L ONDOIEMENT DU ROI DE ROME
Gravure de répoque. — (Collection du prince Roland Bonaparte.)
qui a quelque chose du bonnet phrygien; les frileuses s'enveloppent de la vitchoura à capuchon ; quelques-unes se fagotent volontiers dans leurs robes cachemire et leurs fourreaux redingotes. Les cavaliers semblent autant d'acteurs qui n'ont pas pris le temps de se dévêtir : le chapeau en barque et le chapeau en bateau, qui étaient très distingués en 1810, n'ont pas disparu, mais le chapeau à la Robinson, qui est un vague souvenir des incroyables, avec le pantalon de tricot et les bottes à la hussarde, constituent le suprême bon ton. Habits et culottes ont des noms singuliers et des couleurs non moins surprenantes : crottin, eau de Nil, etc. On n'a pas encore renoncé au spencer, qui est absurde, ni au carrick, qui est lourd, et cette obstination à leur conserver de la faveur démontre que, malgré l'Empereur, les Anglais ont des partisans qui affichent leurs opinions par l'imitation des vêtements britanniques.
Les chevelures de ces messieurs sont taillées à la François I", à l'enfant; celles des dames sont antiques et le plus souvent romaines : à laPlotine,à la Sabine, à laCléopàtre.
Quelques événements, tristes ou gais, font diversion aux solennités tant renouvelées en cette année. Le banquet des maires à THôtelde-Ville, en juin, donne lieu à de nombreux
quolibets ; les lazzi soulignent les incidents du procès en divorce de Boïeldieu avec sa femme, la danseuse Clotilde Malfleuroy, et le public s'égaie de cette dissonance conjugale. On porte le deuil de Marie-Joseph Chénier, dont Chateaubriand.son successeur à l'Académie, refuse de prononcer l'éloge; on regrette aussi le navigateur Bougainville, un enfant célèbre de Paris. Ce qui met toutes les tètes sens dessus dessous, c'est la Comète : on Tobserve avec toutes les lunettes, on la chansonne dans tous les théâtres, et quelques industriels exploitent à ce propos admirablement la badauderie parisienne. Elle est inépuisable, cette naïve, frivole et fréquemment niaise inclination du caractère de Paris, qui regarde tout avec écarquillement, admire tout de confiance et se laisse prendre si aisément aux balivernes avec lesquelles on appâte les gobeurs. Trente mille personnes quittent tout, sacrifient tout, repos, travail, boire et manger, pour aller entendre les chansons allemandes des conscrits de la Uoer, que personne ne coniprend^ ou pour voir passer sur les boulevards la voiture du roi de Rome, que personne n'aperçoit. 11 n'importe : l'illusion reste la magicienne qui fait paraître les mirages au-dessus de Paris et dissimule l'approche de la tempête.
A. DE LaRG1LLI£RE.
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