‹ La vie morale et intellectuelle des ouvriersChapitre 97 sur 196 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Aux environs de Paris, à Saint-Ouen, les ouvriers de MM. Wolf et Pleyel achètent de petits terrains dans le voisinage de l'usine; ils y font construire de modestes habitations; la plupart possèdent un petit jardin potager. Les nouveaux propriétaires apportent beaucoup de soin à l'entretien de ces jardins ; on en a vu même renoncer aux gros salaires de l'usine pour se consacrer entière^ ment à la culture maraîchère, devenue lucrative pour eux '.

Les patrons facilitent l'acquisition de ces propriétés, à leurs meilleurs ouvriers, par des prêts sans intérêts et à long terme, remboursables au moyen de prélèvements sur les salaires.

Le système d'acquisition de maisons particulières pour chaque famille d'ouvriers paraît aux hommes d'expérience de beaucoup préférable à celui de l'habitation dans les cités ouvrières.. « Le système des cités ouvrières, font-ils observer judicieusement, supprime l'indépendance réciproque du patron et da l'ouvrier : de la part du patron, la crainte de perdre ses avances ne lui permet pas de congédier l'ouvrier quand il est mécontent de son travail; l'ouvrier, de son côté, s'il veut quitter le patron, répugne à faire le sacrifice des économies

1 Rapport présenté à l'enquête de 1872-1875 parM. d'Eichtal, au nom de la maison Wolf et Pleyel,

réalisées pendant plusieurs années pour devenir propriétaire de sa maison, v

Il est préférable à tous égards, soit de faciliter l'acquisition de leur maison aux ouvriers par une retenue sur leur salaire, soit d'encourager les bons travailleurs par une avance directe à titre de prêt. Les ouvriers ne sont point liés ainsi par des engagements à longue échéance, source ordinaire de difficultés; de plus, ils retirent de l'acquisition de la maison où s'élèvera et vivra leur famille tout le profit moral qui s'attache à l'influence de la propriété.

Rien ne répond mieux aux instincts natifs et aux sentiments les plus chers des populations laborieuses. Faut-il rappeler à l'appui l'exemple bien connu des émigrantsdelaCreuse,derAuvergne ou de laSavoie, qui économisent le pécule gagné, comme maçons ou commissionnaires dans les grandes villes, pour acquérir dans les plus pauvres contrées de leurs montagnes la maison et le champ où s'écoulera leur vieillesse? Les mêmes exemples, les mêmes habitudes se retrouvent dans toute la France. La vérité est que la tendance à devenir propriétaire est naturelle au caractère de l'ouvrier français ; elle est profondément enracinée dans ses mœurs.

La facilité donnée aux ouvriers d'acquérir la propriété est aussi singulièrement favorisée, dans notre état social moderne, par l'extrême division parcellaire du sol. C'est là l'un des efl'ets les plus saillants

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