‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 201 sur 455 · I. — l'administration de PARIS · texte numérisé non relu

I. — l'administration de PARIS

NAPOLÉON ne fit pas seulement le lit des Bourbons, il leur légua M. de Chabrol pour diriger Tadministration municipale de Paris. Le préfet de la Seine, installé depuis 1812 à THÔtel de ville, avait, en dépit des orages qui planèrent et éclatèrent sur la capitale pendant les dernières années de l'empire, maintenu Tordre dans les services confiés à sa responsabilité et à sa vigilance. Plus la position était difficile à défendre contre les hommes et les événements, plus il s'en était montré digne. C'est à ses soins, à son énergie, à ses capacités que la population parisienne dut l'entière sauvegarde des biens et des personnes. Aussi, dans toutes les classes, tous ceux qui étaient impartiaux s'empressèrent-ils de lui rendre justice, dès que la Restauration fut consolidée. Cependant, malgré ses titres à la reconnaissance de tous, M. de Chabrol aurait succombé sous les efforts de la cabale qui voulait le renverser, s'il n'avait eu le roi pour soutien. Louis XVHI sut tenir tête aux intrigues : • M. de Chabrol, dit-il, a épousé la ville de Paris et j'ai aboli le divorce. »

Paris a toujours donné raison à qui lui réplique par un Irait d'esprit. On ne changea

donc ni l'administrateur ni Torganisation administrative. Celle-ci resta, durant tout le règne des Bourbons, de 1814 à 1830, à très peu près, telle que l'avait créée la loi consulaire du 28 pluviôse an VIII : mômes divisions générales, même hiérarchie, môme unité, môme centralisation. Deux magistrats tenant dans leurs mains, l'un toutes les affaires déparmentales, l'autre toutes celles de la police. Le préfet de la Seine est en même temps le maire de Paris; il est assisté des maires d'arrondissement nommés par le pouvoir central et s'occupant plus spécialement de tout ce qui concerne les actes de l'état civil. Le conseil général de la Seine siège également comme conseil municipal de Paris. Le préfet de police est chargé de tout ce qui a pour objet l'ordre et la sécurité. Les deux préfets exercent leur autorité sur les employés qui font mouvoir les rouages de l'administration : finances, ponts et chaussées, navigation, voirie, édilité, bienfaisance, hygiène, garanties de la propriété, de la liberté, surveillance, etc. Ces employés, dont le rôle se renferme dans les strictes limites de leurs travaux respectifs et dans l'accomplissement du devoir professionnel, ne peuvent opérer qu'en vertu des instructions préfectorales données par arrêté ou par simple écrit. Les préfets dépen-

dent cux-mômes des minisres auxquels ressorlissenlles diverses parties deleurs services.

Grâce à ce système, Paris, dès les premiers jours de la Restauration, reprit sa tranquillité et put travailler à recouvrer sa situation florissante.

M. de Chabrol, en conservant la préfecture de la Seine, y fit preuve de zèle, de savoir et d'habileté. On n'ignorait pas, môme dans le camp de ses adversaires, qu'il avait déjà fourni une carrière des plus brillantes: membre de la commission scientifique de Texpédition d'Egypte en 1798, il figurait parmi les savants collaborateurs de l'ouvrage publié sur ce pays; préfet de Montenotte. en 1806, il présida à la construction de la route de la Corniche; successeur de Frochot, après l'affaire Malet, il avait géré les intérêts de Paris avec autant d'entente que de dévouement. Il fut, sous tous les rapports, un administrateur distingué, et, dans toutes les circonstances, il donna des témoignages nombreux de ce qu'il valait. Il était d'ailleurs secondé par des hommes capables, intelligents, laborieux, les Bouhin, les LucasMontigny, les F^ierre. par un Conseil général qui compta dans ses rangs les d'Aligre, les Bellart, les Mallet, les Pérignon, les Morel de Vindé, les Quatremère de Quincy, bien d'autres non moins éminenls.

Ainsi conduite, la Ville de Paris vit en peu d'années s'accroître ses ressources et put travailler successivementàdes améliorations dans tous ses quartiers. Sa situation financière lui permit de nombreux embellissements. L'augmentation de la population parisienne (elle était au 1" mars 1817 de 713.966 habitants, tandis que le recensement de 1800 n'en avait relevé que 517,736) nécessitait tout un plan d'ensemble pour l'agrandissement de la capitale. Ce plan, commencé sous Louis XVI, poursuivi sous Napoléon mais non sans intermittence, fut repris avec ardeur en 1822 et l'on ne cessa plus de l'exécuter. De 1819 à 1830 on ouvrira 65 rues et 4 places nouvelles, on élargira le canal Saint-Martin et celui de rOurcq; on construira les ponts suspendus de rArchevôché, de la Grève, des Invalides, on établira les trottoirs des principales grandes voies et l'on facilitera ainsi la circulation des omnibus qui, dès 1827, modifient le va-etvient incessant. On remplace les marécages situés entre le Cours-la-Reine et l'avenue Montaigne par un quartier neuf et élégant qui reçoit le nom de François I"; on crée des moyens de comnmnication plus immédiate entre les rues d'affaires par les passages Véro-Dodat, des Panoramas, Violet, d'Artois, par les galeries Vivienne, Colbert, de Choi-

seul. « Le bâtiment marche, » comme dit le peuple, et toutes les industries qui s'y rattachent font fortune. On érige des églises dans les paroisses où il n'y avait que des chapelles : Saint-Denis-du-Saint- Sacrement, Saint-Vincent-de-Paul,Notre-Dame-de-Lorette; on élève le monument expiatoire de Louis XVI, rue d'Anjou-Saint-Honoré; on répare la cathédrale et la porte Saint-Martin; on active les travaux de la Bourse, de la Madeleine; on s'occupe de ceux de l'Arc de Triomphe de l'Étoile, du palais du quai d'Orsay ; on démolit les masures qui entouraient le Palais de Justice. Au Panthéon, rendu au culte sous le vocable de Sainte-Geneviève, Gros peint la coupole. On restaure aussi les peintures du dôme des Invalides. 2,000 maisons nouvelles sont bâties dans l'enceinte de Paris. Les nouveaux théâtres se multiplient : Ventadour, le Gymnase dramatique, les Nouveautés, le Cirque olympique, TAmbigu-Comique, ce dernier entièrement reconstruit. Là où il n'y avait autrefois que dos chantiers entre la rue Caumartin et la Madeleine on dessine tout un réseau de rues, aussitôt peuplées par la riche bourgeoisie: Godot-de-Mauroy , Tronchet, Chauveau-Lagarde, Desèze, Neuve-des-Mathurins, Ferme des Mathurins. Tout ce qui, en fait de bâtiments, de monuments, de percements, peut avoir un caractère d'utilité est étudié et réalisé : les nouveaux marchés au beurre, au poisson, aux légumes, l'achèvement de l'entrepôt des vins, du grenier de réserve, des halles, l'enrichissement des musées, du Jardin des Plantes, du Muséum d'Histoire naturelle, de la Bibliothèque royale, la remise en place des statues monarchiques, Henri IV sur le Pont neuf. Louis XIII à la Place Royale, Louis XIV à la Place des Victoires.

Quelque onéreuses que soient toutes ces dépenses pour le budget de la Ville de Paris, on y pourvoit sans gêne. En effet, les recettes municipales augmentent progressivement dès 1818, année de la libération du territoire. Elles sont, à cette date, de 34,399,753 fr. 15; elles s'élèveront, à l'avènement de Charles X, à 48,022,590 francs. Paris pourra consacrer, en 1825, à ses fcHes extraordinaires plus d'un million et demi de francs. Les bonnes finances de la Ville donnent le moyen de doter la bienfaisance, les cultes, l'instruction. Les Parisiens surent gré à M. de Chabrol des heureuses réformes introduites dans le régime des hôpitaux et des hospices; ils applaudirent à l'extension de l'enseignement mutuel, à l'ouverture des cours publics et gratuits du Conservatoire des Arts et Métiers de la rue Saint-Martin.

PARIS SOUS LA RESTAURATION

Enfin la police est moins tracassière, moins irrespectueuse des prérogatives de la population que sous l'empire. Beugnot et Decazes substituent le respect de la liberté à l'arbitraire. Ils continuent, eux et la plupart de leurs successeurs, les traditions par lesquelles Pasquier avait remplacé en 1810 celles de Dubois.

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