‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 20 sur 455 · LES KT HENNES CHOISIES · texte numérisé non relu

LES KT HENNES CHOISIES

D'après une caricature du temps. — (Bibliothèque nationale. Cabinet des estampes.)

plis, mais valait à lui seul ses illustres parents.

L'infant don Louis, prince de Parme, était neveu, par sa mère, de la reine Marie-Antoinette. Les filles de Marie-Thérèse étaient mariées, l'une au roi de Naples, l'autre au roi de France, l'autre au duc de Parme; et si j'ai bonne mémoire, je crois que la quatrième l'était au duc de Saxe-Teschen. Tout ce que la nullité peut présenter de plus complet (car elle a aussi sa perfection) se trouvait réuni dans cet être qui . en vérité, tenait presque de cette race (de crétins) que l'on trouve dans les Alpes.

Le couple royal arriva à Paris dans une belle soirée de printemps. La bonne compagnie allait encore beaucoup chez Garchi et au pavillon de Hanovre. Il y avait précisément grand monde à Frascati ce même soir, et nous eûmes le plaisir de

rosse royal, tout cela formait une entrée si hur- Icsquement imposante que les Parisiens en demeurèrent fort amusés.

Le premier consul voulut que la réception de ce roi tributaire de la République, et venant pour ainsi dire lui faire hommage de sa couronne. fiU à la fois magnifique et de bon goiU. Les réceptions amicales à la Malmaison furent d'abord les premières marques d'une cordiale amitié. Bonaparte voulait connaître» l'homme qu'il venait de donner à un peuple spirituel et nourri de beaux et de doctes souvenirs. Mais à <et égard il n'eut pas besoin de plusieurs entretiens pour juger le personnage : il était inepte.

La reine était tout autre chose. Son physique repoussait d'abord; mais lor.sque l'on avait causé avec elle plusieurs fois, et qu'elle avait dépouillé

une timidité mêlée de morgue qui enchaînait ses paroles et ses actions, on la trouvait alors fort aimable.

Le premier consul eut bientôt jugé le mari et la femme. Il s'en expliqua morne assez ouvertement devant plusieurs personnes rassemblées. Le pauvro Louis l''' joignait à son inra[>acité naturelle un

m"* BOun<ioiN, nr thkatre-fhançais (rôle dk roxklane). D'après un portrait du temps. — (Bihliotlièque de la ville de Paris.)

M"* Bourgoin, la protégée de Lucien Honaparle. joignait au charme du visage — ses y«'ux étaient superbes — un organe agréable et ilexible. Klle aimait son art et réussissait surtout dans les € amoureuses > de la comédie. Klle partageait les applaudissements avec M"* Voinais. (J. K. UEioHAnnT, Lettres intimes t'crilcs de Paris.)

autre inconvénient, qui fit dire à Napoléon, en fronçant les sourcils, lorsqu'il apprit la chose : — . Ilum! si j'avais su cela, il serait resté où il était. C'est qu'un jour, le roi d'Étrurie ayant été engagé à dîner k la Malmaison, il se trouva mal en descendant de voiture et de la plus étrange manière. Je traversais le vestibule à colonnes pour me rendre dans le salon, lorsque je me vis au

milieu du tumulte qu'occasionna cet événement. La reine paraissait fort en peine et voulait cacher son mari, mais il n'y avait pas moyen de dérober à tant de personnes attentives la figure d'un roi, (luelque insignifiant qu'il soit, lorsqu'il tombe du haut mal, et le malheureux prince était, à ce qu'il |'araît,atta(ïué de rettc alTreuse maladie. Ce jourlà, il était pAle comme un mort et ses traits absolument renversés. Je dois dire que cet évanouissement, quelle qu'en ait été la cause, ne fut pas long, mais il était effrayant.

Lorsqu'il entra dans le salon, .Mme honaparte lui demanda avec intérêt ce qu'il avait : Oh I ce n'est rien . ce n'est rien...

n'est-ce pas Louisa? Ce n'est rien... mal à restomac... j'ai faim. . je dînerai bien... j'ai faim. . je le disais à Pépita...

N'est-ce pas Pépita ? — (L'infante Marie-Luisa s'appelait aussi Joséphine, et, à la manière espagnole et italienne, don Louis l'appelait souvent Pépita. Il l'appelait également Lonisn.)

M. de Talleyrand fut le premier des ministres qui donna une fête aux nouveaux souverains. On était alors au mois (le juin, la campagne était dans son plus beau moment de parure. Aussi M. de Talleyrand donna-t-il sa fête i\ Neuilly. L'ordonnance en avait été dirigée avec goiU et avec esprit tout ensemble.

La fête se donnait à Florence, quoi(|ue nous fussions à Neuilly, et l'illusion était complète. Une décoration admirable représentait la belle place du palais Pitti, et lorsque Leurs Majestés tlescendirent dans le jardin, elles se trouvèrent au milieu d'une foule de jolies paysannes toscanes, qui leur offraient des fleurs en chantant des couï)lets, les enfermant dans leurs rondes joyeuses, pour leiu' faire entendre des versù leur louange. Ptiis le roi et la reine entendirent le fameux improvisateur Gianni, leur annonçant en beaux vers un règne et des jours heureux. Malheureusement tout cela ne faisait aucune impression sur le roi Louis La reine paraissait seule reconnaissante pour elle et pour lui.

La plus belle des fêtes fut celle du ministre de l'intérieur, Chaptal. Cette soirée fut une vraie féerie. Le jardin du ministère de l'intérieur fut tellement bien exploité que l'on se crut dans un

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