CHAPITRE DIXIÈME
de l'égalité des partages, inscrite dans nos lois civiles. Les conséquences économiques en sont considérables. Ce n'est pas assurément leprogrès le moinsdigne de remarque et d'encouragement que cette salutaire influence exercée sur la moralité des ouvriers par la facilité d'acquisition de quelques pouces de terre. L'avenir des familles ouvrières s'en ressent particulièrement. La propriété est la plus haute expression que puisse atteindre la vertu de l'épargne.
Si l'on accorde donc quelque efficacité morale à l'épargne, on voit qu'il n'est pas sans intérêt que nos lois aident l'ouvrier à devenir propriétaire. Nous recommandons cette observation à l'attention des légistes et des moralistes qui accusent de tous nos maux la division de la propriété terrienne, et prétendent bouleverser de fond en comble notre régime successoral.
Combien sont préférables, au point de vue de l'habitation de l'ouvrier, les idées accréditées parmi les industriels français à celles qui ont cours en Allemagne. On n'a rien trouvé de mieux dans l'empire germanique, pour combattre les tendances socialistes de plus en plus envahissantes dans les régions manufacturières, que d'offrir aux ouvriers le logement et même l'alimentation dans de vastes édifices habités en commun comme de véritables phalanstères. Les maisons-dortoirs [schafhausser) ont été plus particulièrement établiespar les administrations
•266 LA VIE MORALE ET INTELLECTUELLE DES OUViUERS.
minières des provinces de l'Ouest; ces maisons reçoivent de cinquante à trois cents individus; la direction en est confiée à un régisseur ou locataire principal. Le régisseur a la charge de loger à bas prix les ouvriers célibataires de l'usine ou de la mine avec faculté pour ceux-ci de préparer leurs aliments dans des cuisines organisées à cet effet. Les ouvriers paient en moyenne 50 centimes à 1 franc de rétribution quotidienne.
En Westphalie, l'administration fournit dans les maisons ouvrières, avec une faible augmentation de prix, du café et de la viande deux fois par jour. Dans d'autres provinces, les ouvriers paient une cotisation mensuelle variant de 2 fr. 50 c. à 3 fr. 75 c. par mois pour le lit, l'éclairage, le chauffage. Quelques-unes de ces habitations communes offrent des commodités et des perfectionnements dignes de remarque ; on y trouve des bibliothèques, des salles de réunion, des salles de bains ouvertes gratuitement aux ouvriers. L'émulation des industriels , on pourrait dire la concurrence, aidant, on ne sait où s'arrêtera le progrès en cette matière. On comptait déjà en 1874, dans le seul district de Dormund, vingt-huit grandes et neuf petites maisons-dortoirs , avec cantine, recevant quatre mille huit cents ouvriers. Ces institutions d'expérimentation phalanstérienne prennent un développement inouï de l'autre côté du Rhin.