‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 203 sur 455 · LA VIE INTELLECTUELLE · texte numérisé non relu

LA VIE INTELLECTUELLE

Cette transformation s'opéra avec une surprenante activité dans tout ce qui est l'expression de la vie intellectuelle. La littérature qui, sous l'Empire, sauf quelques exceptions, avait uni la stérilité au manque de volonté, trouve, dès 1818, des hommes capables et déterminés, sachant livrer la bataille attendue. En 1816, Mme de Gérando, écrivant à Mme de Staël, s'extasie encore sur la supériorité du talent de M. de Fontanes, le grand maître de l'Université et de la poésie qu'il régentait sous Tempire à l'exemple de l'empereur; mais déjà Ton parlait de ces incrédules et hérétiques qui menaçaient l'arche sainte de Boileau défendue par les derniers croyants du classicisme encore pleins de zèle et de foi. Pendant que dans les petites soirées littéraires de Charles Lacretelle, Parseval-Grandmaison, Roger, Auger, Campenon, « académiciens à cheval sur l'orthodoxie littéraire, suivant un joli mot de Carné, comme de vieilles marquises sur Torthodoxie monarchique » exhalaient leur indignation en présence de l'indulgence du public pour les novateurs, ceux-ci redoublaient de hardiesse. Mme Ancelot a fait le tableau de ces réunions chez elle où les deux partis venaient, en 1824, comme les héros d'Homère avant le combat, faire l'énumération de leurs armes et de leurs espérances. On écoutait, les uns gravement, les autres en souriant dans leurs jeunes barbes, les alexandrins du Philippe-Auguste, dont les journaux parlaient beaucoup et qui avait pour concurrent un poème de Viennet, la Philippide, sur le même sujet. Parseval-Grandmaison n'épargnait à ses auditeurs aucun hémistiche. Autour de lui, le groupe des poètes émérites et des tragiques encore en renom, qui

avaient, sous Napoléon, payé leurs témérités de pensée par la censure ou l'exil, et dont les audaces paraissaient maintenant bien innocentes aux romantiques. Ceux-ci étaient presque tous là, les intransigeants et les indécis, quelques-uns déjà célèbres. Victor Hugo, bien qu'il eût à peine vingt-deux ans, observait plus qu'il ne parlait, mais on savait que, très incliné vers les Bourbons, il aspirait à leur prêter l'appui de sa haute intelligence et de sa ferme résolution s'ils lui laissaient sa part de royauté déjà reconnue par le Cènade. Près de lui, Saintine qui collaborait avec Ancelot,

mécanique , se reposait de ses calculs de comptable en écrivant ses Amours françaises; Mennechet, lecteur de Louis XVIII, lisait au roi, fin connaisseur, ses Contes anecdotiques ; Delphine Gay, la Muse de la Patrie, faisait paraître ses Essais poétiques presque le même jour que la fJonie de Montbreuse de sa mère, ce chef-d'œuvre du roman de la Restauration, selon Sainte-Beuve. Le plus animé, le plus captivant était Nodier, philologue, romancier, poète, bibHographe, chimiste, entomologiste, exégète, encyclopédique, universel, sachant tout et le sachant bien, ma-

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