‹ La vie n'est pas la vieChapitre 22 sur 43 · DIX-SEPTIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME LETTRE

.2 octobre.

Troisième objpt de nn'rn r.orrespondance : Éclairer.

— Nature intime de !;i vie d'ici-bas. — C'est une éprouve. — Pourquoi ? — P;irahole de l'Evangile qui révèle ta nature de la vie. — But de la vie d'ici-bas.

— Achemineratntalavraie vie. — Ce qu'est la vraie vie. — Moyens de la conquérir. — Nature de la mort,

— Trait de saint Charles. — Ce qu'est un chrélien qui meurt. — Comparaisons — Histoire. — Chant de l'exil.

Cher ami,

"Tu m'écris : « Vos deux dernières lettres ayant rectifié mes idées sur la vie et sur la mort, je puis vous assurer que mon amour de la vie et ma crainte de la mort, ne seront plus pour moi désormais un tourment. Mais puisque la vie n'est pas la vie et que la mort n'est pas la mort : Qu'estce donc (jue la vie ? Qu'est-ce donc que

La vie is est pas la vie. àô'

la mort ? A ces deux questions une réponse, mais une réponse nette et sûre, devient indispensable pour m'orienter. »

Je vais te la donner. Je le fais d'autant plus volontiers que tes questions me conduisent naturellement à développer le troisième objet de notre correspondance, qui est d'éclairer. Oui, éclairer ceux qui se trompent sur la nature intime et sur le vrai but de la vie d'ici-bas. Hélas ! le nombre en est errand.

Qu'est-ce donc que la vie du temps, dans sa nature intime et dans son but ? Dans sa nature intime, la vie du temps est une épreuve ; dans son but, c'est un acheminement à la vraie vie.

Qu'est-ce qu'une épreuve? Une épreuve est un acte ou une suite d'actes, par lesquels on s'assure qu'une chose a, ou n'a pas, les qualités propres k la fin à laquelle on la destine. Tu sais que les êtres créés n'atteignent pas tous leur fin par les mêmes lois. Les uns y sont conduits néces-

^ns LA VIK N EST PAS I.A VIE.

sairement ; les autres doivent y arriver librement. A ces derniers appartiennent l'ange et l'homme.

Pour l'homme qu'est-ce donc que l'épreuve de la vie ? Écoute l'Évangile. « Un homme, partant pour une contrée lointaine, appela ses serviteurs et leur confia ses biens. Et il donna cinq talents à l'un, et deux à l'autre, et un à un autre, à chacun selon ce qu'il pouvait : et aussitôt il partit.

« Or, celui qui avait reçu cinq talents s'en alla et les fit valoir, et il en gagna cinq autres. De même celui qui en avait reçu deux, en gagna deux autres. Mais celui qui en avait reçu un, alla et le mit en terre, et cacha l'argent de son maître. Et longtemps après, le maître de ces serviteurs vint, et leur fit rendre compte.

« Alors celui qui avait reçu cinq talents, s'approchant, en présenta cinq autres, et dit : Seigneur, vous m'aviez

La vie nëst pas la vie. iioO

donné cinq talents; j'en ai gagné cinq autres. Son maître lui dit : Gourage,boii et fidèle serviteur, vous avez été fidèle en peu de choses; je vous établirai sur beaucoup : entrez dans la joie de votre Seigneur.

« Et celui qui avait reçu deux talents, vint et dit: Seigneur, vous m'aviez donné deux talents, en voilà deux de plus, que j'ai gagnés. Son maître lui dit : Courage, bon et fidèle serviteur, vous avez été fidèle en peu de choses; je vous établirai sur beaucoup : entrez dans la joie de votre Seigneur.

« Mais celui qui avait reçu un talent, s'approchant, dit : Seigneur, je sais que vous êtes un homme sévère, moissonnant où vous n'avez pas semé, et recueillant où vous n'avez rien répandu. C'est pourquoi, dans ma crainte, je m'en suis allé, et j'ai enfoui votre talent dans la terre : le voici, vous avez ce qui est à vous.

2iU LA VIE N EST l'AS LA Vit;.

« Et son maître répondit : Serviteur méchant et paresseux, vous saviez que je moissonne où je n'ai point semé, et que je recueille où je n'ai rien répandu; vous deviez donc confier mon argent aux changeurs, et h mon retour j'aurais retiré ce qui est à moi avec usure. Jetez donc ce serviteur inutile dans les ténèbres extérieures : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents (i). »

Suit immédiatement l'annonce du jugement dernier, où Dieu fera, k l'égard de tous les hommes, ce que l'homme de la parabole fait à l'égard de ses serviteurs. Ainsi, des talents reçus, c'est-à-dire une âme avec ses facultés, un corps avec ses sens, des grâces et des créatures de tout genre mises à la disposition de l'homme, obligé de faire servir toutes choses et luimême à sa fin ; le compte à rendre de son administration, la récompense ou le

^i) Maltli., XXV, 14 et suiv.

châtiment à recevoir suivant ses œuvres: telle est la vie d'ici-bas dans sa nature intime.

Remarquons en passant, mon cher ami, que tout ici-bas est épreuve: témoignage authentique que rien n'est fini, A tout ce qui l'entoure et qu'il peut atteindre, l'homme fait subir la condition, que Dieu lui impose à lui-même. Il éprouve l'or, l'argent, les pierres précieuses, les étoffes, le cheval, le bœuf, le navire, les ponts, les armes de guerre. Puis, toujours comme Dieu lui-même, il accepte ou rejette ce qui résiste, ou ce qui succombe à l'épreuve.

Dans son but, la vie d'ici-bas est un acheminement à la vraie vie. Nous l'avons prouvé, la vraie vie, c'est pour l'esprit, la pleine possession de la vérité ; pour le cœur, la pleine possession de l'amour; pour l'homme tout entier, la pleine possession de la jouissance, sans mélange et sans fin. L'homme est créé pour posséder cette

•àii La vie n est pas la vie.

vie, car il vient de Dieu, il va à Dieu, il est l'image vivante de Dieu, vie par essence et vie dans toute sa perfection. Cette vie étant une récompense doit être méritée. Telle fut toujours, même dans l'état d'innocence, la condition de l'homme ici-bas. Cette condition, qui alors était facile à remplir, est aujourd'hui pénible, sans cesser d'être possible.

L'homme, tout entier dans Adam, commit une faute. Le souvenir en est demeuré ineffaçable dans le souvenir de tous les peuples; et les deux hommes, qui se font la guerre en chacun de nous, en sont le ti'iste mais impérissable témoignage. La faute entraîna la chute. En se révoltant contre le Dieu-vérité, l'homme perdit la vérité ; en se révoltant contre le Dieu-amour, il perdit l'amour; en se révoltant contre le Dieu-vie, il perdit la vie et trouva la mort.

Cette triple chute pouvait être irréparable : Dieu ne le voulut pas. Père, il eut

LA Vlii X EST PAS LA Vi::. '210

pitié de son fils, et, afin qu'il pût recouvrer ses biens perdus, il lui laissa la vie du temps. L'homme actuel est donc un roi déchu. Son esprit est tombé du trône de la vérité; son cœur, du trône de l'amour ; son corps, du trône de l'immortalité. A la place de ces trois trônes, il a trouvé le triple esclavage de l'ignorance, de la concupiscence et de la mort.

Pendant son passage ici-bas, l'homme déchu a donc h briser les chaînes de son esclavage, k faire la conquête de la vérité, la conquête de l'amour, la conquête de l'immortalité: en un mot, la conquête de la vie. Conquérir la vie, oh! que c'est beau!

De là, mon cher Frédéric, cette réponse si simple et si sublime du plus utile de tous les livres, réponse qui devrait être gravée partout en lettres d'or, réponse qu'on n'admirera, qu'on n'approfondira jamais assez : fai été créé et mis au monde pour connaître, aimer, et servir

Dieu, et par ce moyen acquérir la vie éternelle. Rien de plus, rien de moins: voilà toute la vie d'ici-bas.

De ces notions élémentaires, qui passent aujourd'hui l'intelligence des superbes, mais que le petit enfant, grâce à l'amour naturel de la vérité, boit comme le lait de sa mère, comprend sans peine et retient sans effort, il résulte bien évidemment que la vie d'ici-bas est un acheminement à la vraie vie.

Pour aboutir à son terme, quelle doit être la vie? Le divin Réparateur de notre chute a répondu : Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements (i). »

Quels commandements? Les commandements non du monde et du démon, non des trois concupiscences orgueil, cupidité, volupté; mais les commandements de Dieu. Tu vois que la vraie vie n'est pas

(1) Si vis ad vitamingredi, serva mandata. (Matth., XIX, 17.)

LA VIS N EST PAS LA VIE. 2io

mise à trop haut prix. Les commandements de Dieu ne sont pas difficiles. Ils se réduisent à un seul mot : aimer. Aimer Dieu, l'aimer en lui-même et dans ses œuvres. Aimer le prochain, imagede Dieu, l'aimer dans son âme et dans son corps, comme nous aimons nous-mêmes : tout est là.

La première condition pour garder les commandements, est de faire tout le contraire de ce que fait l'immense majorité des hommes d'aujourd'hui: c est de prendre la vie au sérieux. Prendre la vie au sérieux, c'est tout ensemble la connaître dans sa nature intime et dans son but, et en faire l'usage voulu par Celui qui nous l'a donnée, et qui nous en demandera compte.

Pour obtenir ce résultat décisif, je ne connais rien de meilleur que les trois pensées suivantes, dont je te supplie, mon cher ami, de faire le sujet habituel de tes méditations :

2î6 LA VIE N i:ST PAS LA VIS.

Je viens de l'éternité ;

Je marche vers l'éternité;

Je fais mon éternité.

Avec non moins d'évidence, il ressort des notions précédemment exposées, que la mort n'est pas ce qu'on croit. Au lieu d'être une puissance ennemie, elle est la bienfaitrice de l'humanité. Elle est la fin de la vie mourante et le commencement de la vie vivante. La faire passer pour autre chose, c'est la calomnier.

Tu n'aspasoubliéce trait delà viedesaint Charles. Trop fidèles copistes des païens d'autrefois, les peintres de la Renaissance représentaient la mort sous l'image d'un affreux squelette, armée d'une faux, moissonnant impitoyablement les générations humaines, comme on moissonne l'herbe des champs, dont bientôt il ne reste plus rien. De pareils tableaux bannissaient la notion chrétienne de la mort. Le grand cardinal fit suppj-imer la faux, qu'ils remplaça par une clef d'or.

Qu'est-ce donc, me demandes-tu, que le chrétien qui meurt et qui meurt en chrétien?

Vois-tu ce roi déchu qui, aux acclamations de ses peuples, remonte sur son trône, pour n'en jamais descendre? C'est le chrétien qui meurt.

Vois-tu ce pauvre vieillard, estropié, souffrant, couvert de haillons, une besace sur l'épaule, un bâton à la main, mendiant son pain de porte en porte, souvent rebuté et toujours condamné aux privations les plus dures, le vois-tu nageant tout à coup au sein de l'abondance, magnifiquement vêtu, magnifiquement logé et délicatement nourri? C'est le chrétien qui meurt.

Regarde ce malheureux prisonnier dont la vue seule émeut de compassion. Depuis de longues années il est enfermé dans un noir cachot où, chargé de chaînes, il n'a pour nourriture qu'un pain grossier, trempé de larmes, pour boisson qu'une

eau fétide, pour compagnie que la vermine, la solitude, les ténèbres et les cruels soucis. Tout à coup ses fers tombent, les portes de la prison s'ouvrent devant lui. Plus de craintes, plus d'angoisses, plus de souffrances ; il est libre et libre pour toujours : c'est le chrétien qui meurt.

Tu connais l'histoire de ce voyageur intrépide, amant passionné de la science.

Après s'être préparé par de longues études et de pénibles veilles, il part pour explorer tour à tour, au détriment de sa santé, au péril même de sa vie, les régions brûlantes de l'Afrique centrale, et les montagnes glacées de l'Amérique, afin de surprendre à la nature quelques-uns de ses secrets, trouver la solution de quelques problèmes et faire avancer la science de quelques pas, en découvrant une parcelle de vérité.

Au moment où il s'y attend le moins, la vérité même lui apparaît, la vérité tout entière, l'illuminant de ses rayons, lui

donnant la solution de tous les problèmes et ne lui laissant, sur le passé, sur le présent, sur l'avenir, sur le monde moral et sur le monde physique, ni obscurité ni incertitude. Comprenne qui pourra ses tressaillements de bonheur ! Quel est ce voyageur? C'est le chrétien qui meurt.

Nous voici au port de Marseille, un beau navire y entre à pleines voiles. Tout le monde est dans l'attente et demande quel est le maître du vaisseau. La joie éclate sur tous les fronts : c'est un enfant de Marseille, Capitaine au long cours, qui, après avoir parcouru de vastes mers, visité des plages inhospitalières, essuyé vingt tempêtes, épuisé ses forces à lutter contre les attaques des corsaires et contre la fureur des flots, aborde sain et sauf au rivage de la patrie, avec son vaisseau chargé de marchandises précieuses. Quel est ce navigateur ? C'est le chrétien qui meurt.

Rentrons à Paris et viens avec moi à

ticêtrc, à la SalpôU'ière, à l'Hôlel-Dieu ; dans n'importe quel hôpital. Vois-tu, h droite et à gauche des vastes salles, ces longues rangées de lits, où gisent de pauvres malades de tout âge, dévorés par la fièvre, privés de sommeil, estropiés, contrefaits, pouvant à peine faire quelque mouvement sans souffrir d'intolérables douleurs, soumis ii des opérations cruelles et incertains de leur guérison. Te figures- tu le bonheur d'un de ces malades, s'il vient à recouvrer subitement la santé dans sa plénitude, avec la certitude de ne la perdre jamais? Quel est ce malade? C'est le chrétien qui meurt.

Ainsi comprenait la mort ce lépreux, héroïquement chrétien, dont je vais te rappeler l'histoire. Un grand seigneur, étant II la chasse, se trouva entraîné fort loin de ses gens, par un chevreuil qu'il avait entrepris de forcer. Arrivé au centre de la forêt, il entendit la voix d'un

homme qui chantait très-agréablement.

Surpris d'entendre une si belle voix dans un lieu si retiré, il voulut savoir ce que ce pouvait être. 11 pousse son cheval du côté d'où vient la voix, et se trouve en présence d'un lépreux, si défiguré dans toutes les parties du corps, que les chairs, rongées par la pourriture, tombaient en lambeaux.

Ce spectacle lui fait horreur. Cependant il triomphe de lui-même, s'approche du lépreux, le salue avec affabilité et lui demande: « Est-ce vous qui chantez, et d'où vous vient une si belle voix? — C'est moi qui chante, répond le lépreux, et cette voix est ma voix naturelle. — Mais comment pouvez- vous chanter dans l'état pitoyable où vous êtes ?

— Entre Dieu et moi, reprend le lépreux, il n'y a d'autre séparation que cette muraille de boue, qui est mon corps. Quand elle sera par terre, rien ne m'empêchera d'aller jouir du bonheur éter-'

2o2 LA VIE NEST PAS LA VIE.

ncl dans le sein de mon Dieu. Comme je vois chaque jour cette muraille tomber en ruines, la joie que j'en éprouve me fait chanter; et j'attends avec empressement l'heure qu'elle soit entièrement démolie : heure bénie où mon âme, séparée de mon corps, ira s'abreuver aux sources mêmes de la bienheureuse immortalité (i). »

Que dira-je encore? Le chrétien qui meurt, c'est un écolier qui part pour les vacances. A ton âge, tu sens plus vivement que moi le plaisir de quitter la prison qu'on appelle le collège, de ne plus entendre le bruit importun de la cloche ou du tambour qui vous arrache au sommeil, qui met fin à vos jeux et vous appelle à des études arides, sous la surveillance d'un maître sévère; le plaisir de revoir le pays natal, d'embrasser ses parents chéris et surtout de jouir, pour

(1) Flor. deHenriq., Grand ,\\h. iv, c. lxvui.

deux mois, de la clef des champs. Ah ! si c'était pour toujours ! Eh bien ! pour le chrétien qui meurt, les vacances sont éternelles.

Qu'est-ce, enfin, que le chrétien qui meurt? C'est un exilé qui rentre dans sa patrie. Comme moi, tu as souvent rencontré, ces années dernières, dans les rues de Paris, un jeune homme dont la tristesse, empreinte sur son beau visage, excitait notre compassion : c'était un exilé. Fils d'une noble maison et élevé dans l'opulence, il s'était vu dépouillé de tout et obligé de venir reposer sa tète sur la terre étrangère. Malgré la sécurité qu'elle lui procurait, l'hospitalité loyalement offerte était loin de lui faire oublier sa patrie. Obligé de vivre d'aumônes ou du travail de ses mains, inhabile aux durs métiers, connaissant trèsimparfaitement la langue de ses hôtes, ne trouvant nulle pensée correspondant à ses pensées, nulle bouche lui parlant

avec amour du pays natal, de son père, de sa mère, de ses frères et de ses sœurs, il était comme une âme en peine.

Or, un jour il apprend que son exil est fini. Il part; et la vapeur ne le transporte pas assez vite aux lieux qui l'ont vu naître et où l'attend, avec une brillante fortune, une famille tendrement aimée et impatiente de le revoir. Dire les enivrements de ce retour, ma plume ne le peut: au cœur de les sentir. Quel est cet exilé? C'est le chrétien qui meurt.

Exilés nous-mêmes, prêtons l'oreille au chant de cet exilé du ciel. Sorti du cœur inspiré d'un de nos premiers pères, ce long soupir, en traversant les siècles, n'a rien perdu de sa mystérieuse puissance. Toujours ancienne et toujours nouvelle est la cause qui le produit. «Pour moi le monde n'est rien. Ici-bas, je ne suis qu'un étranger et l'hôte d'un jour. De tous mes vœux, j'appelle le jour qui me rend à ma patrie, me {ire de la terre d'exil, brise les liens du

La vie nest pas la vie, 'ti^

temps et me place dans le royaume des célestes félicités. Quel homme jeté sur des plages lointaines n'aurait hâte de rentrer dans son pays ! Quel passager, impatient de revoir sa famille, ne désirerait ardemment un vent favorable, afin d'embrasser plus tôt ses bien-aimés!

« Le ciel est ma patrie ; les Patriarches sont mes Pères. Pourquoi ne pas me hâter de revoir mon pays et de saluer mes parents? La, m'attend une multitude d'êtres chéris. Là, m'appelle une immense assemblée de pères, de frères, d'amis, d'enfants, assurés déjà de leur immortalité, mais encore pleins de sollicitude pour mon salut. Pour eux et pour moi, quelle joie de nous revoir et de nous embrasser!

«Dans ces royaumes célestes quelle volupté 1 Nulle crainte de mort, éternité de vie: quelle suprême, quelle incompréhensible félicité ! Là, le chœur glorieux des apôtres. Là, le nombre entier desprophètes, ravis de voir ce qu'ils ont annoncé. Là,

le peuple innombrable des martyrs, le front orné de la couronne des vainqueurs. Là, les vierges triomphantes, noblement victorieuses de la chair et des sens. Là, les miséricordieux, récompensés de leurs aumônes. Fidèles aux préceptes du Seigneur, ils ont transporté dans les célestes trésors, les patrimoines de la terre. Vers eux, frères bien-aimés, hâtons-nous d'arriver, afin de les voir, eux et le Seigneur, le plus vite possible (i). »

Et, depuis quatre siècles, on répète à l'Europe qu'il n'y a pas de poésie dans les Pères de l'Eglise, comme on lui dit qu'il n'y a pas d'architecture dans les siècles chrétiens! Plaignons ceux qui n'ont qu'un œil, dit saint Augustin, et soyons reconnaissants d'en avoir deux.

Tiens-les grands ouverts pour le spectacle auquel nous assisterons demain.

Tout à toi.

(!) s. Cyr., de Immorlalit.

Page 1