnent dans la plupart des industries parisiennes un salaire qui varie de 5 à 10 francs.
Or, entre les divers ouvriers occupés dans la
* Archives jjarlementaires : Enquête 1872-1875. La même opinion est exprimée par M. Villermé. Statistique de l'ifiduslrie à Paris.