‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 95 sur 196 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L'emploi utile du salaire. — La vertu de l'épargne. — Les influences morales de la propriété chez les ouvriers. — Les maisons-dortoirs en Allemagne. — Où va l'épargne française.

La valeur du salaire, considérée dans ses rapports avec les intérêts de l'ouvrier, réside tout entière dans l'emploi qu'il en fait. L'utilisation du salaire constitue l'épargne. L'épargne est le signe caractéristique de l'esprit de prévoyance, de sagesse et de moralité dans les familles ouvrières.

Il existe , on l'a fait justement observer , une intime solidarité entre l'esprit d'épargne et l'esprit de famille; ce sont là deux sentiments de même nature et de même origine. L'ouvrier, avant le mariage, livré aux entraînements de la jeunesse, dissipe rapidement tout ce qu'il gagne; il est imprévoyant et se fait mérite de son imprévoyance. Marié, ses sentiments changent : les besoins du ménage, l'éducation des enfants , l'incertitude de l'avenir le préoccupent; sa pensée se tourne vers l'ordre et l'économie. Ce premier progrès accompli , les habitudes de

dissipation disparaissent, l'homme se moralise.

«Dans cet ordre d'idées, écrit M. Michel Chevalier, les institutions qui provoquent chez l'ouvrier l'habitude de l'épargne, qui, d'une manière générale, lui apprennent à compter sur lui-même et lui inspirent ce que les Anglais et les Américains s'efforcent de répandre parmi eux au moyen d'une éducation qui dure toute la vie , ces institutions-là ne sauraient être trop propagées. Elles sont les plus propres à développer parmi les populations ouvrières un sentiment de dignité qui n'est pas la forme la moins heureuse de la moralité humaine. »

Ce serait une illusion funeste de croire que Touvrier puisse parvenir efficacement à l'amélioration de son sort en dehors des voies naturelles qui lui sont tracées par sa condition même : nous voulons dire le travail et l'épargne. Cette pensée était formulée par Franklin comme un axiome d'une vérité incontestable, quand il disait : a II n'y a rien à attendre pour l'amélioration d'un peuple en dehors du travail et de l'épargne. «

Ainsi entendue , l'épargne est élevée à la hauteur d'une vertu domestique ; elle s'associe à la pratique des devoirs de famille; elle devient l'un des éléments de l'éducation de l'homme et la règle de conduite de sa vie entière.

L'utilisation de l'épargne affecte des formes diverses : tantôt elle se tourne vers les placements

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