CHAPITRE DIXIÈME
dans les caisses de prévoyance, tantôt^ vers l'acquisition de la propriété.
On sait combien , au sein des populations agricoles, est ardent et opiniâtre le désir d'acquérir la terre. C'est là la forme réelle et tangible que prend chez les cultivateurs l'esprit d'ordre et d'économie. Les sentiments de famille, la fidélité au foyer, l'amour de la conservation et de la stabilité sociale sont les compagnons ordinaires de cet attachement à la propriété.
Il serait injuste de prétendre que ces sentiments soient étrangers aux ouvriers de l'industrie.
Dans un grand nombre d'entreprises industrielles, les patrons ou les directeurs de l'exploitation se sont efforcés de développer chez leurs ouvriers des goûts de fixité et d'attachement au sol. L'avantage immédiat de ce calcul est de prévenir l'émigration de la population et de retenir des forces vives autour d'établissements dont la prospérité dépend souvent du nombre de bras dont ils disposent.
Toutes les grandes compagnies minières, le Creusot , Anzin , la Grand'Combe , Decazeville , Marquise, les établissements métallurgiques du bassin de la Loire, comme ceux du bassin de l'Escaut, facilitent à leurs ouvriers l'acquisition de maisons d'habitations autour de leurs hauts-fourneaux.
Cette œuvre de sage prévoyance, pour être inspirée
par l'intérêt bien entendu de l'industrie, n'en tourne
pas moins au profit de l'ouvrier. Il s'attache ainsi davantage au foyer, à la famille ; et le bien-être se développe dans sa maison. Nouvelle preuve de l'étroite solidarité qui lie l'un à l'autre l'intérêt de l'ouvrier et celui du patron.
Ce n'est pas seulement dans les industries minières et métallurgiques que l'on s'est efforcé d'assurer la fixité de la population ouvrière par la propriété. Partout on a reconnu l'influence moralisatrice qui résulte de l'établissement de l'ouvrier dans sa propre maison, à la campagne. L'expérience en a été faite, avec un éclatant succès, par M. Jean Dolfus, dans ses célèbres fondations de Mulhouse.
M. Marne, imprimeur-éditeur à Tours, donne à ses ouvriers la facilité d'acquérir, moyennant une faible retenue de 50 centimes par journée de travail, une maison complète pouvant loger convenablement toute une famille. Chaque maison contient, au rezde-chaussée, une grande salle servant de salle à manger, une cuisine, une cave; au-dessus, deux étages avec deux chambres par étage. Chaque maison est placée dans un ensemble groupé autour d'un square orné de plantations; l'eau et l'air abondent partout. Les ouvriers sont ainsi logés dans d'excellentes conditions d'hygiène et de bien-être. S'élonnera-t-on, dès lors, que ces avantages soient appréciés par eux au point que l'occupation de ces maisons devienne une prime à la bonne conduite?