‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 121 sur 455 · LA FEMME INVISIBLE · texte numérisé non relu

LA FEMME INVISIBLE

D'après uoe estampe du temps. — (Bibliothèque de la Ville de Paris.) La femme invisible eut un très grand succès au commencement du siècle. Un imprésario tenta de la faire reparaître en 1800 sur les boulevards. La police fit fermer ce petit théâtre, sous préte.\le que c'était une allusion au divorce de l'Empereur et au choix d'une nouvelle Impératrice. Le préfet de police déclara à celte occasion que l'Empereur n'avait aucune intention de divorcer, et le communiqué publié à ce sujet affectait un ton d'indignation.

chambre, pensant qu'elle se trouvait mal, fut au moment d'ouvrir la porte; je l'en empêchai, en lui observant que l'Empereur appellerait du secours s'il le jugeait convenable. J'étais debout près de la porte, lorsque Napoléon l'ouvrit lui-même et, m'apercevant, me dit vivement : t Entrez, Beausset, et fermez la porte. » J'entre dans le salon, et j'aperçois l'Impératrice étendue sur le tapis,' poussant des cris et des plaintes déchirantes. — Non, je n'y survivrai point, disait l'infortunée. Napoléon me dit : — Etes-vous assez fort pour enlever Joséphine et la porter chez elle par l'escalier intérieur qui communique à son appartement, afin de lui faire donner les soins et les secours que son état exige? Avec l'aide de Napoléon, je Tenle-

me serrez trop fort. Je vis alors que je n'avais rien à craindre pour sa santé, et qu'elle n'avait pas perdu connaissance un seul instant. L'agitation, l'inquiétude de Napoléon,étaient extrêmes... Dans le trouble qu'il éprouvait, il m'apprit la cause de tout ce qui venait de se passer... Les niots s'échappaient avec peine et sans suite, sa voix, était émue, oppressée, et des larmes mouillaient ses yeux... Il fallut réellement qu'il fût hors de lui pour me donner tant de détails, à moi, placé si loin de ses conseils et de sa confiance... Toute cette scène ne dura pas plus de sept à huit minutes. Napoléon envoya de suite chercher Corvisart, la reine Hortense, Cambacérès, Fouché, et, avant de remonter dans son appartement, il alla s'assurer par lui-

PARIS DE 4800 A i9Û0.

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Bonnet de lullc. Canozou à pointes nouées en façon de ceinture.

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même de l'élat do Josépliine, (ju'il trouva plus calme et plus résignée... »

* A dater du jour où sa nouvelle destinée lui avait été révélée [»ar l'Empereur, Joséphine (Ménwives de Marco Saint-Ililaire) n'était presque pas sortie desesa[)partements et n'avait i)aru que 1res rarement au cercle des Tuileries: Madame Mère avait fait les honneurs de la cour. Cependant Napoléon voulut que l'Impératrice assistât au Te Deum chanté à Notre-Dame deux jours après (le 2 décemhre) pour les anniversaires du couronnement et de la bataille d'Austerlilz, et en commémoration de la signature du traité de paix de Vienne, dont les conséquences étaient devenues si tristes pour elle. Joséphine y parut dans une tribune, entourée de toutes les princesses de la famille impériale, et Napoléon se rendit seul, en grande cérémonie, à la métropole. Le lendemain, l'Impératrice fut encore obligée d'assister à la fête que donna la Ville de Paris à cette occasion. »

Le 15 décembre, une lettre close fut adressée à Cîimbacérès Napoléon invitait l'archichancelier à se rendre le soir du même jour, à neuf heures, dans son grand cabinet du palais des Tuileries, avec le secrétaire de l'État, Regnaud de Saint- Jean-d'Angély, pour y entendre de sa part et de celle de l'Impératrice une communication de

grande importance. Cambacérés avertit son collègue Regnaud de se tenir prêt à concourir aux actes qu'il aurait à dresser, et à l'assister lorsqu'il les recevrait. A neuf heures du soir, la salle du Trône et le grand cabinet de l'Kmpereur étaient brillamment éclairés. Des fauteuils étaient disposés dans le grand cabinet pour l'Kmpereur etl'Impératrice, pour Madame Mère, pour les reines d'Espagne, de Naples, do Hollande, de VVestpbalie et la princesse Pauline, pour les rois de Hollande, de WesLphalie et de Na|)les, et pour le vice-roi d'Italie. En face des fauteuils de l'Empereur et de l'Impératrice était placée une table avec des plumes et des encriers. Les rois et les reines, les princes et les princesses avaient été convo(|ués par le grand chambellan, sur ordre exprés de l'Empereur. Les membres appelés au Conseil privé, les grands dignitaires de la maison de l'Empereur, la dame d'honneur de l'Impératrice et deux «lames pour chaque reine et [>rincesse se rendirent dans la salle du Trc^ne. où la famille impériale était déjà réunie. L'Empereur et l'Impératrice se trouvaient dans le grand cabinet. L'Empereur y fit venir la famille impériale, puis, un quart d'heure après, l'archichancelier de l'Empire et le secrétaire de l'Etat. Cambacérés et Maret avaient préparé pour l'Empereur un discours dont il donna le<-ture. Il invoqua avec hauteur la politique de sa monarchie,

Robe de gaze à raies de satio, peigne eo coui'onne. (D'après le Costume parisien de 1809.)

PARIS SOUS LE PREMIER EMPIRE

UNE SCÈNE DU lJÉLU(iE SUBVENU DANS LE NORD. D'après une caricature anjj^laise de l'é])oque. — (Musée Carnavalet.)

avec respect l'appui de la Providence, avec amour le sacrilice de son épouse regrettée. II insista sur le bonheur dont l'Impératrice avait embelli quinze années de sa vie, il tint à affirmer qu'il demeurerait toujours son meilleur et plus clier ami, il rappela qu'il n'avait agi que pour le bien de la France.

Ceux qui entendirent ces paroles, graves, solennelles et douces, né purent se défendre d'un tressaillement. Ce fut bien autre chose quand l'Impératrice prit la {)arole.

« Avec la permission de mon auguste et cher époux-, je dois déclarer que, placée par sa bonté sur le trône et ayant reçu de ses peuples tant de témoignages d'affection et d'amour.je ne puis mieux reconnaître les sentiments qui m'ontété si chers, qu'en assurant à ses sujets, par la dissolution d'un mariage auquel le Ciel a refusé des faveurs si ardemment désirées, le bonheur d'être un jour gouvernés par les fils du grand homme qui a rétabli l'ordre dans l'État, la félicité dans les familles, et porté la France au plus haut degré de sa gloire.

« Éloignée de l'Empereur, il sera toujours présent à ma pensée. Je ne cesserai point d'être sa meilleure amie. Je lui dois la justice de dire que cet acte pé-

nible, que commandent la politi(iue et de si grands intérêts, a froissé son Ame, et que j'ai lu dans son cœur quil accompli.s.sait avec amertume le plus grand sacrifice que nous puissions faire l'un et l'autre <\ ses peuples... »

Uuelle douleur n'a pas dO éprouver Joséphine lorsqu'il lui a fallu écrire de sa main sa propre répudiation (1)!

Sa douleur fut encore plus vive quand elle eut à comincnrer sa lecture dtnant toute la famille im[)érial(\ Dès les premiers mots, elle dut s'arrêter. D'un geste fébrile, elle tendit le discours au secrétaire de l'Etat, Regnaud de Saiut-Jean-d'Angély, quil'aehevaà saplaee Ellerécouta, les yeux noyés de pleurs, mais se raidissant c(.ntre le niai ([ui la dévorait et voulant à tout prix faire montre de dignité. Elle y parvint : les assistants émus la plaignirtMit, radmirèreut. Son courage, sa noblesse, sa résignation, furent au-dessus de tous les éloges.

Ea lecture terminée. Cambacérés reprit ses fouetions officielles. « Sur quoi, dit-il. Leurs Majestés Impéi'iales et Royales nous ont demandé acte de leurs dériarations respectives et du consentement mutu(d qu'elles contiennent et que Leurs Majesté.s donnent à la dissolution de leur mariage, comme aussi du pouvoir que Leurs Majestés nous confèrent de suivre, partout où besoin serait et prés de qui il apparliendrait, l'efiet de leurs volontés. » Puis il dressa le procés-verbal de l'acte de divorce et présenta la plume à l'Empereur et à l'Impératrice, et après eux aux rois, reines et princesses.

Rien n'est plus intéressant que d'observer les signatures sur l'original conservé dans l'armoire de fer aux Archives nationales. Na{)oléon a signé cette fois de la manière la plus lisible. Cinq lettres

(1) .VE' 11-1:2 (Archives nalionules). Le texte ofliciel du discours de l'Impératrice est écrit sur un papier carré encadré à la première page d'ornements romains. A droite et à gauche deux femmes nues en forme de cariatides supportent une sorte d'urne. Au centre et au bas do la page se trouvent deux hippognlfes qui tiennent un flambeau allumé... Ktail-ce par ha^^ard une allégorie an flaml)eau de l'hymen?

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