‹ La vie n'est pas la vieChapitre 19 sur 43 · XXII · texte numérisé non relu

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LA VIE N EST PAS LA VIK. li!.-î

innocence baptismale et tous les trésors qu'elle renferme, pour le temps et pour l'éternité. Le saint roi, parti pour la croisade contre les Sarrasins, était à JafFa, lorsqu'il apprit la mort de la reine Blanche, sa mère, arrivée le premier dimanche de l'Avent, premier jour de décembre 1262.

Le cardinal légat, Eudes de Châteauroux, qui la reçut le premier, prit avec lui Gilles, archevêque de Tyr, garde du sceau du roi, et Geoffroi, de Beaulieu, son confesseur, de l'Ordre des Frères Prêcheurs. Le légat dit au roi qu'il désirait lui parler en secret dans sa chambre, en présence des deux autres. A son visage sérieux, le roi comprit qu'il lui apportait quelque triste nouvelle. Il les fit passer de sa chambre dans sa chapelle, où il s'assit devant l'autel et eux avec lui.

Alors le légat représenta au roi les grâces que Dieu lui avait faites depuis son enfance, entre autres de lui avoir donné

une mère qui l'avait élevé si chrétiennement, et qui avait si sagement gouverné son royaume. Enfin, ne pouvant plus retenir ses sanglots et ses pleurs, il ajouta qu'elle était morte !

A cette parole, le roi jeta un grand cri ; puis, fondant en larmes, il s'agenouilla devant l'autel, et, joignant les mains, il dit avec une sensible dévotion : « Je vous l'ends grâces, Seigneur, de m'avoir prêté une si bonne mère ; vous l'avez retirée quand il vous a plu. Il est vrai que je l'aimais plus qu'aucune créature mortelle, comme elle le méritait bien ; mais, puisque c'est votre bon plaisir, que votre nom soit béni à jamais! »

Ensuite, le légat ayant fait une courte prière pour la défunte, le roi dit qu'il voulait demeurer seul dans sa chapelle, et retint seulement son confesseur. 11 resta quelque temps à méditer et à pleurer devant l'autel, après quoi son confesseur lui représenta modestement qu'il

avait assez donné à la nature, et qu'il était temps d'écouter la raison éclairée par la foi.

Aussitôt le roi se leva et passa dans son oratoire, où il avait coutume de dire ses heures, hh, il récita avec son confesseur tout l'office des morts, et le confesseur admira que, nonobstant la douleur dont il était pénétré, il ne fit pas la moindre faute en récitant un si long office. Outre les nombreux services qu'il fit faire en Palestine pour sa mère, le saint roi envoya en France la charge d'un cheval de pierreries à distribuer aux églises, demandant des prières pour elle et pour lui (i).

Voilà le chrétien devant la mort.

A ses affirmations tant de fois réitérées, que la vie d'ici-bas n'est pas la vie, notre admirable mère ajouteunenouvelle force.

(1) Hist. univ. de l'Église, liv. LXXIV, pa?. 51J 5« édit-

par un mot plus significatif encore que celui de dortoir. Le dortoir suppose le sommeil, et le sommeil suppose une demi-vie. Cela ne suffit point à la foi de l'Église. Quand des miracles lui ont appris que quelques-uns de ses enfants sont arrivés au terme heureux de leur pèlerinage, elle appelle le jour de leur mort, le jour de leur naissance.

Chaque page de son martyrologe répète l'affirmation de leur glorieuse immortalité. Prends-le et tu liras : « A Jérusalem, à Rome, à Lyon, à Paris, à Narbonne, à Besançon, naissance de tel saint et de telle sainte qui, après la vie mourante, ou plutôt la mort vivante d'icibas, est entré en possession de la vie véritable. »

L'Église est tellement sûre de leur bonheur, que ce jour est pour elle un jour de fête. En déployant, pour le célébrer, toute la pompe de ses cérémonies, que fait-elle? A la face du ciel et de la terre,

LA ME N KST PAS LA VIE. lO'J

elle porte à la mort ce sublime défi : 0 mort ! où est maintenant ta victoire, où est ton aiguillon (i) ?

Je te laisse, mon cher Frédéric, sur cette éloquente protestation contre l'abjecte philosophie qui, ravalant l'homme au niveau de la brute, limite la vie à la durée fugitive de notre terrestre pèlerinage, et regarde la mort comme le retour au néant. Tout à toi.

(I) I Cor. XV, 53.

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