ARMES DB PARIS
Vignette du temps.
tembriseurs, ces scélérats couverts de crimes > . Leur principal crime est d'être vaincus. On est si pressé de se débarrasser des terroristes que, sur les listes de proscription, dressées hâtivement, on inscrit de prétendus conjurés qui avaient une raison sérieuse pour ne pas conspirer : ils étaient morts. Les républicains qui
n'ont pas eu la prudence de se rallier au nouveau gouvernement, coupables ou non, Ceracchi, Aréna, Demerville, Topino-Lebrun, sont impitoyablement exécutés. A l'égard des royalistes, le Premier Consul, qui songe à l'Empire» montre plus d'indulgence : il saura les attirer par des honneurs et des places; il les utilisera pour former sa cour. Déjà les émigrés commencent à revenir, et, dans ce Paris qu'ils ne reconnaissent plus, ils apportent des haines artiûcielles qui deviendront, à la première occasion, de lucratifs dévouements.
Le métier de conspirateur apparaît désormais trop pénible et trop dangereux. Cinq ou six polices fonctionnent en même temps et rivalisent de zèle : celle de Bonaparte, qui est la moins bien informée; celle de Fouché, qui découvre les complots et au besoin les invente; celle de FÉtat-Major; celles du ministère de l'Intérieur et du ministère des Relations extérieures. La moitié de Paris passe son temps à espionner l'autre moitié. Cafés, salons, théâtres, promenades sont envahis par les observateurs qui ont besoin, pour gagner leur vie, de quatre ou cinq dénonciations chaque jour. Un mot imprudent, un geste, peuvent faire mettre en prison le plus
LE MALLON I) K (i A UN KM IN.
D'ajiivs une j^ravuredu temps. — (BiMiotlitMiue de la ville de Paris.)
Le ball«»n de (•.•rneriii fui la ^Tande nllractioii |)an>ienne de f sol. Tout Paris y courut pendant celle année, et 1 habile aôronaulc, suivant un joiinialiîjle «le re|t«Kjuc, non seulement s'tiileva aux nues, mais y fui porlc jiar une foulo enthousiaste.
paisible citoyen. Aii>si ^e^llu)U^iaslne e^t général : quand il n'ot pas i^pontané. il
devient obligaloire.
On doit reconnaître que le nouveau gou vernenientneconipte })as uniipienient sur la police pour aiïerniir son autorité. Il cherche à être po|mlaire, et sans })eine il y r «' u s s i t .
I/Tniversité, les écoles sont gagnées par le rétablissement des concours généraux supprimés en 1793.
Pour rendre plus mémorable le retour à d'anciennes traditions, il fallait un lauréat dont tout Paris pût s'occuper. On a la chance de le découvrir. Le premier prix de mathématiques est gagné par un jeune berger de la Somme, Ducros, qui, sans le secours d'aucun maître, « étudiait, il y a trois ans, au
MÉDAILLE FR.\PPÉE A l'oCGASION DE l'aNNIVERSAIHE du 14 JUILLET.
(Mutée des médailles de la .Monnaie.)
pied d'un chi^ne et au milieu de ses paisibles brebis ».(le chêne et ces brebis suffisent à faire d'une solennité scolaire un événement parisien.
Le Concordat, traité d'alliance entre Bonaparte et Dieu, va rallier la plus grande partie (lu clergé. L'ne nouvelle concession lui est faite par la suppression brutale d'une religion que l'on veut considérer comme séditieuse et qui n'est (|ue ridicule : Les Amis de Dieu et des hommes, les Théo|)hilanthropes, — que le peuple, cruellement injuste, appelle les filous en troupe. — sont chassés des églises où ils célébraient leur culte innocent, vêtus de tuniques blanches et de ceintures tricolores. Paris redevient catholique par décret, et les bouquinistes — c'eslun auteurdu temps qui le remarque — vendent beaucouj» plus cher les livres de dévotion.
Tout ce qui rajjpelait la Révolution disparaît peu à peu. Ceux des anciens Jacobins qui n'ont aucun goiU pour l'exil ou la prison se transforment en souples courtisans. L'habit brodé remplace la carmagnole. Le siècle débute à peine, et déjà l'on publie, pour célébrer les mérites des puissants du jour, \Almanach des cumula rds.
On se dégoûte de tout, môme de la haine. Les Parisiens, après dix années de discordes civiles, ne demandent que l'apaisement. Du nouveau gouvernement, ils espèrent, ils attendent l'ordre, le bien-être matériel, la prospérité et Tembellissement de leur cité. Les grands travaux de construction n'ont pas encore été inaugurés en 1801 : les étrangers qui visitent Paris remarquent la saleté des rues, l'absence de trottoirs, le pavé boueux et glissant et le privilège accordé aux fiacres
PARIS SOUS LE CONSULAT
d'écraser, pour aller plus vite, les malheureux qui vont à pied; mais ils signalent aussi la beauté de nos Musées, enrichis des dépouilles du monde. L'éclairage n'est pas moins défectueux qu'à la fin du dix-huitième siècle, mais un inventeur obscur, Phili|)pe Lebon, qui expiera son génie par la misère et peut-être par le suicide, fait ses premières expériences des tltennolampes^ au milieu de l'indifTércnce publique. Humbles et tristes débuts de réclairage au gaz!
La bonne société s'efTorcc de reprendre les
portent en revanche d'amples redingotes à collets démesurés. Ils ont l'amabilité fade, et leur politesse est grimacière, comme sous le Directoire. Les femmes sont habillées en déesses, mais ces déesses, on le devine, s'humanisent assez volontiers.
Consultons les journaux de modes, sans lescpiels on ne saurait faire une histoire sérieuse. Ils nous appi'ennent (pie les élégantes portent cett(î année de^ n'scawr à la Circnssienne et des épia d'or et travfjent. Les robes sont gaiMiies de feuilles de salin, de jais
PARIS vu DES MOULINS DE MONTMARTRE EN 1801.
D'après une gravure du temps. — (Bibliothtîque de la ville do Paris.)
habitudes que la Révolution a interrompues. Les salons commencent à se rouvrir, mais il fiiudra quelques années encore avant qu'on y ramène les élégances d'autrefois. Un diplomate anglais, (îeorge Jackson, qui arrive à Paris au mois de novembre 1801, nous décrit une soirée chez le ministre de la police. Il remarque la mauvaise tenue des invités.
Les bottes crottées et la malpropreté du linge l'étonnent. Il n'est pas moins choqué par la conversation trop libre des femmes qui craignent par-dessus tout de paraître naïves.
Une caricature très amusante représente une de ces soirées mondaines. Les hommes, emprisonnés dans des culottes trop étroites.
et de velours. Une grande révolution s'est faite dans le costume : les plumes ont remplacé les fleurs. Le rose, le blanc et le ponceau font la loi. On serait déshonoré si on arborait d'autres eouleurs.
A quoi servirait-il d'avoir de riches toilettes si on ne les exhibait pas ! Fêtes et bals se multiplient. Les Parisiens, suivant une habitude retrouvée et qu'ils ne perdront jamais plus, ne songent qu'à s'amuser — sauf ceux qui sont chaque jour exposés à mourir de faim et qui ne forment d'ailleurs que le quart de la population!
Il est de très bon ton d'assister aux concerts de Mme Grassini. Cambacérès donne des dfners très recherchés où l'amabilité est
hiérarchique et la qualité des morceaux servis proportionnée à la qualité des convives. Il faut Hre un très liant fonctionnaire pour y niant^^er à sa faim.
L'ex}K)sition de l'industrie n'intéresse que médiocrement ce public mondain, mais la visite du roi d'Klrurie, Louis de Bourbon, amuse Paris pendant un niois.
Ce fantoche, dont la nature a fait un sot et dont un capriec de Hona|)arle a fait un roi. excite d'abord la siiri)rise. Il est élranj^er et il porte un titre d'o|)éra comique. De même