‹ La vie parisienne à travers le XIXe siècle (volume 2)Chapitre 208 sur 455 · I.E> l LTKA> lNTI.HU(M,KNr I · texte numérisé non relu

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Allusion aux ciuiiitL'S d'un ri.-tour d».* l'ili; <1 iCullfiti-m Jli.'iiMiii.i

poléoniennes.

Les demi-solde sont les plus redoutables ennemis de la royauté. Oisifs, passant leurs journées dans les cafés et les promenades, ils exhalent continuellement leur mauvaise humeur, déblatèrent contre legouvernement .

provoquent les royalistes (jui piquent à leur boutonnière la cocarde blanclnî. et vont sur h) t«M'rain avec quiconcpie ose dire du mal «h; leur empereur. In soir, ils vien-

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liUirv do 1814.

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nent en troupe chanter leurs refrains de caserne devant les Tuileries. Louis XVIII, paterne, se consolant de tout dans son Hoi^ace, qu'il lit, appuyé sur la simple table de bois blanc souvenir de longues années d'exil à Millau, pardonne facilement à celle jeunesse exallée. Mais, impotent, podagre, il n'est pas homme à la ramener, à la conquérir. Le 15 août, les officiers réunis chez Yéry boivent au retour prochain de l'Empereur, tandis qne dix jours après, à la Saint-Louis, les soldats de la caserne de la Pépinière effacent, durant la nuit, l'inscription placée au-dessus de la poterne d'entrée :

Les lys manquaient à nos lauriers.

La vie à Paris, en cette fin d'année 1814, est faite de menus incidents qui révèlent à tout instant l'enthousiasme bonapartiste de la population. Quelqu'un s'avise de graver au diamant sur la glace d'une devanture du Palais-Royal: Vive r Empereur! Les passants viennent écrire au-dessous : Approuvé. La foule se presse partout où sont exposés les portraits de la famille impériale. Un ancien sous-olficier de hussards à l'idée, comme gagne-pain, de montrer rue Tiquetonne les exploits de la Grande-Armée dans une lanterne magique, avec des commentaires, mémoires parlés d'un autre Coignet. Et la foule fait queue à l'entrée, car elle est impatiente de s'exalter à ce spectacle.

Cette opposition au gouvernement royal affecte toute les formes et redouble lorsqu'elle voit l'autorité hésiter à sévir. Si la voiture de Louis XVIII traverse Paris au grand trot, le roi ne laisse pas d'entendre sur son passage des cris bien nourris de Vive l'iiimpereurî dans les quartiers populeux.

Contre un courant aussi marqué il est bien difficile de réagir. Du reste il faut avouer que le comte d'Artois, la duchesse d'Angoulôme, toute l'aristocratie s'y prennent bien mal pour dissiper les préventions populaires. Ils n'ont pas assez d'empire sur eux-mêmes pour oublier tout le sang qu'ont fait couler les révolutionnaires. Mais d'autre part, ils blessent profondément le sentiment national^ encore sous l'impression de vingt ans de guerres, et ils témoignent trop haut leurs sympathies aux alliés, leur culte pour Alexandre le Magnanime.

Jusque dans les modes on trouve un écho de ces opinions aussi passionnées que diverses. Les dames de la noblesse, en môme temps qu'elles reviennent aux anciennes et somptueuses robes de Cour du temps de

Louis XVI, s'affublent de chapeaux à la Cosaque ou d'espèces de shakos à plumets qui rappellent les coiffures des gardes de Prusse et des Uhlans. Elles savent cependant que les envahisseurs campent encore aux Champs- Elysées, au Bois-de-Boulogne, au Champ-de- Mars.

Aussi Paris s'agite de plus en plus. Chaque jour on affiche des proclamations dans ce goût :

Français réveillez-vous ! Napoléon s'éveille !

Et tandis qu'aux Tuileries, malgré les efforts impuissants du bon Louis XVIII, et au faubourg Saint-Germain, on ravale le génie de Bonaparte ai> rang d'un Cartouche qui a réussi quelque temps, le parterre salue, un soir à la Comédie-Française, d'une triple acclamation ce passage d'Edouard d'Ecosse : « 11 n'y a qu'un malhonnête homme qui puisse parler ainsi d'un héros. »

La déclaration de Saint-Ouen du 2 mai faisait, il est vrai, de belles promesses et proclamait la liberté publique et individuelle, la liberté de la presse, la liberté des cultes, l'inviolabilité de la propriété, la responsabilité des ministres, l'inamovibililé des juges, l'indépendance du pouvoir judiciaire, la garantie de la Dette publique, le maintien de la Légion d'Honneur, l'admissibilité de tout Français à tous emplois; mais Louis XVHI avait beau affirmer que « l'on pilerait tous les Bourbons dans un mortier sans en faire sortir un grain de despotisme », on pressentait les représailles.

En attendant, on assiste au spectacle des prudentes répudiations du passé, des circonspectes protestations de dévouement au nouveau régime. Quelques-uns, ne sachant pas à qui appartiendra demain, ne se rapprochent du trône des Bourbons qu'à une distance calculée afin de pouvoir, s'il y a un retour de l'île d'Elbe, reprendre leur rang sous les aigles. D'autres, au contraire, convaincus que c'en est fait à jamais de la dynastie impériale, se prosternent devant le soleil qui se lève en insultant à l'astre qui disparaît. Et le Journal des Débats, la veille encore Journal de VEmpire, croit spirituel et beau de se venger de ses longues humiliations en publiant ces lignes qui donnent la mesure de son mépris pour « l'homme néfaste de Brumaire » : « 11 est temps de faire connaître que Bonaparte ne s'appelle pas Napoléon, mais Nicolas : cet homme voulait paraître extraordinaire en tout, même en son nom. »

Jacques Bainville.

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