RÈGNE DE LOUIS XVIII
Le 9 avril, la cocarde blanche redevient couleur nationale. Les royalistes, les « compagnons d'Ulysse », comme les appelle le Parisien qui ne manque jamais l'occasion de sacrifier au calembour — s'empressent aussitôt d'arborer avec orgueill'insigne des Bourbons, tandis que les vieux soldats, débris de la Grande Armée, restés fidèles à l'empereur en fuite vers l'île d'Elbe sous les huées du midi, cachent l'emblème tricolore, la rage au cœur, ou serrent sur leur poitrine l'image du Petit tondu,
La vie parisienne, durant la fin de cette première année de la Restauration, se ressent, dans ses moindres manifestations, de ces rivalités politiques. Les légitimistes, heureux que Louis-le-Désiré soit rendu à la France, essayent de tuer par l'odieux et le ridicule — armes d'ailleurs employées naguère contre leur
parti — le souvenir toujours vivace de VOqre de Corse. Les sans-culoltes injurient Louis XVI en ne le désignant avec mépris que sous son nom de Capet; on abrège, à la manière anglaise, celui de Bonaparte en Boney ou Bonnet. Le jour où l'on a jeté à bas la statue de la colonne Vendôme, le Journal de Paris a publié son Testament :
Je lègue aux enfers mon génie.
Mes exploits aux aventuriers,
A mes partisans l'infamie,
Le Grand Livre à mes créanciers,
Aux Français l'horreur de mes crimes,
Mon exemple à tous les tjrans,
La France à ses rois légitimes,
Et l'hôpital à mes parents.
Mademoiselle Mars, la grande actrice du Théâtre-Français, restée fidèle au héros exilé, apparaît un soir sur la scène portant des
MGR LE DUC D ' A N G 0 U L È M E PASSANT RIE DE V A U G 1 R A R D EN 4844.
D'après une aquarelle de Vergniaux. — (Musée Carnavalet.)
violettes, symbole bonapartiste. Aussitôt, clameurs, sifflets, injures retentissent dans la salle. Le parterre somme la tragédienne de se retirer ou de renier les fleurs séditieuses. Mademoiselle Mars y consent, rentre dans la coulisse et en ressort, quelques instants après, — transformalion très subite — revêtue d'une robe blanche; et tous les spectateurs applaudissent la victoire de la légitimité. Néanmoins le brillant décor impérial garde un invincible charme pour les imaginations. Le culte du Petit tondu est entretenu par les vieux grognards et par les officiers en demisolde, mis en disponibilité, maintenant qu'il s'agit pour la France non plus de faire de
vaines conquêtes, mais de se régénérer par la paix. Dans les rues, les adversaires, facilement reconnaissables à leurs costumes, se
MÉDAILLE FRAPFÉE A l'oCCASION DE L*AVÉXEMENT DE LOUIS XVIII.
(Musée de la Monnaie.)
croisent en se jetant des regards de haine : ce sont, d'une part, les émigrés revenus dans leur patrie et qui gardent encore les culottes courtes, les escarpins vernis, le jabot, le tricorne, la perruque poudrée et l'épée horizontale de l'ancien régime; de l'autre, les
P.MUS sors LA llKSTArnATlON.
LA POPULATION PAHISIKN'NE ATX TIILEIUF.S. — CKLKUKATION I) K LA SAINT-LOUIS.
D'apivs une gravure du temps. — (Musùe Carnavalet.)
héroïques « demi-solde •■, capilaines à des membres de la sociélé. On comprend 73 francs par mois, lieutenants à -44 francs, qu'ils regrettent le temps des campagnes na-
(jui se résignent, pour vivre, à porlerépaulettes etgalonschez le brocanteur. Quelques-uns ont.
pour vi^tement.leurcapoted'ordonnance dépouillée de ses boutons dorés, leurs bottes à récuyère et un caleron. D'autre s, unissant leurs misères, vivont à quatre ou cinq dans une seule chambre et ne possèdent qu'un seul manteau, un ^eul chapeau et une e<Mile culotte qui servent tuur à luurà chacun