‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 161 sur 455 · ULYSSE ET TÉLÉMAOUE TUANT LES PRÉTENDANTS · texte numérisé non relu

ULYSSE ET TÉLÉMAOUE TUANT LES PRÉTENDANTS

Prix de Rome. Premier grand prix de peinture. — Tableau de Pallière (école des Beaux-Arts).

— Mossou le gendarme, dit Boccheampe au soldat qui le tenait par le bras, z'avais doumandé oun confessor.

— Que vous dit cet homme? demanda un officier en s'avançant vers le gendarme.

— Capitaine, il réclame un confesseur.

— Il réclamera demain ; aucun de vous ne doit répondre aux condamnés.

— Us sont bien jeunes, avait dit Malet en regardant les conscrits qui formaient le carré, trop jeunes, avait-il répété; puis, arrivé en face du peloton de vétérans chargés de l'exécuter :

— Ceux-là, ils sont bien vieux ; trop vieux, répéta-t-il de même.

Les condamnés s'étant arrêtés, on les plaça sur un seul rang adossés au mur dans Tordre suivant:

s'était mis à genoux (ce fut le seul), et le piquet d'exécution s'était avancé.

— Quelqu'un d'entre vous pourrait-il me faire l'amitié de me dire pourquoi on me fusille? demanda tranquillement Piqucrel en s'adressant aux vétérans.

— Silence dans les rangs ! s'écria Malet d'une voix forte. Ici, c'est à moi de parler, ajouta-t-il; et faisant un pas en avant :

— Monsieur l'officier de gendarmerie, dit-il, en ma qualité de général et comme chef de ceux qui vont mourir ici pour moi, je demande à commander le feu.

Puis se replaçant au niveau de ses compagnons :

— Peloton, attention! s'écric-t-il d'une voix pleine et sonore, portez... armes! apprêtez... armes!... Cela ne vaut rien; nous allons recommen-

PARIS SOUS LE PREMIER EMPIRE

LA LÉGENDE N A P 0 L É O M K N .\ E I) A X S L I N D L S T R I E P A H I S 1 E N N E . SONNETTES ET ÉTÉ l(i NOIR DE 1812.

(Collection Paul Le Roux.)

cer. L'arme aux bras tout le monde! Quelques vétérans tressaillirent, les armes vacillèrent. Malet reprit aussitôt :

— Attention cette fois : Portez armes!... apprêtez... armes!... A la bonne heure, c'est bien! Joue... feu !

Et cent vingt balles criblèrent à bout portant ces malheureux qui tombèrent tous, excepté Malet. Celui-ci, resté debout et ferme sur les jarrets, porta la main à sa poitrine, car il n'était que blessé, et reculant jusqu'au mur sur lequel il s'adossa :

— Et moi donc, mes amis! s'écria-t-il, vous m'avez oublié !

Le brave Borderieux n'était pas mort non plus sur le coup. Il essaya de se relever en râlant son cri de: Vive l'Empereur!

— Va, pauvre soldat, lui dit ironiquement Malet, ton empereur a reçu comme toi le coup mortel.

Et tout ruisselant de sang, il fit encore un pas en avant et il cria :

— A moi le peloton de réserve !

— En avant la réserve! commanda l'oiricier de gendarmerie.

A cette seconde décharge, Malet tomba la face contre terre; mais comme il n'était pas mort, on fut obligé de l'achever à bout portant.

Cette sanglante exécution étant terminée, les chirurgiens examinèrent les cadavres; puis, sur un signe de Tun d'eux, les trois charrettes furent amenées sur le terrain, qui ressemblait à un champ de bataille. Les infirmiers prirent les corps des suppliciés et les placèrent sur les charrettes, qui furent aussitôt entourées de gendarmes; après quoi, suivant le boulevard extérieur qui conduit au cimetière de Claraart, elles cheminèrent lentement en laissant sur leur passage une traînée de sang qui coulait à travers la paille dont on avait

eu soin cependant de les garnir en abondance. Pendant ce temps, les détachements de la garnison, qui s'étaient formés en colonne, regagnèrent leurs casernes respectives. La terrible exécution à laquelle ces soldats venaient d'assister fut le soir un Irisle sujet de conversation dans toutes les chambrées Ils en parlèrent encore un peu le lendemain, et le surlendemain on n'v pensait déjà plus, tant les impressions douloureuses s'effacent vite de la mémoire des hommes!

E. Marco de Saint-Hilaire.

Chabrol préfet de la Seine.

QUELQUES jours après la destitution du comte Frochot, un jeune homme, traversant Paris pour se rendre en Hollande, se présente à l'audience de l'empereur.

La physionomie intelligente et pleine de distinction de ce jeune homme fut remarquée par Napoléon. € Votre nom, monsieur? demande l'empereur. — Chabrol de Volvic, préfet à Savone, département de Montenotte. — C'est bien, je vous remets : et pourquoi n'étes-vous pas à votre poste? je n'aime pas les préfets voyageurs. — Sire, répliqua le jeune magistrat, j'ai obtenu un congé et j'en profite pour aller en Hollande rendre visite à mon beau-père le prince Lebrun. — C'est différent. Vous avez fait là un beau mariage; aussi, il faut travailler et vous en rendre digne. » Puis Napoléon interrogea M. Chabrol sur les goûts, les études et les projets du jeune préfet.

L'entretien dura une demi-heure, puis l'empereur fit signe au magistrat de se retirer en lui disant : t Monsieur Chabrol, vous resterez à Paris quarante-huit heures encore ; quand vous aurez eu de mes nouvelles, vous partirez, si bon vous semble, i

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L£ MEIULC EUPIHi:.

Bibliothèque à double corps, style égyptien.

Gravure d'après roriginal dessiné par l*Kr»< ikii (Kiole des Bciiux-Arls)

Le lendemain le ministre «le l'Intôrieur présentait à Na[)oléon une loiiirue lisle «le «juididats aux fonctions de prël'et de la Seiniv L'empereur examina U) papier en s'arrètant à chaque nom; la lecture terminée. Sa Majesté i-emit la note au ministre en lui disant : Mettez en télé de cette liste le nom de umn candidat.

— Vous l'appelez. Sire?

— (iilbert-Jnsepli-Gaspanl Chabrol <le Volvic. aujourd'hui préfet de Montenotte, demain préfet de la Seine C'est un in^'énieur habile, ancien élève de l'École poly technique. Voilà bien l'homme qu'il me faut pour exécuter les j:rands travaux que je vais ordonner dans l'intérêt de la splendeur de ma capitale. Que le décret me soit présenté ce soir à la signature: vous le porterez après à M. Chabrol, qui entrera en fonction demain malin — Allez, c'est une affaire conclue et une bonne.

Les antérédents du nouveau ju'èfet complimentaient déjà eux-mêmes le choix de Napoléon

M. Chabrol, admis le premier à l'École polv technique, en sortit également le premier; ensuite attaché à l'expédition d'Égvpte,il sut fixer l'attention du général en chef j>ar un mémoire qui plus tard fut inséré dans le grand ouvrage sur cette contrée célèbre. Le 18 brumaire an VIII, M. Chabrol fut nommé sous-préfet à Pontiv;^'. En 1806, il était préfet de Montenotte. Pendant son admi-

nistration et sous sa direction, fut étudiée et commencée cette magnifique route de la Corniche qui fait l'admiration du monde.

On confia plus tard à M Chabrol la garde du pape Pie Vil, mission bien délicate que le magistrat sut remplir de manière à mériter l'estinie du Saint- Père et la haute approbation de l'empereur.

Napoléon avait bien jugé M. Chabrol : le nouveau préfet de la Seine, qui avait alors trente ans accomplis, administra la ville de Paris comme doit être administrée la capitale d'un grand empire, c*est-à dire avec talent et courtoisie.

Louis L.XZAHK.

Les comiques du théâtre des Variétés.

BUINKT. TIKHCKLIX, POTIER.

Né à Paris en ITHd. Joseph Mira, fils d'un receveur <le la loterie, s'était fait remarquer tout jeune par s«»n goiU pour le théâtre. Son père voulut en vain l'en détourner en l'envovant (n 'lollande pour y aiqu'endre le <ommerce. et plus tard en le plaçant dans une étude de procureur. La vocation du jeune Mira l'emporta, et son père finit par lui permettre de suivre la carrière dramatitpie en changeant. toutef<u's, son nom de famille. Il prit celui de Hrunet. s'engagea dans une troupe ambulante, parcourut la -Normandie, s'arrêta quelque temps au Havre, et entra au théâtre des Variétés à Rouen,

LE .UEIOLE EMI'inE.

Fauteuil do Napoléon aux Tuileries. — Il servit, au Président Sadi Carnet.

(Garde-moublo).

MODES DE 181i.

Chai)eau gris de Napics, robe de poiralo. (D'ajtrès le Costume parisien de ISli'.;

OÙ il resta plusieurs années En quittant c«Hte ville, il vint à Paris déhuter dans le Di'sespoir de Jocrisse; il v obtint un tel succès, que trois cents représentations sans interruption ne sufïirent pas à la curiosité des Parisiens. C'était un acteur parfait de bonlioniie et de naturel.

Tiercelin partagea un instant le sceptre de Brunet. Auteur peuple des pieds à la létc.son jeu était délirant: c'était la gaieté en débraillé. 11 excellait dans les r(Mes grivois, les forts de la Halle, les mariniers; mais c'est dans les savetiers surtout qu'il a mis le sceau à sa réputation. Aussi dans un cbarinant vaudeville de Merle et Hrazier, Prèrillt' et Taconnet, lorsque Lepeinlre. qui jouait Préville, disait à Nicolet en montrant Tiercelin :

Tout Paris en est idolâtre.

Et chez vous c'est à (jui viendra.

Pour l'honneur de votre théâtre, Conservez bien cet homme-là!...

l'allusion était promptement saisie, et des applaudissements partaient de tous les côtés.

Et cependant Tiercelin avait le théâtre en horreur, il n'aspirait qu'au moment de se retirer, et, pendant plus de dix années après sa retraite, il n'a jamais voulu passer sur le boulevard Montmartre pour ne pas revoir son ancien tbéiUre.

Potier, né en 1773, était d'une famille distinguée dans la magistrature. Élevé à l'Ecole militaire, il fit les campagnes de Jemmapes et de Valmy, sollicita son congé après la victoire, quitta le service Ci se fit acteur.

Chapeau de paillo à jour, robe de percale.

(D'après le Costume parisien de l>li ;

Chapeau de paille à jour, robe do marceline.

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