VUE DES JARDINS DES MONTAGNES RUSSES ET DU P A N STE REOR AM A
(Collection Paul Marmott&n.)
apprenant qu'il s'appelait Bassompierre ! Comme de raison il niait le propos, et soutenait que le gendarme qui l'avait arrêté s'était trompé. Mais sa dénégation n'avait pas ce caractère de fermeté qui inspire la confiance, et on avait très bien jugé, sur son air, que l'erreur dont il se plaignait n'était pas réelle. Cet événement m'affligea d'autant plus que je connaissais sa famille et que surtout je voyais beaucoup l'ancien évèque d'Alais, M. de Bausset, qui en était l'ami le plus intime. Il passait, avec elle et lui, la meilleure partie de l'année dans une maison de campagne située à quatre lieues de Paris.
Deux heures après, je vis le ministre de la police, qui me parla de cette affaire avec une grande émotion. Il m'apprit qu'on en avait rendu compte à l'Empereur, et qu'elle occupait beaucoup ceux qui l'entouraient. Je lui dis la dénégation de
avec le duc de Rovigo : « Je ne fais aucun doute, lui dis-je, que M. de Bassompierre ne soit coupable; mais que gagnera-t-on à établir cette vérité? A le faire fusiller, ou à le détenir en prison? Cet homme appartient aux premières familles de France, il inspirera un grand intérêt. Si on ne croit pas à la vérité de l'accusation, on sera indigné ; si on y croit, on dira qu'il faut que les sentiments de haine soient bien répandus dans le public pour que l'expression en soit sortie de la bouche d'un homme qui, évidemment, n'avait aucun mauvais dessein, puisqu'il était sans armes, et qui n'a cédé qu'à un premier mouvement dont il n'a pas été le maître.
c Que gagnera personnellement l'Empereur à un acte de sévérité, ou, si on veut, de juste vengeance? Sa destinée tient-elle maintenant à une répression aussi peu importante en présence des
dangers dont il est entouré? Tout sera décidé d'ici à trois mois, sur quelque champ de bataille. A quoi servira-t-il de susciter contre lui de nouvelles haines, de nouveaux besoins de vengeance? Que gagnerez-vous jï en assumer une partie? »
Toutes ces observations le frappèrent. Il n'éprouvait d'embarras que sur la manière de s'expliquer
CHENAnD. I»E L OPÉRA-COMIQIE.
Rnle de Titsikax, chei* des Tartares. dans LodoUka.
CHE>AnD, né en 175S, débula en 1783. Cûlait un artiste <lc marque. Il jouait à la perfection ; le théâtre Feydeau n'eut pas de nuMlleuro basse. Après avoir obtenu des suças à l'Opéra, il eiilr.i à la Comédie ilalienne ( Opéra-Comique i. La 3/<'/omaHtV donnée à l Vydeau en {^^)2. le tint hors de pair. Chenard mourut eu i^2t.
avec l'Empereur, (|ui <levait être déjà prévenu par les rapports de la police de son palais et do sa garde. Je lui dis que j'en faisais mon affaire et lui demandai seulement de ne me point démentir. 11 me le promit.
Le lendemaiu matin, je me trouvais au lever, et, lorsque l'audience fut terminée, je suivis Napoléon dans son cabinet pour lui rendre compte de cotte affaire, dont je lui exposai les faits avec une complète exactitude, mais en prenant soin de lui faire observer qu'il n'y avait, contre M. de
Bassompierre, que le témoignage d'un gendarme qui pouvait, à toute rigueur, s'être trompé, en choisissant un individu au milieu de tant d'autres. Le cri avait été poussé, voilà tout ce qu'il y avait de certain.
Ouant à M. de Bassompierre, on concevait d'autant moins qu'il se fût porté h un acte si coupable, qu'il avait toujours été remarqué pour son caractère fort tranquille, n'avait jamais donné lieu à aucune plainte, et passait habituellement sa vie dans une sorièlè très raisonnable, celle do raiicion èvèque d' A lais.
Jo savais (juo l'Kmporeur avait uiio ^'rande considération pour «M' jjrélat, auteur do la Vio H(' rèiiolon et de collo (lo Hossui'l. deux ouvrniios «lont il faisait le plus grand cas
t Ouoiî iJio répondit- il, o'ost un ami do révoque (lAlais! Mais alors, en ett'et, on no p. ni roniprondre une si odifMiso folio do sa i)art.
l'Ii bien! «juo mo proposezvous? — (ionime il y a copenflant une cortaino ol)s<:urité dans les faits,jo serais d'avis, on lo mettant on liberté, de lui enjoindre de se retirer à soixante lioues de Paris, à Tours, par exemple, où il resterait on surveillance jusqu'à nouvel ordre. — Eh bi<Mi î soit ». me fut-il réjiondn
J'allai raronlor ce succès au duc do Rovigo, qui me oonsoilla. je lui dois cette justico. (Jo no pas pordro une niinulo [lour user d'une permission (jui pourrait être révoquée d'un moment à lautre. M. do Bassompierre était hors de Paris avant cinq houivs du soir. L'issue de cette affaire me causa une vive satisfaction. En emi)èohant une vengeance inutile, j'ai donné, à celui dont j'avais la confiance, le meilleur conseil qu'il pût recevoir, dans la situation où il se trouvait.
[Mémoires du chancelier P.vsoi ikr.)
La Misère à Paris.
MALGRÉ le ton si confiant des discours prononcés par l'Empereur et ses ministres à l'ouverture de la session du Corps législatif, l'opinion devenait chaque jour plus inquiéta et plus sévère.
PARIS SOUS LE PREMIER EMPIRE
Dans les premiers jours de mars, M le comte Mole, conseiller d'État, directeur des ponts et chaussées, apporta la loi sur les finances et le budget de 1813. On sut alors comment on entendait faire face à l'augmentation inévitable des dépenses : c'était au moyen de l'aliénation de certaines parties des biens communaux, dont la vente était estimée devoir produire trois cent soixante- dix millions. Les communes seraient dédommagées eu recevant, en inscription à cinq pour rent. une rente proportionnelle au revenu net des biens «nielles seraient dans le cas do céder.
C'était un véritable emprunt fait aux communes, puis<jue riitat restait grevé du service de la rente, ou autrement dit, de l'intérêt du capital. Mais ce qu'on remarqua surtout dans le discours de M. Mole, ce fnt le langage de l'adulation porté au plus haut dcirré, dans un moment où il répondait si pou au sentiment public. 11 finissait par cett»? phrase qui lui a été si longtemps re|)ro(liée : t Si un homme du siècle des Médicis ou du siècle de Louis XIV revenait sur la terre, et qu'à la vue de tant de merveilles, il demandât combien de régnes glorieux, combien de siècles de paix il avait fallu pour les produire, vous lui ré]>ondnez. messieurs : il a sufli de douze années do guerre et d'un seul moment où les maux de la guerre étaient si lourds, où l'énorme consommation d'hommes pouvait faire naître dans la pn|mlation un désespoir dont les conséquences seraient incalculables, t C'était cependant ce que Napoléon considérait le moins, et j'ai tout lieu de croire que ses préoccupations et ses inquiétudes ne portaient en aucune façon sur cet objet. La lovée des hommes lui semblait en quelque sorte plus naturelle et plus farile que celle des im|)ots, et il croyait beaucoup plus dangereux d'abuser de l'une que de l'autre.
Ce qu'il redoutait par-dessus tout, c'était la misère famélique qui pousse aux séditions De ce côté il était loin, malgré le brillant exposé de M. le ministre de l'Intérieur, d'avoir une complète sécurité, notamment pour ce qui concernait la capitale, et les rapports que j'étais dans le cas de lui faire contribuaient beaucoup aux nombreux soucis qui l'assaillaient. Je ne lui avais pas dissimulé, dans mes bulletins journaliers, à (juel point la situation de la classe ouvrière, si nombreuse dans les faubourgs, devenait peu satisfaisante.
11 n'y avait pas de jour où l'argent ne se resserrât de plus en plus, et, comme les inquiétudes sur l'avenir portaient les familles les plus aisées à restreindre leurs dépenses, il en résultait une notable diminution dans les travaux. Cet état fâcheux était encore accru par ce fait que tous les grands dignitaires de l'armée, qui venaient ordinairement joindre pendant l'hiver leur luxe i\ celui de la cour, se trouvaient ou retenus en Allemagne, ou occupés à refaire le plus économiquement possible leurs équipages que la dernière campagne avait entièrement détruits. Or il n'y en avait aucun que cette nécessité ne mit dans une gène fort étroite.
Ajoutez que les ouvriers avaient épuisé, pour se
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Rôle de KoxKi A>K dans lis Trois SuUancs. (Kaux-forles de Dujiles^i-Berlaux.)
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