VINGTIÈME LETTRE
6 octobre.
Troisième qualité dos corps glorieux : l'agilité. — 'En quoi elle consiste. — Bonheur qu'elle procure. — Le moudeactuel ladésire ardernmciit — Quatrième qualité «les corps glorieux : la clarté. — Preuves delà clarté de» corps glorieux. — D'oii elle viendra. — Glorification on vie de toutes les créatures. — Passage de saint Paul. — Enseignement de saint Thora;is, de saint Jérôme, di^ saint Aiiguslm et des autres Pères. — Lumière et incorruptibilité des créatures.
Cher ami,
En choisissant le blé destiné à la semence, le laboureur peut se dire avec une certaine tristesse : Encore un peu de temps, et ces beaux grains, jetés dans la terre, vont se déformer et pourrir. Mais la foi qui l'inspire, car semer est un acte de foi, lui dicte cette réponse : Encore un
peu de temps, et ces grains transformés reparaîtront en moissons dorées, qui seront ma joie et ma richesse : et il sème avec confiance.
Cher ami, nous sommes le blé du bon Dieu : Frumcntiim Cfiristisum. Quand jeregarde mon corps, mes pieds et mes mains, je me dis tristement : Demain, ces membres, enfouis dans la terre, seront la pâture des vers, objet d'horreur même pour mes parents les plus proches et pour mes plus intimes amis. Mais j'ajoute avec une indicible joie : Après-demain, ces membres,transformés, seront beaux d'une ravissante et éternelle beauté. De cette pensée naît le désir d'habiter la terre des Vivants. Ce désir, qui est aussi le tien, deviendra plus vif lorsque tu connaîtras les autres qualités des corps glorieux.
L'agilité. Agile veut dire facile au mouvement. Dans les corps glorieux, l'agilité est la conséquence nécessaire de la spiritualité. L'âme est unie au corps, non-seu-
lement comme principe vital, mais comme principe moteur. Sous l'un et l'autre aspect, le corps glorifié lui sera parfaitement soumis. En tant que principe vital, l'âme lui communiquera une qualité spéciale, la subtilité. En tant que principe moteur, elle lui communiquera l'extrême facilité de mouvement, qu'on appelle l'agilité (i). Au lieu d'être un fardeau, le corps sera pour l'âme ce que les • ailes sont à l'oiseau.
Pouvoir se transporter sans fatigue aucune, et dans un instant imperceptible, quelle que soit la distance, d'un lieu à un autre, et avec la même promptitude revenir au point de départ : telle sera la délicieuse prérogative des corps glorieux (2).
(1) s. Th , Suppl., qt 83, art. 6.
(2) Dans le ciel, dit Notre-Seigneur, nous serons semblables aux anges. Or, l'ange, ajoute saint Thomas, peut se transporter d'un bout du monde à l'autre, sine intervallo temporis intermedio. Ici bas déjà, notre âme le fait par la pensée. Eu uu clin d'œil, elle va de
2!i0 LA Vlli: NEST PAS l.^ »ir..
Je dis délicieuse; car de toutes les qualités des corps, l'agilité est celle que le monde actuel, obéissant à je ne sais quel mystérieux instinct, semble rechercher avec le plus d'ardeur. Il ne veut plus de distance. Le poids de la matière le gène : à tout prix il veut s'en affranchir. Son génie est mis à contribution, et d'étonnants prodiges couronnent ses efforts.
La vapeurluiprétesaforce incalculable; l'électricité sa rapidité merveilleuse; les montagnes s'abaissent devant lui, ou bien ouvrent leurs flancs pour lui donner passage, et, en quelquesheures, il franchit des espaces immenses. Il aspire à faire le tour du monde avec la promptitude de la pensée ; et les succès qu'il a réalisés et ceux qu'il rêve lui procurent une incroyable
Paris à Conslantinople, et d^ns un clin d'œil file en nvunt. Si elle n'y va pas réellement, c'est qu'elle est trapèchée par noire corps : obstacle qui disparaîtra dans le ciel, oij le corps sera spirituel, corpus spiritale
LV VIE N EST PAS LÀ WZ. 2f)l
jouissance. Faibles images de la rapidité avec laquelle lame, libre de toute entrave, nous transportera d'un bout à l'autre delà terre des Vivants.
Loin donc de toi, cher ami, la pensée que nous serons dans le ciel comme des statues dans des niches. Riende'plus agile que l'esprit : Dieu est l'esprit par excellence. Unis à lui de la manière la plus intime, nous participerons à tous ses attributs. Ainsi, le mouvement et l'agilité d'ici-bas sont à peine une ombre grossière du mouvement et de l'agilité qui régnerontdansla cité bienheureuse, où Dieu sera tout en tous (i).
La clarté. Semé ignoble, le corps ressuscitera glorieux, c'est-à-dire lumineux. Tel est le sens que l'Apôtre lui-même donne au mot glorieux, puisqu'il compare la gloire des corps glorifiés à la clarté des étoiles (2) .
(1) s. Th , Suppl., q. 83, art. 2 et 3, cor.
(2) ! Cor., XV, 40, t, 2.
Dieu, étant la lumière incréée et la source de toute lumière, même matérielle, illuminera, ce n'est pas assez, rendra lumineux tout ce qui lui sera intimement uni.
« Dans le renouvellement universel, dit saint Thomas, tous les êtres seront élevés. Les esprits inférieurs, les âmes acquerront les propriétés des esprits supérieurs, les anges. Telles est la doctrine même de l'Évangile. Les hommes, dit-il, seront semblables aux anges.
Par la même raison, les corps inférieurs acquerront les propriétés des corps supérieurs. Maislescorpsinférieurs,nepouvant emprunter aux corps célestes quela clarté, il s'ensuit nécessairement qu'ils deviendront lumineux. Ainsi, tous les éléments seront revêtus d'un manteau de lumière ; non pas tous également, mais chacun suivant sa nature (i). »
Cette lumière ne nuira en rien à la cou-
(1)S. Th.,Sttp/)I.,q. 91, art. 4.
leur des corps. Nous en avons la preuve sous les yeux. Le verre, par exemple, conserve différentes couleurs, bien qu'il soit intimement pénétré par la lumière. Bien plus, il y a, dans la nature, des corps opaques qui sont lumineux : tels sont la lune, la cycindèle, le ver luisant et d'autres encore.
Sur quoi un illustre docteur de l'Eglise fait cette réflexion : « Les justes brilleront comme les astres du firmament. Prévoyant l'incrédulité des hommes à l'égard de ce miracle. Dieu a donné à de petits vermisseaux un corps lumineux, afin que le spectacle de ce que nous voyons, nous force à croire ce que nous attendons. En effet, celui qui a pu donner le rayon, peut donner le foyer; et celui qui rend lumineux un ver de terre, peut, à plus forte raison, rendre lumineuxlejuste, son bienaimé(i). »
(i) Jusli spleudcbuul ut sol, cl taiiquam luna, si-
Ajoutons'que la lumière des corps glorieux leur viendra de la surabondante lumière de l'âme glorifiée. Maîtresseabsolue du corps, auquel elle sera unie de l'union la plus intime, elle le pénétrera de part en part et l'enveloppera complètement de lumière. Cette atmosphère lumineuse sera d'autant plus brillante, que l'âme sera plussainte, c'est-à-dire plus près de Dieu, lumière infinie. Ainsi, par la clarté du corps, on jugera de la gloire de l'âme, comme à travers le verre on connaît la couleur du liquide contenu dans un vase (i).
Impassible, subtil, agile, lumineux : tel
eut et splendor Bimanienti Et praevidens istam hominum incredulitatem, Deiis vermibus parvulis lucidiim dédit corpus, iit ex eo splendescerent, ut ex apparentibus crederelur id quod exspectamus : qui enini partem potuil p^ae^tare, poterit et totum ; et qui fecit ut vermis lumine splenderet, mulîo magis horainem justum splendidura efficiet. IS. Cyri!. Hierosol., Catech., Mil.) U) S. Th., Suppl., q. 85, art. t, cor.
LA VIE N EST TAS LA VIE, 29a
sera, non pour un jour, non pour quelques années fugitives, mais pour toute l'éternité, le corps des élus, le tien et le mien, si nous avons le bonheur d'être de leur nombre. 0 hommes! vous aimez tant votre corps, et vous ne désirez pas le ciel !
De la glorification de l'homme dans son âme et dans son corps résultera, comme une conséquence nécessaire, la glorification de tous les éléments. La nature physique suit la condition de l'homme son maître. Magnifique tant que l'homme fut innocent, dégradée quand il devient coupable, elle sera resplendissante de beauté lorsque lui-même sera glorifié.
Le ciel sera l'accomplissement plénier et éternel de ce vœu, exprimé par l'apôtre saint Paul, au nom de la création tout entière. « Toute créature, dit le grandApôtre, attend avec impatience la manifestation des enfimts de Dieu. Car la création est soumise Ix la vanité, non pas volontairement, mais à cause de celui qui l'y a
soumise en espérance : parce que nous savons que la créature elle-même sera délivrée de la servitude de la corruption, pour la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Nous savons, en effet, que toute créature gémit et éprouve jusqu'ici les douleurs de l'enfantement. Non-seulement elle, mais nous aussi qui avons les prémices de l'Esprit (i). »
Que signifient, mon cher ami, ces souffrances, ces soupirs, ces larmes de toute la nature? Ils signifient que, pour les créatures matérielles, comme pour l'homme, la création n'est pas arrivée à sa fin. Ils signifient que, s'il n'y en avait pas une autre, la vie d'ici-bas serait une amère ironie. Ils signifient que la création tout entière aspire non à sa destruction, mais à son renouvellement, et qu'à sa manière elle adresse à Dieu, comme l'homme luimême, cette demande du Pater: Que votre règne arrive.
(l)fio»»., TUT, 19,23.
Tout être, dit saint Thomas, répugne invinciblement à sa destruction. En désirant avec ardeur la fin de ce monde, les créatures ne désirent donc pas leur anéantissement, mais leur délivrance et leur rénovation. De là, les docteurs concluent très-logiquement que les créatures ne seront pas détruites, mais purifiées par le feu du dernier jour; comme l'or n'est pas détruit en passant au creuset, mais rendu plus pur et plus brillant.
Le raisonnement des Pères et des théologiens est fondé sur de solides raisons. L'Écriture y est très-favorable. Nulle part elle ne fait entendre que Dieu doive anéantir aucun de ses ouvrages. Elle dit, au contraire, que tous, sans exception, subsisteront à ^ier/j^ÏMiVe, éternellement et aux siècles des siècles ; que c'est une loi et que cette loi ne sera jamais ni rapportée, ni violée{i).
(1) Didici quod orania opéra quae fecit Deus, persévérant in perpeluum. \Eceli., xiii, 14.) Statuil ea in
Parlant en particulier de la destinée réservée aux cieux et à la terre, au dernier jour, elle s'exprime ainsi : « Voici que j'ai créé des cieux nouveaux et une terre nouvelle... Et j'ai vu le ciel nouveau et la terre nouvelle (i). » Sur quoi saint Jérôme fait cette remarque: « L'Écriture ne dit pas d'autres cieux, une autre terre, mais de nouveaux cieux et une nouvelle terre, pour marquer le changement en mieux des anciens (2). »
Saint Augustin est encore plus explicite : « Le feu qui brûlera le monde au dernier jour, dit le grand docteur, changera les qualités des éléments corruptibles; et ce qui convenait k nos corps,
aetcrntim ut in sseculuin ssenili : prœceptiiiD posuit et non prnpteribit. (Ps. cxlviii, 6.)
(1; Ktce enim ego creo cœlos novos et terrain novam (/«., Lxv, 17.) Et vidi cœlum novum et terrain noviim. lApoc, XXI. 1.)
(2) Non (lixit alios cœlos el aliani terrnn) viilebinnis, sed veîeres et ymiquos in nieiius commutatos. (In Is.^ ubi supra.)
sujets à la corruption, sera remplacé par d'autres qualités qui conviendront à nos corps, devenus incorruptibles ; en sorte que le monde ainsi renouvelé se trouvera en harmonie avec la nature des hommes ressuscites. A l'époque du jugement dernier, le ciel et la terre seront renouvelés; ils passeront, mais ils ne périront pas(i). » Même enseignement dans saint Grégoire le Grand, saint Épiphane, Proclus, Méthodius,(Ecuménius, saint Thomas. « Quand l'Écriture, dit le premier, parle de nouveaux cieux et de terre nouvelle, elle n'en-
(1) Conflagralione mundana eleraentorura corruptibiliura qualitateâ, quxcorporibus nostris corruptibilibus congruebaiit, ardendu peaitus interibuul ; atque ipsa siibslaiiîiii eas qualilates hdbel i!, qua- coiporibiis immort;ilibiis mirabili njutatioiie conveniant, ut scilicpt niundu» ir: iiielius innovatus, apte accommodetnr houituibiis eiiaiu carne in aiuliu^ iiiuovaiis... Mutatioiic naïuqiie reium, non oruin modo iolerilu transibit hic raiindus.unde el Apostolus ait : Prœterit figura Jiujus mundi, volo vos sine soUicitudine ease. ([ Cor., VII, 31.) Figura ergo prœterit, non naïui a. (De civit. Dei, lib. XX, c. xvi et xiv.)
r.nO LA VI K iN iiST PAS LA VIE.
tend pas que Dieu en créera de nouveaux, mais qu'il renouvellera les anciens (i). » Et le dernier : « De même que nous faisons passer les métaux par le feu, sans avoir nulle envie de les détruire, ainsi Dieu fera passer le monde par le feu, mais il ne le détruira pas (2). »
La glorification future de la nature entière est certaine, mais tu me demandes en quoi elle consistera. Laisse-moi te répondre par la bouche de nos illustres maîtres. « La création souffre cruellement, dit saint Chrysostome, et attend avec impatience les biens qui nous sont promis... A cause de vous la nature est devenue corruptible ; mais vous ne lui avez point fait de tort ; car, pour vous,
(1) Non alia condeuda sunt,sedh3ec ipsarenovanda, (Moral., lib. XVII, m Jo6.)— Habitatio débet habiiatori corigriiere, sert niundiis factiis est i»t sit h;ibiialio hominis. Ergo débet bomini congnifre, sed homo innovabitur. Ergo simililer et mundus. (S. Th., SuppL, q. 91, art. l,corp.)
l2)Inll P8tr.,m.
elle deviendra de nouveau incorruptible.
Elle sera délivrée et participera à la beauté de votre corps.
« De même que vous, devenant corruptible, elle aussi est devenue corruptible; ainsi, lorsque vous serez rendu incorruptible, elle-même le redeviendra.
Comme la nourrice d'un enfant royal, lorsque le jeune prince est monté sur le trône paternel, jouit de sa gloire et de son bonheur, la nature participera à vos brillantes prérogatives (i). »
Participer à la gloire du corps de l'homme et à son incorruptibilité: telle sera donc la glorification de la nature. Dans la terre des \'ivants, le corps de l'homme sera lumineux: la nature elle-
(t) Sicut enirn te corruiHibili efftcto, ipsa quoque corru|ilibili'î fada est : sic cnm incorruptibiliscris, ipsa quouue seqiietur : ut enini nutrix infantera alens regiiiju, cuui ille ad paternuiu iinperium pervenerit qtioque siirnil bonis fruetur, ila et uatura. In epist.ad Rom , Homil. xiv, n. 4 et 5.
o02 LA VIE N EST PAS LA VIE.
même sera lumineuse. En effet, les éléments du corps de l'homme seront lumineux. Or, ces éléments sont pris dans les trois règnes de la nature, le minéral, le végétal et l'animal. Donc à moins d'une anomalie qui répugne, la condition du tout suivra la condition des parties, et toute la création matérielle deviendra lumineuse: c'est le raisonnement de saint Thomas (i).
De plus, Dieu lui-même nous a révélé que la lumière de la lune sera comme la lumière du soleil; et que la lumière du soleil sera sept fois plus grande qu'elle ne l'est aujourd'hui (2). Comme le soleil et la lune, qui en forment la plus noble portion, le firmament tout entier sera renouvelé. 11 ne peut l'être qu'en acquérant une plus grande clarté, attendu que la clarté est sa beauté principale. La terre elle-
(l)Suppl.,(\.d\. art. 1.
(2 Erit lux lunse mcuI lux solis, el lux solis septempliciter, [Is., xxx, 26.)
même et les autres éléments matériels participeront à la clarté du ciel ; en voici la raison :
« De même, continue le Docteur angélique, qu'il existe un ordre hiérarchique entre les esprits supérieurs et les esprits inférieurs; il en existe un entre les corps célestes et les corps terrestres. Or, dans le renouvellement universel, les âmes humaines acquerront les propriétés des anges. Par la même raison, les corps inférieurs acquerront les propriétés des corps supérieurs. Mais, les corps inférieurs ne pouvant emprunter aux corps célestes que la clarté, il s'ensuit nécessairement qu'ils deviendront lumineux.
«De plus, le renouvellement du monde aura pour but de mettre l'homme en état de découvrir par ses sens, dans les créatures corporelles, les indices manifestes de la divinité. Or, de tous nos sens le plus subtil et le plus pénétrant, c'est la vue.
« Quant aux qualités visiveSy dont la lu-
mière est le principe, il faut donc que tous les corps inférieurs soient améliorés. 11 en résulte que tous les éléments seront revêtus comme d'un manteau de lumière; non pas également éclatant pour tous, mais suivant la nature de chaque corps. 11 est dit, en effet, que la terre, jusqu'il une certaine profondeur, sera transparente comme le verre ; l'eau comme le cristal, l'air comme le ciel, le feu comme les luminaires du firmament (i). »
A cette gloire indicible participeront les plantes, les arbres et tous les êtres, conservés par la sagesse infinie pour le bonheur de l'homme. « C'est pourquoi, dit un savant commentateur, le fleuve du paradis, les arbres et les fruits dont il est
(1, Uiuie omnia claritale quadani vcsticntur ; non t:imen apqiulilpr, se.i secundum suiim modum : dicitiir onim qiiod terra eril in «nnerficie cxteriori pervia sicul viuura, aqua sicul crislailiis, aer ut cœlura, ignis m lufflinaria cœli. (S. Th., Stippl., q. 91, art. 4, corp.)
LA VIE N EST PAS LA VIE. ÔOo
parlé dans l'Écriture, peuvent se prendre à la lettre. Et pourquoi non ! Si dans le Paradis terrestre Adam a joui de tous ces biens, à plus forte raison les bienheureux en jouiront dans le Paradis céleste; car le premier n'était que l'échantillon et l'image du second (i). »
Aux raisonnements s'ajoute un fait dont l'authenticité n'a jamais été contestée. L'an 304, au plus fort de la persécution de Dioclétien, une vierge chrétienne, nommée Dorothée, fut conduite au tribunal de Sapricius, gouverneur de Césarée
(1) Qiiocirca fliiviiis hic, arbores et poir.a ad litreram, iili sonant, accipi possiinl, quid eiiim obstat? Nam si his in paradiïO tcrre.slri fruitusest Adam, multu mugis iisdem fruentur beat! in paradiso cœlesti ; hujus eii'iiï speciraen et imago fuit tenestris (Corn, a Lap., in Apoc, xxir, 2.) — De savoir si les animaux doivent ressusciter, c'est une question incertaine. Il semole qu'on poumit la résoudre affirin itivcment, d'après les raisons suivantes : 1" Siiint Paul dit que toute rréalure désire le renouvellement universel, il n'exclut rien ; 2 nulle part ou ne trouve que Dieu doive anéantir aucun de ses ouvrages, même le plus petit ; il dit, au con-
en Cappadoce. C'était le sixième jour de février : le froid était vif et la terre couverte de neige.
Sur son refus de sacrifier aux idoles, l'épouse du Verbe incarné est étendue sur le chevalet. Calme au milieu des tortures, elle dit au juge : « Hâte-toi de faire ce que tu veux, afin que tes supplices soient la route qui me conduise à mon époux. Je l'aime et ne te crains pas ; je désire même les tourments : mon époux m'appelle. C'est par ces souffrances courtes et légères, que nous allons
traire, qu'il les a tous faits pour subsister éternellement; 3^ Cornélius a Lapide admet la rénovation des arbres ; pourquoi celle des animaux, plus nobles que les plantes, n'aurait-elle pas lieu ? 4° dans la chaîne des êtres tout se fient ; un anneau de moins, elle est brisée et perd sa perfection. — Dans quel étal ressusciteront-ils? Tous les itidividus de chaque espèce ressusciteront-ils, ou seulement des types de chaque espèce, figurés par ceux qui furent conservés dans l'arche de Noé? Que les maîtres répondent. (Voir la ss vante disscrl. de M. deilirville sur les résurrections (immoles. In 8, Paris, 1868.)
au paradis des délices, où sont des pommes d'une merveilleuse beauté, des roses, des lis et des fleurs innombrables qui jamais ne se flétrissent ; des sources d'eau vive qui jamais ne tarissent et dont les saints jouissent avec bonheur, pleins d'allégresse dans le Christ. «
A ces mots, l'assesseur du juge, un lettré, un Renan de l'époque, nommé Théophile, s'adresse à la Sainte et lui dit en ricanant : « Envoie-moi des pommes du jardin de ton époux, lorsque tu y seras arrivée. — Je le ferai, » répond la jeune martyre (i). N'oublie pas, cher ami, qu'on était au cœur de l'hiver. Le bourreau s'empare de la victime et lui tranche la tète.
Cependant Théophile était rentré chez lui, et, s'applaudissant de sa plaisanterie, la racontait k ses amis avec force moqueries à l'adresse des stupides chrétiens.
(l)MiUe mihi ponia e pyiadisO spousi tiii, cum eo pervcnoris. — Faci:im, inquit illa.
Tout à coup, apparaît un jeune enfant d'une beauté ravissante, portant, dans le pli de sa robe, trois pommes magnifiques et trois roses d'un éclat et d'une fraîcheur incomparables. «Voilà, dit-il à Théophile, ce que la sainte vierge Dorothée a promis de vous envoyer du paradis de son époux. »
Théophile, stupéfait, reçoit dans ses mains les pommes et les roses, et s'écrie : « Vraiment le Christ est Dieu, le Dieu qui ne trompe pas ! »
En faisant cette profession de foi, Théophile a prononcé son arrêt de mort. Dénoncé comme chrétien, il est arrêté, conduit au suppHce et devient le glorieux martyr saint Théophile. Or, comme jamais homme ne s'est fait couper le cou pour un symbole, il en résulte que les pommes et les roses étaient bien réellement des pommes et des roses (i).
(i) Voir Barou., an. 304, n. 69.
La vie n'est pas la vie. sud
Comment jouirons-nous des nouveaux cieux et de la nouvelle terre? Tel sera le sujet de mes dernières Lettres.
Tout à toi.