‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 189 sur 455 · DIAGORAS PORTÉ EN TRIOMPHE PAR SES FILS · texte numérisé non relu

DIAGORAS PORTÉ EN TRIOMPHE PAR SES FILS

Prix do Rome. Premier grand prix de peinture de i814. — Tableau de Vinchon. (Ecole des Beaux-Arts.)

tère tout à fait victorieux. Les soldats de Berlin et de Moscou, en passant devant Alexandre et Frédèric-(iuillaume, poussaient des acclamations confuses, barbares, où toutes les passions et tous les sentiments les plus nobles comme les plus sauvages se trouvaient poétiquement mêlés.

Vers deux heures, Alexandre et le roi de Prusse laissèrent le grand -duc Constantin achever le défilé, et s'acheminèrent du côté de la rue Saint- Florentin. M. de ïalleyrand était à son balcon; il appelait l'empereur de Russie du geste et de la voix; ses regards dévoraient impatiemment la distance; pour la première fois de sa vie, le cœur lui battait dans la poitrine. Quand les souverains alliés et leur brillant état-major, tournant le coin de l'hôtel de la marine, entrèrent enfin dans sa cour, le prince essuya les gouttes de sueur qui

pressait une vraie cohue de gens qui tenaient au passé par leurs souvenirs, au présent par leurs intérêts, et à l'avenir par la crainte de compromettre les uns ou par l'espoir de rajeunir les autres. Un homme modeste, en costume ecclésiastique, à l'air effaré, se tenait au contraire presque enseveli derrière les curieux et les ambitieux. Ce fut lui que le regard de l'empereur de Russie alla troubler dans sa retraite.

— Quel est cet abbé au front doux et triste? demanda sur-le-champ Alexandre à M. de Talleyrand.

— M. l'abbé Sicard, excellent royaliste, victime de la Terreur. Il a inventé les sourds-muets.

— Comment! reprit Alexandre en se tournant vers M. de Talleyrand, ce serait là cal abbé Sicard auquel on donne tant d'esprit?

— Sire, dit le prince avec aplomb, monsieur a l'esprit de son état : un esprit sourd et muet.

Les deux battants de la porte du grand salon s'ouvrirent avec solennité, et l'on y prit place de la manière suivante : à l'ouest, du coté de la rue Saint-Florentin, le roi de Prusse et le prince de Schwarzeinberg se trouvaient le plus rapprochés du meuble d'ornement qui était au milieu de la pièce. Le duc de Dalberg était à la droite du prince Srjiwarzemberfr: MM <!<' Nesseirode. Pozzo di Borgo et le prince de Licht enstein suivaient. Le fuûncc de Talleyrand ét;iil à la gauche du roi de Prusse; le baron Louis et M. de Pradt étaient auprès d<» lui.

L'empereur Alexandre, faisant fac^e à l'assemblée, restadebout et se promenait à grands pas On referma les portes.

Deux heures sonnaient . L'empereur Alexandre voulut qu'on reprit aussitôt la suite des pourparlers entamés la veille à Bon<lv par l'intermédiaire de M de Nesseirode; le préfet de la Seine, M. de Chabrol, et le préfet de police , M . Pasquier, attendaient dans le cabinet du prince quel sort on destinait à Paris. La délibération commença.

André Delrifa'.

Mémoires d'un vieux diplomate )

La descente de la statue de Napoléon.

(4 avril.)

LE 4 avril, j'avais dû prendre, par mesure d'ordre public, une responsabilité importante. Une foule nombreuse s'était portée place Vendôme, pour jeter à bas de la colonne la statue de Napoléon, plusieurs étaient montés

avec des limes pour la scier par le pied, tandis que d'autres avaient attaché des cordes à son cou, et attelé des chevaux pour accélérer sa chute.

Le fondeur de la statue, le sieur Launaj, se présenta chez M. Pasquier, préfet de police, pour

l'informer de ce qui se passait, et lui exposer les malheurs qui pouvaient en résulter. M. Pasquier, bien qu'il vît le danger, craignit de se compromettre; car, on savait Bonaparte encore prés de Paris, et on ne pouvait prévoir le résultat des pourparlers qu'il avait engagés avec les puissances étranf(ères. Il renvova M. Launay à M. de (ihabrol, préfet de la Seine. Ce dernier, voyant une affaire qui concernait le préfet de police, refusa de s'en occuper, de telle sorte qu'aucune mesure ne fut prise, et le moindre malheur qui pouvait arriver était la dégradation du monument par la chute de la statue. Mais comme Pavant-veille, j'avais confirmé M. de Chabrol, au nom du roi, dans ses fonctions, il conseilla à M. Launay de s'adressera moi, assurantque je lui donnerais les ordres nécessaires pour éviter les accidents.

M. Launay se présenta chez moi à trois heures de l'après-midi. 11 me pressa vivement de lui donner l'autorisation de descendre la statue par les procédés de Part, affirmant que si elle était renversée, elle causerait des désastres, ferait périr du monde et ébranlermt le fût de la colonne Je voulus le renvoyer aux préfets; il me répondit que c'était précisément sur leur refus qu'il était venu me trouver, puisque j'étais fondé de pouvoirs de Monsieur, lieutenant général du royaume. Je ne me souciais point de m'occuper de cette affaire; car les pouvoirs de M. de Polignac et les miens étaient purement politiques. C'est pourquoi je me rendis chez le général

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