CORSE (ROLE DE M™» ANGOT
D'ajtrès une caricature du temps (Bibliothèque de la ville de Paris).
tout la République, qui, comme tous les nouveaux héritiers, dépensait son argent sans compter. L'Angot, mâle ou femelle, aimait les bals; il en donnait : on en fit mépris d'abord, mais on s'humanisa : la richesse fait de tous les hommes des moulonsdePanurge. Paris entiery alla: jamais Touquet. de financière et fastueuse mémoire, n'approcha de ce que ces parvenus faisaient alors. Ce n'était rien que la magnificence des salles, que la richesse des meubles, que la délicatesse «les festins, que la dépense des illuminations; on y tirait des loteries de bijoux et de diamants, et toutes les aimables invitées avaient des numéros gagnants: elles pouvaient rapporter chez elles, en bourles d'oreilles, en col-
PARIS SOUS LE CONSULAT
liers ou en diadèmes, la valeur d'une métairie. Dieu sait si la foule était grande ! si les billets d'invitation étaient courus! J'ai vu des femmes jadis, femmes de qualité, solliciter la faveur d'être admises chez ces nouvelles venues, comme elles sollicitèrent jadis leur présentation {\ Versailles.
{Mémoivps de Fletry. de la Comcilir française.)
rières, ils se mirent en marche sur les Tuileries dont les grilles étaient encore fermées A leur ouverture, les vivats delà population réveillèrent à son tour le grand homme, et la foule stationna en signe de fête toute cette journée dans les jardins, pour saluer de ses cris de joie celui rpii rendait à la patrie la gloire et la sécurité. Car il ne faut pas l'oublier, pendant tonte cette époque exceptionnelle et
\.\ V.VCr.l N K KN VO V Ad K.
D'après une caricature de 1800 (BililiotlMVpic nationale, cahinct dos estampes).
Li vaccine, découverte par Jenner et pratiquée on Anglelerre, fil son apparition ù Paris en ixOO. Par suite de la mauvaise qualité du vaccin envoyé de Londres, les proniicres inorniations ériioiièrent. Aussi la verve des cariraturisles sr donnc-t-ille libre carrière à ce sujet.
Les Fêtes de Marengo.
(2-14 juillet)
RIEN aujourd'hui ne peut donner l'idée de l'enthousiasme qui soudain transporta la population parisienne à la nouvelle de la victoire de Marengo. Cet élan de joie d'un million d'habitants français et étrangers n'eut, depuis, son égal qu'à la naissance du roi de Home.
Après huit jours d'une impatience presque séditieuse de la part des habitants de Paris, le héros vainqueur y arriva incognito à l'heure où on l'attendait le moins, à deux heures du matin le i juillet. Depuis Marengo jusqu'à Sens, les populations formaient la haie sur son passage. On ne sait jamais comment les nouvelles se propagent à Paris; mais le lendemain, à la pointe du jour, celle du retour du premier consul réveilla les faubourgs, et aussitôt, au lieu d'aller l'attendre en dehors des bar-
il jamais glorieuse du Coiistilat. le grand titre de Bonaparte à l'amour et à l'admiration nationale fut le titre de libérateur. La nuit, le faubourg Saint-Antoine offrit l'aspect d'tm vaste incendie par la multiplicité des feux de joie, des feux d'artifice et l'illumination de toutes les maisons. Dans cette journée du 2 juillet 1800, Bonaparte fut salué, encensé, déifié pour ainsi dire, par un peuple de vrais citovens qui criaient avec la même ardeur: « Vive la Képublique ! Vive le premier consul ! »
Tous les corps constitués furent admis les jours suivants à des audiences solennelles de félicitations.
Le besoin de se réjouir et «le rapporter cette joie à celui qui l'inspirait fut réellement universel depuis le 2 juillet jusqu'au d4 inclusivement, où devait se célébrer J'anniversaire de la première Fédération, journée encore officielle. L'allégresse générale descendait des pouvoirs de l'Ktat, des
maisons politiques et des théâtres aux réunions les plus bourgeoises.
La soirée quo. le premier jour, M. de Taiieyrand offrit au premier consul h Thôlel des Affaires étrangères, rue du Bac, fut un chef-d'œuvre de tact, d'à-propos et de politique. Ses salons présentèrent au premier consul l'élito de tous les ordres de la sociétc, de sorte que sous la rubrique d'un conccri, lîiuiapartc se trouva recevoir l'hommage de hi représentation la plus distinguée de la nation. Aussi se plut-il très visiblement à reconnaître l'intention de son ministre par lae-
sonnes; la France était en apprentissage moral et politique. Chaque jour Paris se transformait en une vaste école d'enseignement mutuel dont Bonaparte était le moniteur. Depuis la bourgeoisie jusqu'au palais consulaire, chacun s'essayait h. une civilisation nouvelle, où il y avait autant à apprendre (ju'à oublier.
Les costumes avaient conservé, parce que c'était commode, le débraillé du Directoire et un horrible souvenir de hi (Convention [>ar h^s coiffures à la viclime. On crut les réhabiliter en les plaçant sous la protection de Titus
SALON dp: ISOO — LA FAMILLE 1) K PUIAM. 1» A » CAUNIKH.
(ColK'rlJoii du piiiiff Kolaïul Honaparle.)
cueil bienveillant qu'il fit à un assez grand nond)re de personnes, dont plusieurs le voyaient pour la ])remiére fois. Bonaf>arte était salué par chacun de nous comme le dieu de la patrie. Mes yeux ne pouvaient se détacher de ce beau visage bruni par la gloire. Sa parole nette et accentuée et le sourire gracieux qui en augmentait le charme captivaient irrésistiblement. Malgré la simplicité de son attitude et de son geste, il insfûrait un respect involontaire, auquel vainement il cherchait à se dérober. Un cercle se formait autour de lui à chaque pas qu'il faisait, et ce qui devait être arriva : on ne vit que lui dans cette soirée, où brillait au milieu de nos vêtements modestes l'uniforme qui le distinguait, lui, ses généraux et ses aides de camp.
Tout était singulier alors et d'un romanesque attachant. Tout commençait, les choses et les per-
mette coiffure, adoptée généralement par les femmes, était modifiée par beaucoup d'iiommes élégants, qui relevaient leurs cheveux en cadenettes attachées par un joli peigne sur le sommet de la tète ('.'était ainsi qu'à nos bals d'abonnement, était coiffé Trénis. l'Apollon de la danse, digne jKirtner de la jeune créole M'"*" llamelin. qui en était la déesse. Au signal donné, les qua<irilles formaient la haie en cercle, et, au grand plaisir des spectateurs montés sur les banquettes, ce couple merveilleux dansait seul, réalisant dans la bonne compagnie ces miracles de chorégraphie théâtrale dont Vestris (1).
I*récédè de la victoire si décisive de Marengo, l'anniversaire de la Fédération du 14 juillet de-
(1) Il l'agit de Vestris \\, appelé aussi Vcslris-Allard, du nom de sa mère, le fils du Dieu de la danse, donnait le spectacle à l'Opéra.
PARIS SOUS LE CONSULAT
vint loul nnlurellenicut l.i tilorilicalion du premier consul. Il cuL l'idée d'une cousroralion «jui, de ce jour fanieux dune épopée passée, fit la preFniére solennité de l'ère nouvelle dont il dotait la France. La fête rerut le nom de léle de la Concorde : c'était un progrés. Sauf les jeux du cinpie,elle fut toute militaire. La \eill<\ la trrande cité avait été aj»pelée à une solennelle inauj^Miration du rpiai Desaix : dans le voisinai^e. sur la place Dauphine. allait s'élever une colonne funèbre en riionneur du LM^néral, L'n autre monument
rent comme témoins des fails d'armes dont la coloniui parisienne devait immortaliser le souvenir. La seconde rérémonie. présidée [)ar le ministre Lu<ien. appela tous les spectateurs de celle de la pla(*e Vendùine à la |)l«ice de la Concorde, ci-devant de la Uévolution. ci-dovant Louis XV. Là, bientôt, parurcnl à cbeval les trois consuls, les minisires, esc(»rtés <le la f^^inle consulaire, et ces aides Ulc camp de Hoiiaparlc dont les noms devenaient liislori(pjes et irloricux à la suite du sien. Ajjrés un discours de Lucien, fut placée la pierre <le la
LK FILS HK SCIIMO.N H K > V O V K A SON CKHK.
Pri.x de Rome. Premier j^rand prix île peinture en 1800. Tableau de GiixNt.Kh. (Musée de IKcoIe des Heau\-Arls.)
lui avait été décerné par le premier consul à l'hospice du Saint-Bernard : un troisième encore était ordonné sur la place des Victoires, où il remplaça jusqu'il la Restauration le monument triomphal de Louis XIV.
Le lendemain, quatre céréujonies bien distinctes et toutes guerrières se partagèrent la journée. La première eut lieu place Vendôme, où la préfecture avait son siège officiel. Le préfet j posa avec la plus éclatante solennité la pierre destinée à porter la colonne dédiée aux braves de son département. Autre pierre, autre discours. Le même jour, chaque chef-lieu de préfecture fit la même consécration. Les drapeaux des armées de la République, remis en activité pendant toute cette journée, assisté-
colonne nationale en l'honneur de toutes les armées de la Uèjiublicpie.
Cependant, tout à coup, aux détonations du canon des Invalides, tous ces cortèges militaires et civils s'étaient ébranlés et avaient suivi au temple de Mars les trois consuls et les ministres, qui seuls étaient à cheval, ainsi que leur escorte. Car tout ce (jui était de l'ordre civil, préfets, maires, magistrats, sénateurs, députés, tribuns, académiciens, etc., formait une immense infanterie qui, au travers des flots d'une poussière torride, arriva comme une déroute à I Hôtel des Invalides. Enlin, après un peu de repos dans les vastes salles, on se rendit à l'église qui s'appelait, bien justement ce jour-là, le temple de Mars.
l'ÂlUS Dl*: 1800 A 1900.
Robe à queue, capute en crêpe. Eurant en mamelouk. (D'après le Coslnme iiarisxtn de lan VIII.)
Tout ce que Paris renfermait de plus distingué en hommes et en fennues s'y trouvait placé dans de magnifiques tribunes, parmi lesquelles figurait d'une manière splendide celle du corps dijdomatique. Par un ordre adjnirabic, toute la foule ofOcielle. toute cette infanterie plus ou moins brodée qui avait rempli les places Vendôme et de la Concorde, se trouva merveilleusement jdacée. Le ministre Lucien prononça un magnifique discours, entre deux intermèdes de musique, dont l'un, chanté par la belle Grassini et Blanchi, célébra la victoire qui avait délivré l'Italie; l'autre, intitulé Chant du 35 messidor (14 juillet), était une très belle, très républicaine et très héroïque cantate dont Kontanes, le panégyriste de Washington et de Bonaparte, avait composé les paroles, et Méhul la musique. Ln grand banquet, présidé par le premier consul, succéda à la solennité du temple de Mars. 11 y prononça, d'une voix forte, ce toast profondément républicain : Au quatorze juillet et au peuple français notre sourerain! et on y répondit par : y'ive le premier consul!
Le quatrième acte de cette grande solennité se passa encore plus en famille, et le théâtre en fut le Champ de Mars, depuis longtemps envahi par la population de Paris et les gardes nationaux, sauf un espace réservé, occupé par la garde à pied et à cheval, toute pavoisée de drapeaux conquis à Marengo, d'où elle était arrivée la veille en vingtneuf jours de marche, avec ses beaux uniformes déchirés et ses beaux visages bronzés par le soleil,
la fatigue et la victoire. Alors, le ministre de la guerre présenta à Bonaparte ces drapeaux quil connaissait si bien. Mais alors aussi la foule impatiente de voir de [)rés ces drapeaux, et ces braves de la garde, et ces généraux et officiers de la grande bataille, se précipita comme une avalanche vers les héros de Marengo et s'empara, victorieuse à son tour, du cirque où les jeux allaient commencer. Du grand balcon de l'École militaire, le premier consul vit cette irruption invincible et ordonna la remise des jeux à un autre jour.
Le soir, Paris parut tout en feu. Les orchestres étaient partout aux lieux aimés de la population, et un brillant feu d'artifice, allégorique de la victoire, tiré sur le pont de la Concorde, termina la solennité.
Le ministre de l'intérieur avait voulu donner au peuple des Jeux Olijmp'ujues. Mais nous étions plutôt des Komains (jue des Crées: César était là, et l'on se rabattit sur les jeux du cirque. En revanche, rien n'y fut oublié de ce qui pouvait mêler le plus bizarrement le passé et le présent, en mariant hardiment les usages de l'ancienne Rome aux modes toutes modernes de l'actualité française et britanni(|ue. Le décadi après le 14 juillet, le Champ de Mars servit de lice à trcds luttes dilférentes, au milieu de cette alHuence qui étonne toujoursles Parisiens eux-mêmes. La [u-emiére lutte fut la course à jned ; la seconde, la course à cheval : la troisième, la course en chars. Ces chars étaient extérieurement construits et décorés d'après les
Collet haut, pantalon laige.
(D'après le Costume parisien de l'an VIII.)
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modèles des chars antiques, et les automédons qui les conduisaient, tous jeunes gens de la société, ainsi que les rivaux des deux premières courses, portaient le costume fidèle des jockevs de Newmarket.
Quant aux prix, c'étaient des fusils magnifiques et des boîtes de pistolet, de la manufacture d'armes de Versailles, et de superbes vases de porcelaine de Sèvres. Parmi ces prix modernes, l'antiquité trouva cependant moven d'être passablement représentée par des couronnes de feuillages d'or, ou de chêne, ou de laurier. Ce fut le préfet Frochot qui proclama et couronna les vain-
L'explosion de la rue Nicaise.
(24 décembre)
IK 3 nivôse, à huit heures du st»ir, le premier consul se rendoit à l'Opéra, avec son piquet ^ de garde. Arrivé à la rue Nicaise, une mauvaise charrette, attelée d'un petit cheval, se trouvnit placée de manière à embarrasser le passage. Le corhcr. quoique allant (»xtrèmcment vite, a eu l'adresse de l'éviter Peu d'instants après, une explosion terrible a cassé les glaces de la voiture, blessé le cheval du dernier homme du piluet.brihiéhHitcsIes^ vitres du quartier, tué Irois remmoîs, \\\\ ninnhand cpieîcr *:4 un enli'int Marini \\'i^ blesîscft so trouve le Il l m en rrejisJi, ar-
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