‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 169 sur 455 · LE RETOUR DES BLESSÉS EX · texte numérisé non relu

LE RETOUR DES BLESSÉS EX

(D*aprë8 un tableau non catalogué du Musée de Versailles, communiqué par M. P. de Nolhac.)

nions diplomatiques? Le 15 avril, Napoléon a quitté Paris. * La voiture qui le porte en Allemagne est encore une fois le char de la guerre. »

Les événements se pressent. Les inquiétudes fermentent. Néanmoins, les feuilles publiques, sous la pression qui les écrase, restent quasi muettes. De sèches informations, des nouvelles, écourtées ou altérées le plus souvent; de froides analyses de la pièce ou du livre du jour; des variétés incolores; un peu de mode, par-ci par-là, pour avertir les intéressés qu'on taille toujours en pointe les pèlerines des redingotes de Casimir, que les élégantes ont adopté le carrick ou que toutes les robes d'apparat se doivent porter à grande queue, c'est à peu près tout ce qu'on offre aux besoins intellectuels. Ailleurs, des gens de lettres s'essayent à faire de l'esprit sur les sujets de conversation des salons de Paris, sur les anecdotes de littérature et de société.

Il ne leur en faut pas demander davantage; on n'a rien à dire sur l'état d'âme des populations ruinées et angoissées.

Dans ce vide, les Parisiens se rejettent avec d'autant plus de fièvre sur les seuls plaisirs du théâtre. Ils y trouvent, au moins, l'oubli passager des maux présents. Les distractions sont devenues si rares que, pour entendre Tartufe et Lajeumsse de Henri 7 F, le 10 avril, une foule extraordinaire s'est portée au Théâtre-Français; on a vu, ce jour-là, les musiciens chassés de leur orchestre, les curieux courant de tous côtés, renversant tout sur leur passage, cherchant frénétiquement une place, n'y parvenant pas, et sortant^ au désespoir de n'en pas trouver, tandis que les favorisés écoutaient religieusement des pièces qu'ils avaient entendues peut-être trente fois déjà dans Tannée !

En dehors des Te Deum solennels, qui font

résonner, presque chaque mois, les voûtes de l'église métropolitaine en Thonneur de nos armées, comme il en fut particulièrement le 23 mai pour célébrer la victoire de Lutzen; en dehors de ces pompes militaires et reli* gieuses, il est bien, de temps en temps, des fêtes encore pour donner Tillusion de jours plus heureux à l'âme populaire. Le mois dé septembre s'est ouvert aux réjouissances de Saint-Cloud, et les douceurs de la saison ont convié chacun à y prendre part. Tous ceux que ne retient pas au logis la douleur cuisante d'un deuil trop récent ont déserté la ville. Les terrasses de la gracieuse colline sont noires de monde. Et les banderoles qui flottent au vent, les aigles d'or qui s'éploient, les mâts de cocagne qui se dressent, le jaillissement des eaux et des feux laissent croire au peuple, une fois de plus, que sa misère n'existe pas.

Un personnage notoire vient de s'éteindre : le fameux compositeur liégeois et membre de rinstitut, Grétry. On lui décerne des obsèques, dont le programme et la figuration extérieure rappellent par de certains détails celles de Voltaire.

Les feuilles publiques se taisent sur les événements extérieurs. Leur silence est une angoisse de plus et fait pressentir un sinistre réveil. Les incidents locaux pâlissent devani importance des événements qui s'accomplissent et se préparent. La grande ville est tout entière sous une oppression d'inquiétude et de fièvre. C'est qu'en vérité l'Empire marche à grands pas vers sa perte. Les bulletins de campagnes, d'abord éclatants comme unefan^ fare de triomphe, se sont de plus en plus assombris.

Et déjà vont s*annoncer : 1814 et I'Invà*

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