NAPOLKOX ET MARIE-LOUISE A NOTRE-DAME. (MARIAGE RELIGIEUX
D'après une gravure du temps. — (Musée Carnavalet.)
vinces menacées d'invasion passaient par de brusques alternatives; tantôt ils maudissaient Napoléon comme l'auteur de tous les maux qui s'étaient déchaînés sur la France, tantôt ils sentaient se réveiller dans leur cœur la haine de l'étranger et de l'ancien régime, et ils voyaient dans le grand homme de guerre qui tenait encore la campagne, le défenseur du sol national et le représentant des principes de 1789. Mais ce n'était pas pour sauver le trône chancelant de l'empereur que les survivants des patriotes du faubourg Saint-Antoine réclamaient des armes, c'était pour défendre la cause de la Révolution.
D* ailleurs la France était trop épuisée et trop découragée pour qu'il fût possible de réveiller les souvenirs de 1792. Dans la seule année 1813 onze cent quarante mille conscrits et cent quarante mille gardes nationaux appelés au service actif
Jamais l'art militaire n'a été poussé plus loin. Les batailles de Montmirail, de Château-Thierry, de Vauchamps, de Craonne, faisaient d'autant plus d'honneur au génie de Napoléon qu'il n'était plus servi par la bonne fortune et qu'il avait à réparer sans cesse les fautes de ses lieutenants. La France, résignée à un inévitable dénouement, assista presque inerte k cette lutte soutenue par un homme presque seul contre l'Europe et la destinée. La défection de Marmont et l'entrée des alliés dans la capitale ne produisirent dans le pays aucun élan universel d'indignation. Le peuple français ne s'associa pas aux larmes que les adieux de Fontainebleau firent couler sur les joues bronzées des vétérans de la vieille garde et le grand vaincu qui partait pour l'Ile d'Elbe, après avoir recueilli quelques témoignages de respect aux premières étapes de son voyage, une
fois entré dans la vallée du Rhône, ne trouva plus^que des outrages sur son chemin.
G. Labadie Lagrave.
Paris monumental.
APRÈS avoir donné en 1800 à l'administration municipale de la Ville de Paris une organisation forte et unitaire, Bonaparte fait étudier un plan d'ensemble de travaux de voirie
ARC DE TRIOMPHE DE l'ÉTOILE ELEVÉ^ALX CMAUPS-ELYSEES.
(Figuré en décor pour l'entrée de Napoléon et Marie-Louiso). D'après les dessins de CHAixRi.f. Grarure de Téfoque. — (Collection G. Harlroano.)
et de constructions nouvelles. Le plan adopté, il donne à ces travaux une vigoureuse impulsion.
Il veut, avant d'embellir la capitale de cet empire qu'il va faire si vaste, la doter d'établissements d'utilité publique, y faire entrer à flots la lumière et l'eau qui purifient et vivifient les taudis et les cloaques. 11 fait abattre toutes les maisons perchées sur les ponts et sur les bords des quais, qui cachaient la vue du fleuve et interceptaient l'air. Des trottoirs sont établis le long des rues principales. Un système de numérotage régulier est admis; dans les rues parallèles à la rivière, les numéros en suivent le cours, les nom-
bres pairs sont à droite et les^^nombres impairs à gauche. Dans les rues perpendiculaires à la Seine, le même ordre est observé en partant du rivage. Les sinuosités de la Seine exigeaient une navigation de près de trois jours pour monter de Saint-Denis à Paris. A l'aide des canaux Saint- Denis et Saint-Martin le trajet peut désormais se faire en dix heures. Pour alimenter ces canaux, la petite rivière d^Ourcq est amenée de 24 lieues dans le bassin de la Villette et le surplus de ses eaux s'écoule dans Paris par un nombre considérable de fontaines.
L'eau avait toujours été rare à Paris ; sous l'ancien régime, à côté des disettes populaires ou Paris hurlait la faim, il y avait eu les soifs de la cité, ardentes et irritées, alors que nul règlement ne régissait la distribution et la répartition du peu de sources qui se trouvaient dans le sol.parisien.
La plupart des fontaines étaient à sec ou intermittentes. Dès l'amenée de l'eau de l'Ourcq, chaque place, chaque carrefour a sa borne jaillissante ou son château d'eau.
Les plus remarquablesde ces monuments sont : la fontaine Desaix place Dauphine, élevée sur les dessinsde Percier à la mémoire du héros tué à Marengo;
la fontaine du Palmier érigée place du Chàtelet en mémoire des victoiresdes armées françaises.
la fontaine des Lions de Saint-Marc érigée au centre de l'Esplanade des Invalides, décorée de lions de nronze pris à Venise, les Lions de l'Institut y ÏHygie du Gros Caillou y le Cygnede la rue de Vaugirard, le Satyre pressant une outre de la rue Censier, le Tantale de la pointe Saint-Eustache, VEsculaj^e de l'École de médecine, les fontaines de Saint-Paul, de Saint- Jean-le-Rondy de Popincourty delà place Saint-Sulpicer du lycée Bourbon y du Jardin des]PlanteSyde la Place des y^osges, de la rue du PonceaUy du Marché aux- Fleursy de VÉléphanty à la Bastille, des marchés Saint-Geiwain et Saint-Martiny la Fontaine Égyptienne de la rue de Sèvres. La plus monumentale de toutes est la fontaine du Château d'eau, air boulevard Saint-Martin, d'où jaillit une gerbe magnifique qui s'épand en cascades abondantes.
Quatre grands Égouts sont percés, rue de Rivoli^ rue Saint-DeniSy rue Montmartre, rue du Cadran^
PARIS SOUS LE CONSULAT ET L'EMPIRE
L'Éclairage des rues, si négligé jusque-là, est porté à dix mille becs de lumière.
Trois mille mètres de nouveaux quais sont construits : ceux d'Orsay, des Invalides, de Billy, de la Conférence, du Louvre, Desaix, de la Cité, Catinat et Saint-Michel, Morland et de la Tournelle, remplacent les ignobles masures qui baignaient leurs pieds dans les flots boueux de la Seine.
Quatre ponts, dont deux avec arceaux en fer, les ponts des Arts et d'Austerlitz, viennent ajouter à la facilité des communications.
Les hôpitaux sont agrandis, leur nombre est augmenté. C'est de cette époque que datent les hospices des Incurables, du faubourg Saint-Martin, des Enfants Malades, de la rue de Sèvres. Tlnstitution de Saint-Périne, à Chaillot, et les agrandissements de Bicêtre.
Les boucheries étaient autrefois situées au cieur de la capitale, souvent dans les rues les plus populeuses. C'était un ignoble spocta<^le et un danger permanent que cette promenade dans les voies étroites, au milieu dune foule pressée d'animaux afl'olés, cette tuerie sous la porte cochère, ce sang qui coulait au milieu du ruisseau, ces hurlements d'agonie, cette odeur fade et nauséeuse du massacre.
Un décret de 1810 ordonne la construction, aux confins des faubourgs, des cinq abattoirs du Roule, de Montmartre, de Popincourt. d'Issy et de Vauyirard, remarquables par leur étendue et leurs intelligentes dispositions.
Des Halles, vastes et commodes, s'élèvent sur divers points, « des Marchés d'arrondissements comme les appelle Napoléon, où la ménagère peut :..!iM' s'approvisionner sans fatigue ».
Le Marché Saint-Honoré prend la [»lace du couvent des Jacobins.
Le Marché du Temple est ouvert dans l'ancien Enclos et affecté à la vente des vieux habits. Sur l'emplacement de l'ancien cloître des Auguslins est installé le Marché de la Vallée où se vendent la volaille et le gibier. De cette époque aussi datent les marchés Saint-Martin, des Blancs Manteaux, et Saint-Germain considéré alors comme le plus beau, le plus vaste, le mieux aménagé de France.
Uahhaye Saint-Victor avait été en partie détruite; les grands arbres à l'ombre desquels versifiait Sainteuil avaient été coupés. Napoléon y crée, sur un plan grandiose, la Halle aux Vins.
Plus de 240,000 pièces de vin ou d'eau-de-vie y sont rangées à l'aise dans de nombreux celliers. Presqu'en face, dans l'ancien jardin de l'Arsenal, les nouveaux greniers publics d'abondance doivent tenir 45,000 sacs de farine en réserve pour l'alimentation de Paris pendant un mois. De grands travaux de consolidation sont entrepris dans les Catacombes que l'on tapisse de tètes et d'ossements humains recueillis dans les cimetières désaffectés.
Quatre vastes champs de repos sont affectés hors de l'enceinte de Paris aux inhumations : les cimetières Montmartre, du Père Lachaise, de Montparnasse et de Vaugirard.
Paris avfi^t gardé, au commencement du siècle l'aspect qu'il avait sous l'ancien régime ; les rues
étaient étroites, tortueuses et sordides, encombrées par les échoppes et les étalages des petits métiers et des petits commerces. La suppression des couvents avait laissé d'immenses espaces libres et disponibles dans l'intérieur; Napoléon en profite pour ouvrir un grand nombre de rues et de places nouvelles. Utilisant le Plan des Artistes dressé par ordre de la Convention, il fait étudier et mettre en pratique un plan d'ensemble de percement de nouvelles voies qui, au prix, hélas ! de la démolition de chefs-d'œuvre d'architecture du moven âge, donnent à Paris de l'air et de la lumière, y font place au soleil, enlèvent la lèpre qui, depuis des siècles, rongeait ses taudis. Ce plan sera repris par le second Empire qui l'exécutera presque en entier.
Paris est doté ainsi de soixante nouvelles voies, d'une largeur et d'une ampleur inusitées. A travers les enclos des Feuillants et des Capucins se frayent la rue magistrale de Rivoli, destinée à nietlre en communication la Concorde etl'llotel de Ville; les rues de CasHylione et de la Paix donnent aux Tuileries les issues qui leur manquaient et forment de magnifiques avenues accédant à la Place Vendôme où l'Empereur fait ériger, avec le bronze de 12.000 canons pris à l'ennemi, la Colonne triomphale qu'il dédie à sa gloire et à celle de ses soldats.
II fait démolir le Temple, qui rappelait de trop pénibles souvenirs et y substitue des rues et des places.
Les places Valhuhert, du Chùtelet. Mazas, de la Bourse ajoutent à l'embellissement de la capitale.
La place du Carrousel est débarrassée d'une grande partie des masures (jui l'obstruaient; 15000 homnies peuvent y manœuvrer k l'aise; un arc de triomphe élégant donne accès au Palais des Tuileries dont le jardin est enrichi de nouvelles statues.
Les salles du Vieux Louvre sont restaurées et revoivent de merveilleux chefs-d'œuvre de l'antiquité, provenant des con(|uétes de l'armée d'Italie. Le Musée est pour la première fois ouvert au public le 9 novembre 1800.
En 1808, est posée la première pierre du Palais de la Bourse destiné aux assemblées des agents de change et celle du Tribunal de commerce. La rue Vivienne est prolongée jusqu'au Boulevard. Napoléon, tout enfiévré de ses victoires, a décidé d'ériger un Temple à la Gloire des armées françaises où devront s'élever les statues des généraux illustres et où seront gravés, sur des tables d'or, les noms des braves. La Restauration trouvera le bâtiment inachevé et en fera la Madeleine.
A l'opposile, comme pendant du décor triomphal, la façade de la salle des séances du Corps Législatif est ornée d'un superbe portique.
Le palais du Luxembourg est restauré, son jardin embelli. Sur la place de l'Étoile, dominant Paris, commence à s'élever un colossal Arc de Triomphe. On jette les fondations, en face le pont d'Iéna, d'un magnifique palais destiné au Roi de Rome et qui, si ce projet se réalise, sera en même temps une forterese.
C'est au bruit de Marengo, d'Austerlitz, de Wagram, aux clameurs des fêtes superbes données par Paris aux soldats qui promènent les
étincelanles couleurs de nos drapeaux sur les champs de l'Europe, que tous ces travaux s'accomplissent
Plein de grands espoirs et de vastes pensées, Napoléon ne peut qu'ébaucher tous ces travaux, il compte sur l'avenir, et l'avenir n'est pas à lui. Le grand coup de vent de Waterloo casse les deux ailes à l'aigle impériale et ce seront la Restauration et le gouvernement de Juillet qui continueront l'œuvre commencée. A. Callet.